Les Vingt-Sept restent frileux devant le renforcement des objectifs climatiques
Alors que les négociations internationales sur le changement climatique suivent leur cours, les États membres de l’UE demandent une « évaluation précise » de ce que les autres pays sont prêts à faire avant de définir jusqu’où étendre leurs propres engagements.
Alors que les négociations internationales sur le changement climatique suivent leur cours, les États membres de l’UE demandent une « évaluation précise » de ce que les autres pays sont prêts à faire avant de définir jusqu’où étendre leurs propres engagements.
Les Européens sont sur le point de prendre une décision visant à mesurer les engagements des autres pays pour lutter contre le changement climatique. En ligne de mire, la perspective de la dernière étape des négociations sur le climat qui aura lieu à Copenhague en décembre.
Les ministres de l’Environnement des 27 États membres doivent se réunir le 21 octobre pour préparer cette rencontre. La position finale de l’UE devrait être adoptée lors du Conseil européen des 29 et 30 octobre.
« Phase critique »
« Nous entrons dans une phase critique de préparation de Copenhague, que ce soit au niveau international ou au niveau européen », a indiqué un diplomate de l’un des grand pays de l’UE, lors d’un point presse à Bruxelles, mardi 13 octobre.
« La présidence suédoise l’avait prévu comme ça : à partir du moment où nous aurons arrêté notre position sur des sujets ouverts, ce qui sera fait avant la fin du mois, nous serons dans la dernière ligne droite. À partir du sommet des 29 et 30 octobre et de Copenhague, il restera à trouver un accord sur tous les sujets », a ajouté la même source.
Mais les progrès dans les négociations internationales sont lents et conduisent les Européens à imaginer différents scénarii concernant leurs propres engagements sur le climat.
En 2008, l’UE a adopté son paquet énergie-climat et s’est ainsi engagée à réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. Cet objectif pourrait être porté à 30% si d’autres pays développés comme les États-Unis adoptent des positions similaires ou que des États émergents comme la Chine ou l’Inde diminuent leur propres émissions de 15 à 30% par rapport à leurs niveau habituel, d’ici 2020.
Discussions difficiles
Mais cet objectif est remis en question par certains États membres, qui appellent à une stricte évaluation des engagements des autres pays avant de s’engager davantage.
« Nous devons être très rigoureux dans l’analyse des positions afin de ne pas prendre un engagement à Copenhague qui rencontrerait des problèmes ensuite au niveau européen », a-t-il ajouté.
« Ce que nous avons dit dans le paquet énergie climat, c’est que le passage de 20 à 30% ferait l’objet d’une co-décision », qui requiert l’approbation de tous les États membres, a-t-il précisé, suggérant que des discussions difficiles pourraient avoir lieu au niveau européen.
« Passer de 20 à 30% est une décision majeure. C’est un effort très important », a expliqué cette même source selon laquelle seul le Royaume-Uni, la Belgique et les Pays-Bas sont favorables à un passage unilatéral de l’UE à ce type d’objectifs. La Suède et le Danemark, pays hôte de la réunion de l’ONU en décembre, sont également favorables à l’objectif de 30% mais évitent d’afficher leur position étant donné leur rôle particulier dans la négociation.
A l’opposé, une majorité d’États membres de l’UE incluant la France, l’Allemagne, l’Italie et la plupart des nouveaux membres d’Europe centrale sont favorables à une approche plus ambitieuse, a indiqué le diplomate.
Influence américaine
La position des États-Unis est au cœur des préoccupations de l’UE. Les Américains prévoient de réduire leurs émissions d’environ 20% d’ici 2020, en prenant 2005 comme année de référence. Un objectif bien inférieur à celui auquel les Européens se sont engagés. En effet, les Vingt-Sept ont promis de réduire de 20% leurs émissions de CO2 par rapport au niveau de 1990. Pourtant, cette querelle sur l’année de référence est contestable. (lire l’interview de Jacques Lesourne et Maïté Jauréguy, de l’IFRI).
Selon un projet de loi en discussion à Washington, l’essentiel des réductions d’émissions américaines devrait intervenir entre 2020 et 2030, afin de disposer de suffisamment de temps pour préparer un avenir faiblement carboné sans causer trop de dommages à l’économie américaine.
Mais au fur et à mesure que le document américain prend forme, certains pays européens appellent à prendre exemple sur la position des États-Unis en choisissant 2030 comme année pour atteindre les objectifs climatiques. C’est notamment le cas de la Pologne qui s’oppose aux ambitions de l’UE pour 2020. Varsovie craint de ne pouvoir assumer une transformation trop rapide de son économie, aujourd’hui largement dépendante du charbon.
« Dans ce débat il y a aussi la position qui consiste à dire : si on n’arrive pas totalement au bon niveau en 2020, on se rattrapera en 2030 » avec des réductions de CO2 plus importantes, a poursuivi le diplomate européen. « C’est le débat qui a lieu actuellement aux États-Unis. Mais ce n’est pas la position de l’UE. De toute façon, c’est un débat qui aura lieu et auquel nous nous préparons. »
D’après cette source, un tel délai pour diminuer les émissions de CO2 irait contre l’avis des scientifiques, qui affirment que le pic des émissions de CO2 interviendra vers 2020 et déclinera ensuite si le changement climatique est enrayé.
« S’il doit y avoir une décision de prendre 2030 comme année de référence, cela doit absolument correspondre, en termes scientifiques », aux recommandations du GIEC, a ajouté la même source.
Avant d’ajouter : « Si nous prenons du retard en 2020, il faudra non seulement ratrapper la trajectoire, mais faire davantage pour compenser ce que nous aurons émis en trop entre temps. »