Les Vingt-Sept invités à se préparer à une interruption de l’approvisionnement en gaz russe : projet de conclusions du sommet européen

Les États membres de l’UE doivent accélérer les préparatifs en vue d’une éventuelle interruption majeure de l’approvisionnement en gaz russe. C’est ce qu’indique le projet de conclusions d’un sommet européen prévu lundi et mardi prochains.

EURACTIV.com
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Les dirigeants européens se réuniront à Bruxelles la semaine prochaine. L'énergie sera l'un des principaux sujets de discussion de ce sommet. [<a href="https://newsroom.consilium.europa.eu/photos?keywords=european%20council%20march%202022" target="_blank" rel="noopener">European Council</a>]

Les États membres de l’Union européenne doivent accélérer les préparatifs en vue d’une éventuelle interruption majeure de l’approvisionnement en gaz russe. C’est ce qu’indique le projet de conclusions d’un sommet européen prévu lundi et mardi prochains (30 et 31 mai).

Le projet de conclusions, qui pourrait encore subir des modifications avant d’être adopté, prévoit la mise en place d’un plan d’urgence européen coordonné en cas de coupures de gaz, la conclusion d’accords de solidarité bilatéraux et le remplissage rapide des stocks de gaz avant l’hiver prochain.

« Il convient d’améliorer la préparation [à] d’éventuelles ruptures d’approvisionnement majeures et la résilience du marché européen du gaz, notamment en concluant rapidement des accords de solidarité bilatéraux et un plan d’urgence européen coordonné », peut-on lire dans le projet de communiqué du sommet.

Les dirigeants de l’Union devraient également saluer l’accord trouvé entre les négociateurs du bloc sur le stockage obligatoire du gaz, qui vise à ce que les réserves de l’Union soient remplies à 85 % au moins d’ici au 1er novembre 2022.

Le remplissage des stocks de gaz avant l’hiver prochain devrait être accéléré, peut-on lire dans le projet, qui peut encore être modifié par les dirigeants de l’UE lorsqu’ils se réuniront à Bruxelles la semaine prochaine.

Trois États membres ont déjà été privés de l’approvisionnement en gaz russe parce qu’ils ont refusé de payer leur gaz en roubles, comme le demande le Kremlin. La Pologne et la Bulgarie ont vu leur approvisionnement interrompu à la fin du mois d’avril, tandis que celui de la Finlande a été interrompu samedi dernier (21 mai).

En raison des craintes de nouvelles perturbations et de l’impact sur les prix déjà élevés de l’énergie, l’Europe cherche à diversifier son approvisionnement en gaz en dehors de la Russie. Le projet de conclusions du sommet souligne la nécessité à court terme de diversifier les sources et les voies d’approvisionnement et de garantir l’approvisionnement énergétique de l’Europe à des prix abordables.

Cependant, les gouvernements de l’UE n’ont pas le contrôle total des prix de l’énergie. Les autres sources d’approvisionnement en gaz, comme le gaz naturel liquéfié (GNL) provenant des États-Unis, seront plus chères que le gaz bon marché acheminé par gazoduc depuis la Russie.

Pour aider les États membres à renforcer leur pouvoir de négociation, l’Union européenne a mis en place une plateforme d’achat commun de gaz, qui est également ouverte aux pays des Balkans occidentaux et aux trois partenaires orientaux associés de l’UE. Le projet de déclaration du sommet encourage les États membres à utiliser cette plateforme avant la prochaine saison de chauffe hivernale.

Doubler les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique

Le projet de conclusions du sommet mentionne également la nécessité d’augmenter la capacité des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Conformément au plan de la Commission européenne visant à abandonner les combustibles fossiles russes, baptisé REPowerEU, les dirigeants européens appellent à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, à améliorer les économies d’énergie et à investir dans les infrastructures et les interconnexions.

L’augmentation du déploiement des énergies renouvelables « nécessitera d’accélérer l’octroi de permis pour les projets d’énergie renouvelable et doit être soutenue par un groupe industriel visant à renforcer l’innovation, les capacités, les compétences et les chaînes d’approvisionnement pour l’hydrogène, le solaire, l’éolien, les pompes à chaleur et les matières premières », indique le projet de déclaration.

Faciliter l’octroi de permis était l’un des principaux objectifs du plan REPowerEU présenté la semaine dernière. Toutefois, les États membres de l’UE doivent encore approuver ce plan, qui permettrait d’accélérer considérablement les procédures nationales lentes et complexes d’approbation des nouveaux parcs éoliens et solaires.

Le projet de déclaration du sommet appelle également à optimiser le fonctionnement du marché européen de l’électricité « afin qu’il soit mieux à même de résister à la volatilité future des prix et qu’il soit parfaitement adapté à un système énergétique décarboné ».

L’interdiction du pétrole russe toujours en discussion

D’autres passages concernant les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et l’élimination progressive des combustibles fossiles russes sont similaires aux conclusions déjà adoptées par les dirigeants de l’UE ces derniers mois.

Par exemple, le projet de conclusions du sommet mentionne un examen des progrès réalisés pour éliminer progressivement la dépendance de l’UE vis-à-vis des combustibles fossiles russes, ce que les dirigeants se sont déjà engagés à faire « dès que possible ».

En revanche, le projet de conclusions ne mentionne pas la proposition d’interdire l’importation de pétrole russe dans toute l’UE. Une proposition en ce sens a été présentée par la Commission européenne au début du mois de mai, mais les dirigeants du bloc doivent encore trouver un accord à ce sujet.

Tous les regards seront à présent tournés vers la Hongrie pour voir si le pays accepte de mettre en œuvre l’interdiction du pétrole. Budapest avait initialement déclaré avoir besoin de 750 millions d’euros pour adapter ses infrastructures de raffinage et d’acheminement du pétrole à un produit autre que le brut russe.

Lundi dernier (16 mai), Budapest a augmenté le prix à 15-18 milliards d’euros.