Les Vingt-Sept fustigent le blocage hongrois de l’aide militaire à l’Ukraine

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont exprimé, lundi (27 mai), leur colère face au comportement de la Hongrie, qui bloque de plus en plus souvent les décisions de l’UE en matière de politique étrangère et empêche toute avancée sur l’aide militaire à l’Ukraine.

Euractiv.com
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Le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto (à gauche) et le Haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité Josep Borrell (à droite). [Conseil]

Lors d’une réunion lundi (27 mai), les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont exprimé leur colère face au comportement de la Hongrie, qui bloque de plus en plus souvent les décisions de l’UE en matière de politique étrangère et empêche toute avancée sur l’aide militaire à l’Ukraine.

Les discussions des ministres ont porté sur le déblocage des fonds de la Facilité européenne pour la paix (FEP), un instrument hors budget européen doté d’environ 9 milliards d’euros et bloqué par Budapest depuis presque un an. Ce blocage empêche l’utilisation d’une partie des fonds pour le remboursement des armes fournies par les gouvernements de l’UE à l’Ukraine.

Budapest a d’abord justifié son blocage par le fait que l’agence ukrainienne de lutte contre la corruption avait inscrit la banque hongroise OTP sur la liste noire des « soutiens internationaux de la guerre ». Depuis, la banque a été retirée de la liste, mais la Hongrie a maintenu son veto.

« La frustration grandit (c’est le moins que l’on puisse dire), car l’UE est actuellement assise sur 5 milliards d’euros de soutien et très bientôt sur les bénéfices exceptionnels provenant des actifs immobilisés [de la Russie], qui risquent de ne pas être utilisés correctement s’il n’y a pas d’accord », a expliqué un diplomate de l’UE.

Selon des personnes au fait des discussions, Budapest aurait insisté lundi sur le fait que son économie était discriminée par rapport à l’Ukraine, ce qui aurait été réfuté par nombre d’États membres.

De plus en plus de capitales commencent à critiquer le comportement de la Hongrie, et non le fait que Budapest n’a « pas encore complètement opposé son veto » à une décision de l’UE sur l’Ukraine.

« Nous nous sommes penchés sur la question et environ 41 % des résolutions de l’UE sur l’Ukraine ont été bloquées par la Hongrie », a expliqué le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrelius Landsbergis, à la presse.

« La FEP est bloquée, les négociations d’adhésion de l’Ukraine sont prises en otage par la Hongrie — et je pourrais continuer indéfiniment — la déclaration [de l’UE] sur la Géorgie, le [soutien] de la FEP à l’Arménie — fondamentalement, presque toutes nos discussions et les solutions et décisions nécessaires […] sont bloquées par un seul pays », a-t-il poursuivi.

« Nous devons commencer à considérer cela comme une approche systématique vis-à-vis de tout effort de l’UE pour jouer un rôle significatif dans les affaires étrangères — et nous devons commencer à en parler », a conclu M. Landsbergis.

Faisant écho à ces critiques, la ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, a déclaré lors de son arrivée lundi : « On ne peut pas accepter qu’un seul pays qui, en plus, a signé en faveur de ce montant il y a quelques mois bloque cette aide cruciale pour l’Ukraine. »

Quant à l’Estonien Margus Tsahkna, il a affirmé : « Chaque fois que nous venons ici, nous devons convaincre la Hongrie de ne pas bloquer des initiatives très importantes ». « C’est maintenant crucial pour l’Ukraine, et aussi pour l’Europe, d’utiliser ces fonds de la FEP. »

Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a lui aussi exprimé son opposition au blocage et son désir d’avancer.

Le ministre hongrois Peter Szijjarto n’a pas répondu aux questions des journalistes lundi.

Les discussions sur l’aide militaire de l’UE à l’Ukraine devraient, selon les diplomates de l’UE, se poursuivre lors de la réunion des ministres de la Défense mardi (28 mai).

Si aucune avancée n’est réalisée, les ambassadeurs de l’UE « se réuniront si nécessaire pour débloquer cette situation très regrettable », a indiqué un autre diplomate de l’UE.

La Hongrie prendra le relais de la Belgique à la tête du Conseil de l’UE le 1er juillet, ce qui inquiète certains.

Plusieurs diplomates européens ont déclaré qu’ils considéraient les récents blocages de la Hongrie comme un comportement qui pourrait nécessiter une discussion sur d’éventuels changements à apporter aux processus de prise de décision de l’Union.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]