Les Vingt-Sept divisés sur l’évolution du rôle de Frontex pour contrer les menaces hybrides

Les États de l’UE sont divisés sur l’opportunité de confier à l’Agence européenne des garde-côtes et des garde-frontières (Frontex) des tâches liées à la défense avant la révision attendue de son mandat par la Commission européenne au cours du second semestre.

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Une telle évolution représenterait un élargissement notable des compétences d’une agence conçue à l’origine pour le contrôle des frontières extérieures, et non pour des fonctions relevant de la sécurité militaire.

Une note du Conseil datée du 12 décembre, résumant les précédentes discussions de l’institution sur l’avenir de Frontex, met en évidence les divisions entre les capitales quant au nouveau mandat à attribuer à l’agence. Certaines s’interrogent notamment sur l’éventuelle inclusion de la protection des infrastructures sous-marines en eaux internationales dans ses tâches.

La semaine dernière, un groupe de dix États membres (République tchèque, Croatie, Hongrie, Grèce, Espagne, Lituanie, Malte, Pologne, Roumanie, Slovénie) a également envoyé à la Commission un document informel, consulté par Euractiv, soulignant que l’acquisition de capacités de surveillance par drones et de contre-drones était une priorité pour Frontex.

Le Conseil discute depuis septembre du rôle futur de l’agence Frontex, invoquant diverses menaces hybrides aux frontières de l’Union.

Frontex considère déjà l’instrumentalisation de la migration comme une menace hybride. Désormais, le Conseil examine si les incursions de drones et les attaques contre les infrastructures pourraient également entrer dans cette définition.

Depuis l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie en 2022, les États baltes sont particulièrement exposés aux attaques contre leurs infrastructures critiques. Des pétroliers soupçonnés de liens avec le Kremlin ont à plusieurs reprises sectionné ou endommagé des câbles sous-marins en mer Baltique, mettant en péril les communications régionales.

Le principal défi concernant les infrastructures sous-marines est la capacité à maintenir une forte présence dans les eaux afin de réagir rapidement en cas d’attaque, explique Sidharth Kaushal, chercheur au Royal United Service Institute (RUSI).

En 2025, l’OTAN a lancé Baltic Sentry, une opération visant à mieux contrer ce type d’attaques. Malgré cela, lors d’un entretien récemment accordé à Euractiv, le ministre letton de la Défense, Andris Sprūds, soulignait que la prévention de tels incidents sous-marins restait « difficile ».

Pour Carlo Masala, directeur du Centre d’études sur le renseignement et la sécurité à l’Université des forces armées allemandes à Munich, « les patrouilles de Frontex pourraient déjà constituer un moyen de protéger les infrastructures sous-marines ». L’ajout de systèmes anti-drones aux bateaux utilisés par les garde-côtes de Frontex ou le déploiement d’armes laser pourraient contribuer à dissuader les attaques contre les infrastructures, indique-t-il.

Une situation qui doit être clarifiée

Toutefois, un autre groupe de pays estime que Frontex devrait éviter de jouer un rôle dans les « questions liées à la défense », peut-on lire dans la note du Conseil. Il y est également indiqué que la sécurité et la défense restent du ressort des États-nations.

Frontex s’occupe déjà d’un large éventail de tâches. Il s’agit notamment de la protection des frontières, la lutte contre la criminalité transfrontalière, la surveillance des frontières et l’analyse des risques, liste Davide Colombi, chercheur en justice et affaires intérieures au Centre for European Policy Studies (CEPS).

Il ajoute que Frontex est sollicitée par les États de l’UE pour les aider, ce qui signifie que les pays peuvent décider des tâches spécifiques pour lesquelles ils ont besoin d’aide.

« L’agence peut apporter son aide à un point de passage frontalier extérieur, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elle participera également à la surveillance des frontières », poursuit-il.

Néanmoins, la Commission a sondé le terrain en vue d’élargir les tâches de l’agence avant de présenter son rapport plus tard dans l’année.

Les capitales de l’UE ont commencé à discuter de la gestion des menaces hybrides par Frontex à l’automne dernier, proposant que l’agence aide les États membres à surveiller leur espace aérien.

En novembre, les Vingt-Sept ont également débattu de la possibilité d’aide en matière de cybersécurité et d’intelligence artificielle « compte tenu de l’évolution des menaces hybrides et technologiques », apprend-on dans une autre note du Conseil consultée par Euractiv. Toutefois, le document ne précise pas les applications exactes.

Les experts nationaux devraient reprendre la discussion sur l’avenir de l’agence au niveau du groupe de travail début mars, nous a confié une source proche du dossier.