Les Verts mobilisés pour infléchir la position du Parlement sur la taxonomie

Alors que la Commission européenne a adopté son acte délégué sur la taxonomie verte, des députés européens tentent de mobiliser les parlementaires dans l’optique de retoquer le texte.

Euractiv France
Tihange,Nuclear,Power,Station,In,Belgium
L’acte délégué de la Commission qui déchaîne les foudres est celui intègrant le gaz et le nucléaire dans la classification des investissements durables, dans une sous-catégorie d'énergies « de transition ». [engel.ac / Shutterstock]

Alors que la Commission européenne a présenté mercredi (2 janvier) son acte délégué sur la taxonomie verte, des députés européens tentent de mobiliser les parlementaires dans l’optique de retoquer le texte.

Le texte qui déchaîne les foudres est celui intégrant le gaz et le nucléaire dans la classification des investissements durables, en l’incorporant dans une sous-catégorie d’énergies dites de « transition ».

Des gardes-fous existent néanmoins : pour bénéficier du précieux label vert européen, les projets de nouvelles centrales électriques devront respecter des critères environnementaux stricts listés par la Commission européenne. 

Malgré cela, les députés Verts au Parlement européen se crispent à la lecture de cet « acte délégué », une procédure législative expéditive habituellement réservée à des mises à jour purement techniques mais qui revêt en l’occurence une dimension politique sans précédent.

Marie Toussaint évoque ainsi, sur Twitter, « un greenwashing au détriment du climat et de la démocratie ». Michèle Rivasi ajoute que « ce greenwashing met à mal notre avenir énergétique… La honte. » Damien Carême souligne, de son côté, qu’avec cette proposition « la Commission mine considérablement la crédibilité de l’UE ». Quant à Claude Gruffat, il appelle « tous [s]es collègues à rejeter en masse cet acte délégué pour un avenir durable et propre pour nos enfants ».

Tout les députés français ne partagent cependant pas cet avis.

Sur LinkedIn, le président de la commission Environnement du Parlement, le macroniste Pascal Canfin, estime, pour sa part, qu’il « s’agit d’une première mondiale et d’une avancée très attendue par tous les acteurs des marchés financiers pour lutter contre le greenwashing et obtenir une grille objective des activités qui permettront d’accélérer la transition écologique ».

Son collègue Christophe Grudler (Renew) mentionne, sur Twitter, « un compromis qui paraît équilibré, permettant de mobiliser les investissements privés pour la transition écologique ».

Plus mesuré, François-Xavier Bellamy (Les Républicains), souligne sur Twitter « un résultat non suffisant mais nécessaire ». Il poursuit : « La réglementation proposée est très imparfaite, mais elle garantit le financement de cette énergie stratégique » pour la France qu’est le nucléaire.

« C’était un impératif pour notre environnement, notre économie, notre souveraineté. Une étape franchie, même si les chantiers essentiels sont encore devant nous. »

« De fortes exigences de transparence obligatoire »

Face à ce choix controversé de la Commission, la commissaire européenne aux Services financiers, Mairead McGuinness, a argumenté lors d’une conférence de presse : « Nous devons utiliser tous les outils à notre disposition, car nous avons moins de 30 ans pour y parvenir. » 

Avec cet acte délégué, la Commission veut accélérer le remplacement des centrales à charbon – deux fois plus polluantes que le gaz – afin d’atteindre les objectifs européen de réduction d’émission pour 2030 et 2050.

« L’engagement international que nous avons pris à Glasgow était de sortir du charbon, et certaines parties de l’Europe dépendent encore fortement du charbon. Nous devons donc agir maintenant et agir avec tous les instruments dont nous disposons, » a justifié Mme McGuiness.

« Aujourd’hui, nous détaillons de quelle manière le gaz et le nucléaire pourraient apporter une contribution, » a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse mercredi.

« Tous les investissements liés au gaz et au nucléaire sont soumis à de fortes exigences de transparence obligatoire, ce qui informera tous les acteurs du marché financier et permettra aux investisseurs de choisir s’ils veulent que le gaz et/ou le nucléaire fasse partie de leur portefeuille d’actifs » a ajouté Pascal Canfin sur LinkedIn.

Son seul regret porte sur les ajustements du texte concernant le gaz qui ont été selon lui « concédés sous la pression de la nouvelle coalition allemande à Berlin ».

Durant les quatre prochains mois, le Parlement européen aura la lourde tâche de valider ou rejeter le texte de la Commission par un vote à la majorité simple. Le Conseil européen pourrait également s’y opposer, à condition de réunir 20 Etats membres. 

D’ici là, le président de la République, Emmanuel Macron, va pouvoir tirer les bénéfices de l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie, pour laquelle il s’était déclaré favorable devant le Comité européen des régions, le 1er décembre dernier.

Pour les électeurs français, cette inclusion peut en effet être perçue comme une victoire d’Emmanuel Macron et la preuve de son influence au sein de l’Union. De quoi convaincre une partie de cet électorat de renouveler son mandat présidentiel.