Les top jobs et l’agenda stratégique 2024-2029 de l’UE au menu du sommet de cette semaine

Alors que les dirigeants de l’Union européenne s’apprêtent à arrêter leur choix pour les nominations aux top jobs — les postes à responsabilité de l’UE — lors d’un sommet ces 27 et 28 juin, ils devront trouver un équilibre délicat avec les priorités du bloc pour la législature à venir.

Euractiv.com
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Le même groupe de candidats cité la semaine dernière pour reprendre ces postes — Ursula von der Leyen à la tête de l’exécutif, l’ex-Premier ministre portugais António Costa en tant que chef du Conseil européen, et la Première ministre estonienne Kaja Kallas comme cheffe de la diplomatie de l’Union — reste sur la table pour les négociations de cette semaine. [Consilium/European Union]

Alors que les dirigeants de l’Union européenne s’apprêtent à arrêter leur choix pour les nominations aux top jobs — les postes à responsabilité de l’UE — lors d’un sommet ces 27 et 28 juin, ils devront trouver un équilibre délicat entre ces discussions et celles concernant les priorités du bloc pour la législature à venir.

La semaine dernière, lors d’une rencontre informelle, les chefs d’État et de gouvernement n’ont pas été en mesure de conclure un accord préliminaire concernant les trois principaux top jobs (présidents de la Commission européenne et du Conseil européen et Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité) pour les cinq prochaines années, alors qu’ils espéraient un accord rapide sur la question.

Le même groupe de candidats cité la semaine dernière pour reprendre ces postes — Ursula von der Leyen à la tête de l’exécutif, l’ex-Premier ministre portugais António Costa en tant que chef du Conseil européen, et la Première ministre estonienne Kaja Kallas comme cheffe de la diplomatie de l’Union — reste sur la table pour les négociations de cette semaine.

Rancune des négociateurs ?

Les diplomates et les fonctionnaires de l’UE ont prévenu que les tensions observées la semaine dernière rejailliront probablement lors du sommet de jeudi et vendredi si les négociations sur les top jobs étaient menées sur le même modèle que lors du dîner informel.

Les six principaux négociateurs des trois grands groupes — le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, les Socialistes et Démocrates européens (S&D) et le groupe libéral Renew Europe — comptent parmi leurs rangs le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et les Premiers ministres polonais, néerlandais, grec et espagnol.

Les négociateurs ont tenté de préétablir un accord avant que les dirigeants des Vingt-Sept ne se réunissent pour le dîner de la semaine dernière, et leur ont présenté leurs propositions dans ce que certains ont perçu comme une tentative de les mettre devant un fait accompli.

« Cela n’a pas été très bien perçu dans la salle, et un grand nombre de dirigeants européens n’ont pas apprécié qu’on leur présente un tel accord avant même d’avoir eu l’occasion de parler des priorités », a expliqué un diplomate de l’UE au fait des négociations. Des observations corroborées par d’autres.

« La réaction la plus forte à la table du dîner a probablement été celle exprimée par [la Première ministre italienne] Giorgia Meloni […] qui a critiqué ces négociations entre les trois familles politiques », selon un haut fonctionnaire de l’UE impliqué dans les discussions de la semaine dernière.

« Les trois [principaux] partis politiques ont fait un choix stratégique, ils ont décidé de montrer que [Giorgia] Meloni était isolée — il s’agissait clairement d’un jeu de pouvoir », a-t-il ajouté.

Deux jours plus tard, le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) d’extrême droite auquel appartient le parti de Giorgia Meloni est devenu la troisième force du Parlement européen, avec ses 83 eurodéputés. Le parti a en effet dépassé Renew, qui occupait auparavant cette position mais se trouve désormais en perte de vitesse. Les libéraux sont en effet passés de 102 eurodéputés durant la législature précédente à 74 pour la législature 2024-2029.

La dirigeante italienne n’a pas été la seule à exprimer sa frustration de se voir tenue à l’écart des négociations préliminaires. Certains dirigeants nordiques, qui, au niveau national, forment des coalitions avec des partis politiques appartenant aux CRE ou qui sont talonnés par ces derniers dans les sondages, se sont sentis mal à l’aise face à l’approche du centre droit, des socialistes et des libéraux.

D’autres petits États membres se sont également sentis mis de côté, remettant en question la transparence et l’équité du processus de nomination pour les top jobs.

Un deuxième haut fonctionnaire de l’UE a expliqué qu’une partie du problème résidait dans le fait que ce format de négociations n’avait jamais été utilisé auparavant dans le cadre de ces discussions et qu’il donnait une mauvaise impression aux autres dirigeants de l’UE.

« Même si vous êtes un négociateur, cela ne vous donne pas carte blanche pour faire ce que vous voulez, vous devez vous adresser à l’ensemble de la salle », a-t-il insisté.

Les principaux négociateurs des trois groupes politiques, qui sont en contact permanent depuis le début de la semaine, devraient se concerter à nouveau avant le début du sommet jeudi, selon des fonctionnaires informés de la situation.

« Cette fois-ci, il vaudrait mieux qu’ils ne fassent pas attendre les autres dirigeants de l’UE, sinon nous pourrions être confrontés à une situation très désagréable et difficile », a commenté une autre personne impliquée dans les négociations.

La décision sur les top jobs sera prise à la majorité qualifiée des 27 dirigeants, ce qui signifie que ces derniers pourraient se passer du feu vert de l’Italie ou de la Hongrie, mais de nombreux dirigeants de l’UE ont semblé convenir la semaine dernière qu’essayer de mettre Giorgia Meloni sur le banc de touche pourrait avoir un impact négatif à long terme.

« Voulons-nous une bataille totale avec le risque que [les décisions futures du] Conseil européen soit bloqué[es] ? Après tout, ils devront tous s’asseoir dans la même pièce une fois que tout cela sera terminé et parvenir à l’unité sur une série de sujets », a averti le premier haut fonctionnaire de l’UE cité.

La question de l’agenda stratégique

Un élément qui risque d’encore compliquer les négociations est le fait que les dirigeants européens doivent également se mettre d’accord, et ce à l’unanimité, sur l’agenda stratégique de l’Union pour la législature 2024-2029 lors du sommet.

L’un des principaux griefs concernant les négociations exprimés par les dirigeants européens lors du dîner informel de la semaine dernière est qu’ils espéraient d’abord discuter des priorités pour les cinq prochaines années avant de choisir les candidats aux top jobs, ce qu’ils souhaitaient faire en fonction de ce que ces candidats pouvaient apporter à la table des négociations.

Dans un document concernant l’agenda stratégique, qui a fait l’objet d’une fuite et a été consulté par Euractiv, les dirigeants prévoient de mettre l’accent sur la compétitivité, la sécurité et la défense, la migration et l’État de droit, reléguant le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) au second plan.

Cependant, le document ne contient pas beaucoup de détails sur le financement de ces nouvelles priorités — comme l’idée précédemment mentionnée d’une nouvelle dette commune pour financer les besoins accrus de l’UE en matière de défense — et se contente d’appeler à des « options innovantes » pour accroître le budget européen.

« Nous pourrions nous retrouver dans une situation où les deux discussions — celle sur les postes clés de l’UE et celle sur l’agenda stratégique — seront menées en parallèle, et nous ne pourrons pas avancer sur l’une sans l’autre », a suggéré une personne au fait des préparatifs du sommet.

Pour certains dirigeants de l’UE, qui souhaitent obtenir des portefeuilles plus importants pour leur pays au sein de la prochaine Commission, cela permettrait également de négocier ces postes en échange de leur soutien.

[Édité par Anna Martino]