Les syndicats s’inquiètent du déclin industriel de l’UE
Les principales organisations syndicales européennes ont exprimé leur profonde inquiétude quant à l’ampleur du déclin industriel de l’UE, alors que les prix structurellement élevés de l’énergie continuent de détruire un pilier essentiel de l’économie de l’Union.
Les principales organisations syndicales européennes ont exprimé leur profonde inquiétude quant à l’ampleur du déclin industriel de l’UE, alors que les prix structurellement élevés de l’énergie continuent de détruire un pilier essentiel de l’économie de l’Union.
Ces craintes ont été exacerbées après qu’une étude d’Eurostat publiée lundi (15 janvier) a révélé que la production industrielle de l’UE a baissé de 0,2 % en novembre de l’année dernière, par rapport à octobre, ce qui représente la troisième baisse mensuelle consécutive. Sur un an, la production industrielle a également baissé de 5,8 % en novembre, après un recul de 5,4 % pour le mois d’octobre.
« Nous sommes confrontés à une situation très inquiétante », a confié Ludovic Voet, secrétaire confédéral de la Confédération européenne des syndicats (CES), à Euractiv. « Ces chiffres sont comme un canari dans une mine de charbon : les investissements à long terme dans les bâtiments et les équipements sont les plus touchés. »
Les inquiétudes de M. Voet concernant le manque d’investissement dans les infrastructures clés sont également confirmées par les données d’Eurostat.
La production de biens d’investissements tels que les bâtiments, les machines et les équipements a baissé de 0,8 % dans l’ensemble de l’Union en novembre 2023, après avoir chuté de 0,7 % en octobre 2023. La production de biens d’investissement a baissé de 8,7 % en novembre 2023 par rapport au même mois en 2022.
« Le manque d’investissement que nous constatons aujourd’hui a déjà des conséquences dramatiques pour les travailleurs », a averti M. Voet. « Des usines ferment et des emplois sont supprimés dans les secteurs mêmes qui ont permis à l’Europe d’atteindre son niveau actuel. Il s’agit notamment des secteurs énergivores tels que l’aluminium, les engrais et les produits chimiques. »
Tirer la sonnette d’alarme
Judith-Kirton Darling, co-secrétaire générale par intérim d’industriALL Europe, a déclaré à Euractiv que son organisation, qui représente quelque sept millions de travailleurs européens, « tire la sonnette d’alarme sur le déclin industriel et la menace de désindustrialisation en Europe depuis un certain temps ».
Elle a souligné que les politiques actuelles de l’UE, y compris les règles budgétaires strictes et controversées récemment approuvées par les ministres des Finances de l’UE, ne feront qu’exacerber le malaise industriel de l’Union.
« Il est alarmant de constater que l’austérité budgétaire et le retour à des politiques d’austérité entravent encore davantage le développement industriel, ce qui risque de compromettre la position concurrentielle de l’Europe sur le marché mondial », a déclaré Mme Kirton-Darling.
Mme Kirton-Darling et M. Voet ont tous deux exhorté les législateurs européens à introduire des règlementations fiscales plus « souples » afin d’encourager les investissements. Ils ont également suggéré que les futures subventions publiques à l’industrie soient subordonnées au renforcement des droits de négociation collective et à la création d’emplois de qualité.
« Plutôt que d’imposer des contraintes fiscales rigides, les dirigeants européens devraient promouvoir activement des industries résilientes, des emplois industriels de qualité et la cohésion sociale », a déclaré Mme Kirton-Darling.
M. Voet a ajouté que l’incapacité de l’UE à freiner son déclin industriel provoquait « l’amertume et la désillusion » des travailleurs européens, qui sont à leur tour « la proie de l’extrême droite populiste, qui ne fait qu’accentuer la division et le chaos ».
« Pour que les travailleurs regagnent confiance dans le projet européen, il faut que l’UE montre qu’elle est de leur côté », a-t-il déclaré.
Un danger clair et immédiat
Les experts contactés par Euractiv se sont également montrés alarmés par l’état actuel du secteur industriel européen.
« La désindustrialisation est un danger clair et immédiat, en particulier pour les secteurs énergivores qui sont vitaux pour les écosystèmes en aval », a déclaré Tobias Gehrke, un chercheur en politique au European Council on Foreign Relations (ECFR).
M. Gehrke attribue le déclin industriel de l’UE en grande partie à la crise énergétique déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Il a également suggéré que les faiblesses industrielles de l’Union sont « exacerbées par des difficultés persistantes telles que le manque de main-d’œuvre qualifiée et le manque d’infrastructures », ainsi que par les « politiques industrielles fastueuses » de la Chine et des États-Unis.
Ben McWilliams, analyste de la politique énergétique au sein du groupe de réflexion Bruegel, convient que les prix élevés de l’énergie sont les principaux responsables du déclin industriel du bloc.
Cependant, il a suggéré qu’il était peu probable que l’impact de la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA) — qui consacre 369 milliards de dollars de subventions gouvernementales pour stimuler l’investissement et la consommation écologiques — « apparaisse encore dans les données » actuelles.
« Les prix [de l’énergie] sont moins volatils mais restent deux à trois fois supérieurs aux niveaux d’avant la crise », a déclaré M. McWilliams. « Ces prix continuent d’être répercutés le long des chaînes de valeur et réduisent finalement les incitations économiques à la production industrielle lourde dans l’UE. »
Comme Mme Kirton-Darling et M. Voet, M. McWilliams note que les perspectives industrielles à long terme de l’Europe dépendront des politiques actuelles et futures des gouvernements nationaux.
« Les perspectives à long terme de la position industrielle de l’UE ne peuvent pas être interprétées à partir d’un phénomène à court terme lié au prix du gaz naturel », a-t-il déclaré.
« L’avenir de la compétitivité industrielle de l’Europe sera plutôt déterminé par sa capacité à développer de nouvelles sources d’énergie renouvelable et à créer un environnement propice aux investissements dans l’innovation et les technologies de demain. »
M. Gehrke est du même avis : « Sans intervention, la désindustrialisation de l’Europe ne fera que s’accélérer ».
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6 minutes
[Édité par Anne-Sophie Gayet]