Les stagiaires, nouveaux travailleurs « low-cost » de l'Europe
A l'occasion de la première « Journée européenne des stagiaires » le 18 juillet, les participants ont dénoncé le recours abusif aux stages afin de réduire les coûts du travail. Une pratique qui se généralise en Europe, jusque dans les couloirs du Parlement européen.
A l’occasion de la première « Journée européenne des stagiaires » le 18 juillet, les participants ont dénoncé le recours abusif aux stages afin de réduire les coûts du travail. Une pratique qui se généralise en Europe, jusque dans les couloirs du Parlement européen.
Les stages sont devenus ces dernières années une variable d’ajustement importante dans la compression des coûts du travail, au grand dam de nombreuses organisations civiles. Selon une enquête Eurobaromètre 2013, environ 4,5 millions de jeunes européens travailleraient en tant que stagiaires actuellement. Il en ressort également que 59 % des stagiaires interrogés ne sont pas rémunérés pour le travail qu’ils produisent.
Parmi les 40 % qui sont payés, plus de la moitié d’entre eux affirment que leur salaire ne suffit pas pour couvrir leurs frais de subsistance. Quelque 40 % des stagiaires travaillent également sans avoir signé de contrat écrit leur garantissant des droits sociaux.
Des organisations de la jeunesse ont organisé une manifestation, lors de la première « Journée européenne des stagiaires » le 18 juillet dernier. Environ 200 personnes se sont rassemblées à cette occasion au centre du quartier européen afin de dénoncer ces pratiques.
« Les stages de mauvaise qualité sont devenu un problème croissant en Europe » explique à EURACTIV Allan Päll, le secrétaire général du Forum européen de la Jeunesse (YFJ).
« C’est réellement un problème européen », précise-t-il. « La plupart des stages n’ont plus pour but de transmettre des connaissances. Nous constatons que la plupart des stages offerts remplacent en fait des emplois réels. Et les jeunes travailleurs doivent en accumuler plusieurs avant d’accéder à un véritable emploi ».
« Les entreprises essaient d’en tirer un maximum profit, voilà ce qui explique cette situation. Il en va de même pour les institutions publiques », poursuit-il.
L’une des organisations à l’origine de la manifestation, InternsGoPro, a lancé un site Internet où les organisations publiques comme privées peuvent déposer une candidature pour obtenir un label attestant de la qualité des stages qu’elles proposent. Les anciens stagiaires peuvent ainsi évaluer leur propre expérience au sein des organisations postulant au label.
Les stages ne devraient pas, entre autres, aboutir à la substitution d’un emploi au sein d’une organisation et devraient être encadrés par un « mentor ». Selon les organisateurs de la manifestation, les stages ne devraient « pas être rémunérés en dessous du seuil de pauvreté qui correspond à 60 % du salaire médian ou du salaire minimum national ».
Pas de label de qualité pour les stagiaires des eurodéputés
« Je suis farouchement opposé aux employeurs qui remplacent les emplois par des stages » s’est indignée la commissaire à l’Éducation et à la jeunesse, Androulla Vassiliou, dans un entretien donné à EURACTIV, lors de cet évènement.
« Le Conseil a déjà adopté des recommandations afin de s’assurer que [ces règles] sont respectées par les employeurs dans chaque pays concerné. En d’autres termes, le stagiaire doit être payé, connaître les tâches que comprendra leur emploi [. . . ] et savoir qui, au sein de l’entreprise, sera responsable de sa supervision », a-t-elle ajouté.
En avril dernier, les États membres ont soutenu le projet de la Commission européenne visant à éviter l’exploitation des stagiaires. Mais les recommandations ne contraignaient pas les employeurs à payer les stagiaires ou à leur offrir une protection sociale. Une « occasion manquée » aux yeux des organisations de la société civile.
>> Lire aussi : L’encadrement des stages fait débat dans l’UE
Régis Pradal, cofondateur d’InternsGoPro, a pour sa part déclaré à EURACTIV :« Au Parlement européen, notre « label de qualité » ne s’appliquera pas à tous les stages proposés ».
« Des stages proposés par certains eurodéputés peuvent être non rémunérés », a-t-il expliqué. Toutefois, il a indiqué que les stages proposés par le Parlement européen lui-même correspondent aux critères de qualité du label.
Androulla Vassiliou a affirmé de son côté que la Commission « donnait l’exemple » en la matière :« Je ne sais pas ce qu’il en est dans les autres institutions, mais j’espère qu’elles ont les mêmes démarches ».
« Les institutions européennes devraient modifier leurs pratiques également », rétorque Allan Päll. « Ici, à Bruxelles, vous pouvez voir des jeunes faire trois ou quatre stages seulement pour pouvoir postuler à un emploi par la suite. […]».