Les soignants multiplient les appels à voter contre Marine Le Pen

À quatre jours de la finale de l’élection présidentielle opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, de nombreux professionnels de santé appellent à voter contre le programme santé de la candidate d’extrême droite, qui selon eux posent de nombreux problèmes.

Euractiv France
Paris,,France:,12/17/2019:,Health,Sector,Workers,Protesting,At,The,Greve
Dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche (JDD) samedi (16 avril), plus de 1 000 médecins, soignants et chercheurs appellent « sans détour à faire barrage à l’extrême droite ». [Ana Mercedes Corona Garza/Shutterstock]

À quatre jours de la finale de l’élection présidentielle opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, de nombreux professionnels de santé appellent à voter contre le programme santé de la candidate d’extrême droite, qui selon eux posent de nombreux problèmes. 

Plus de 1 000 médecins, soignants et chercheurs appellent « sans détour à faire barrage à l’extrême droite », dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche samedi (16 avril),

« Au-delà de nos différences d’opinions, au-delà des constats que nous portons chacun sur les remèdes à apporter à un système de santé fragilisé, nous partageons la conviction que le projet de l’extrême droite s’oppose aux principes fondamentaux qui fondent notre modèle social », peut-on lire dans la tribune. 

L’une des propositions phares de Marine Le Pen est la suppression de l’Aide médicale d’État (AME), qui permet aux personnes en situation irrégulière de bénéficier d’un accès gratuit aux soins médicaux, s’ils résident depuis trois mois en France et s’ils ne dépassent pas un certain plafond de ressources. 

Si elle est élue, la candidate du Rassemblement national entend transformer l’AME en un dispositif prenant en charge, pour les adultes, uniquement les soins urgents (les mineurs continueront de bénéficier de l’AME). 

« Vieille idée, contraire aux conventions internationales sur le droit à la santé, la suppression de l’AME mettrait en danger toute la population en favorisant la propagation de maladies infectieuses en apparence non urgentes », fustigent les professionnels de santé dans le JDD. 

Ces derniers ajoutent que cette proposition est « coûteuse », dans la mesure où réduire l’accès aux soins peut favoriser le développement de maladies ou infections graves qui, si elles ne sont pas soignées, nécessiteront des soins lourds et donc chers. 

En 2020, l’AME a coûté 920 millions d’euros, ce qui représente 0,4 % des dépenses de santé en France, selon la Mutualité française.

« La porte ouverte aux charlatans »

Libération donne également la parole aux soignants dans une tribune intitulée « Nous, soignants et activistes du Covid, voterons Macron malgré nos désaccords », publiée dimanche (17 avril) en ligne.

Ces professionnels de la santé dénoncent le mépris de la candidate pour les scientifiques et les plus vulnérables, affirmant que son arrivée au pouvoir « serait la porte ouverte aux charlatans, l’incompétence et l’inconséquence, l’invocation sophiste de la liberté individuelle au mépris des plus vulnérables ». 

Dans le JDD, les soignants n’hésitent pas non plus à alerter sur la proposition de Marine Le Pen de réduire drastiquement le nombre de médecins étrangers exerçant en France. 

Plus précisément, la candidate souhaite « ouvrir un nombre de places suffisantes dans les facultés de médecine pour disposer des médecins dont les Français ont besoin, résorber les déserts médicaux et réduire drastiquement le recours aux médecins ayant obtenu leur diplôme hors de l’Union européenne ».

Réaction immédiate des soignants dans le JDD : « L’extrême droite souhaite stigmatiser les médecins et professionnels étrangers, nos collègues et amis. Certes, ils ne seraient pas interdits d’exercer à court terme. Mais comment accepter l’atteinte qui serait faite à leur dignité en les désignant comme intrus ? ». 

Macron pas plébiscité pour autant 

Mais si les soignants font barrage à l’extrême droite, ils ne sont pas pour autant satisfaits du quinquennat d’Emmanuel Macron, et de sa gestion de la crise de la Covid-19. 

« Nous pensons que l’optimisme qu’affiche désormais Emmanuel Macron face à ce virus est déplacé », tiennent-ils à rappeler dans Libération. 

Avant de dénoncer « la trop faible détermination dont l’exécutif a fait preuve pour combattre le charlatanisme, prêtant une oreille souvent bien complaisante à ceux qui discréditent la connaissance scientifique et prêtent au masque ou au vaccin des vices imaginaires ». 

Ils critiquent au passage la levée des restrictions, notamment concernant la fin du port du masque obligatoire dans les lieux clos, excepté dans les transports en commun, qui « aurait dû s’accompagner d’une pédagogie robuste et déterminée incitant chacun à continuer à le porter par souci de soi et des autres ». 

Même si tous lancent un appel « en faveur du seul vote qui permet de préserver nos solidarités », soit l’actuel président Emmanuel Macron. D’autres organisations de santé en France à l’image du Planning familial ont lancé le même appel.