Les socio-démocrates français n’ont pas dit leur dernier mot

La social-démocratie française est en grandes difficultés en termes de résultats électoraux et de positionnement politique, mais a encore la possibilité de revenir au centre du jeu, en vue de l’élection présidentielle de 2027.

Euractiv France
Anne Hidalgo campaign’s rally
Un drapeau du Parti socialiste flotte pendant une réunion publique d'Anne Hidalgo, candidate PS à l'élection présidentielle de 2022. Le parti a alors enregistré le plus bas résultat de son histoire (1,75 %). [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

La social-démocratie française éprouve de grandes difficultés en termes de résultats électoraux et de positionnement politique, mais a encore la possibilité de revenir au centre du jeu, en vue de l’élection présidentielle de 2027.

La question de la survie de la social-démocratie se pose depuis des années en France. Dès 2017, Emmanuel Macron siphonnait l’électorat de centre gauche. Le Parti socialiste ne dépassait pas les 6,36 % à l’élection présidentielle et ne parvenait à faire élire qu’une trentaine de députés, contre plus de 250 sortants.

Un espace politique difficile

« Les élections présidentielles ont montré la crise du Parti socialiste, avec un candidat, Emmanuel Macron, qui venait plutôt du centre-gauche. Son départ de la famille social-démocrate a participé de la fragmentation de la gauche – depuis toujours pluraliste », considère Ania Skrzypek, directrice de recherche à la Foundation for European Progressive Studies (FEPS), contactée par EURACTIV. 

Un centre gauche pris en étau entre le mouvement centriste du président et la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon. En 2022, ce dernier a achevé d’aspirer l’électorat de gauche, et le PS a enregistré le plus bas score de son histoire à une élection présidentielle (1,75 %). 

Lors des élections législatives, le parti a sauvé les meubles dans le cadre de l’alliance des forces de gauche (NUPES) – obtenant une trentaine de députés. 

A cet égard, l’eurodéputé Renaissance Sandro Gozi – anciennement élu et ministre sous les couleurs du Partito Democratico, le PS italien – s’étonne du choix des socialistes de « s’allier avec la France insoumise ».

Il s’agit d’une « une grande erreur », explique l’eurodéputé macroniste à EURACTIV, car « les positions des Insoumis n’ont rien à voir avec la social-démocratie sur de nombreux sujets : l’Europe, la politique internationale, certains choix sociaux, la laïcité ».

« Les socio-démocrates, maintenant qu’ils ont leur groupe, peuvent montrer leur différence » par rapport aux Insoumis, et ainsi continuer d’exister, poursuit M. Gozi.

Les sujets de la social-démocratie en vogue ?

Au sortir de l’épidémie et avec l’avènement de la guerre en Ukraine, Ania Skrzypek juge que les électeurs ont renoué avec des principes qui caractérisent la social-démocratie, « comme la solidarité, les services publics, le bien-être, l’État, l’avenir des emplois ». Sans pour autant que celle-ci renonce à la « croissance, levier pour parvenir à ces objectifs ».

La responsabilité, un atout pour le centre-gauche

Parmi les éléments de distinction avec les autres forces de gauche plus radicales, comme celle de M. Mélenchon, la culture de gouvernement et l’esprit de responsabilité et de sérieux qui ont caractérisé le socialisme français dans le temps pourraient lui être utiles à nouveau.

Lors d’un entretien avec EURACTIV, le politiste spécialiste de la gauche, enseignant à l’Université de Lille, Rémi Lefebvre note que « si M. Mélenchon arrive au pouvoir, il ne peut pas mener sa politique dans le cadre européen existant. Cela créerait une crise institutionnelle ».

Un sujet qui pourrait inquiéter non seulement les partenaires européens, mais aussi les électeurs, selon Ania Skrzypek : « Jean-Luc Mélenchon est un eurosceptique dans nombreuses de ses réponses aux enjeux européens. Et Emmanuel Macron ayant perdu sa position dominante au sein du Parlement, les électeurs attendront une politique pro-européenne sérieuse » – qui pourrait donc venir, à gauche, des « soc-dem ».

Mme Skrzypek ajoute que ces derniers semblent avoir une longueur d’avance sur les autres familles politiques de la gauche, à savoir « la prévisibilité » de leur politique et de leur action. Un atout qui a contribué à la renaissance des partis de centre gauche dans plusieurs pays européens, dont l’Espagne et la Pologne, remarque l’experte.

L’ « incarnation »

Mais l’enjeu principal en France – en raison du fonctionnement électoral et de la personnalisation de l’élection présidentielle – reste l’incarnation de cette social-démocratie renouvelée.

Théo Verdier, co-directeur de l’Observatoire Europe de la Fondation Jean-Jaurès, a également évoqué, avec EURACTIV, l’exemple de l’Espagne, où « après une cure d’opposition et face à une concurrence de Podemos très forte, le Parti socialiste espagnol a su se relancer sur une incarnation et grâce à sa structure de cadres régionaux et d’élus locaux ».

Même son de cloche auprès du politiste Rémi Lefebvre, selon qui les socio-démocrates doivent trouver « un candidat qui peut gagner » et séduire « un électorat de gauche qui n’est pas en phase avec la radicalité de M. Mélenchon, qui, en plus, va s’effacer » – à 70 ans, après 35 ans de mandats électifs nationaux.

Un espace politique pourrait alors se libérer, non seulement à la gauche des socio-démocrates, avec l’effacement de M. Mélenchon, mais aussi au centre : « Emmanuel Macron ne peut pas se représenter en 2027 et ses potentiels successeurs vont se déchirer. Surtout, ils sont plutôt issus du centre droit », résume M. Verdier, en se référant notamment à Edouard Philippe et Bruno Le Maire.

Ainsi, selon lui, « les cartes sont rebattues ». La fenêtre de tir est étroite, mais elle existe. 

[Charles Szumski a contribué à la rédaction de cet article.]