Les socialistes et les verts furieux face à l'appel au dialogue du PPE

L'appel à dialoguer entre forces pro-européennes du secrétaire général du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, Thanasis Bakolas, lors d'un entretien à Euractiv a suscité de la perplexité dans les rangs des Verts et des socialistes.

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Les socialistes et les verts expriment leur méfiance, estimant que les appels au dialogue du parti ne correspondent pas à son rapprochement avec les forces de droite. [Shutterstock/rarrarorro]

L’appel à dialoguer entre forces pro-européennes du secrétaire général du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, Thanasis Bakolas, lors d’un entretien à Euractiv a suscité de la perplexité dans les rangs des Verts et des socialistes. 

Les socialistes se méfient toujours des intentions du PPE et l’accusent d’« incohérence », tandis que les Verts estiment que le centre droit européen ne mérite pas de « médaille » pour avoir rejeté l’extrême droite.

M. Bakolas a vivement critiqué les socialistes, les verts et les libéraux européens pour avoir déclaré que le PPE voulait créer une coalition de droite après les élections européennes de juin 2024. Le responsable politique grec a fait référence à des accusations « malvenues » qui ne tiennent absolument pas compte de la ligne pro-UE observée par le PPE depuis de nombreuses années.

« J’ai trouvé très dérangeant que cette attitude culturelle et politique vienne d’eux. Le PPE a un passé, mais nous avons aussi un avenir. À l’avenir, le PPE sera à nouveau le premier parti [au Parlement européen], et nous occuperons les postes les plus importants ; je sais que cela dérange les gens, mais c’est la réalité », a affirmé M. Bakolas.

Il a ajouté qu’après le discours sur l’état de l’Union européenne de la présidente de la Commission européenne et membre du PPE, Ursula von der Leyen, suivi de l’intervention du président du groupe, Manfred Weber, il était clair qu’une collaboration entre le PPE et l’extrême droite était un scénario « fantaisiste ». Il a appelé les forces pro-UE à revenir à la réalité et à enfin discuter des politiques de l’UE qui profitent aux citoyens européens.

Méfiance des verts et des socialistes

Les socialistes et les verts expriment leur méfiance, estimant que les appels au dialogue du parti ne correspondent pas à son rapprochement avec les forces de droite.

« En politique, il y a toujours ce que les responsables politiques disent et ensuite ce qu’ils font. Et ils ne semblent pas très crédibles lorsque leurs paroles et leurs actions se contredisent », a expliqué Mélanie Vogel, coprésidente du Parti vert européen (PVE), à Euractiv.

Les socialistes et les verts ont pointé du doigt les partis nationaux membres du PPE qui courtisent ou forment des gouvernements avec les partis d’extrême droite et de droite à travers l’UE.

« Nous espérons que ce message du PPE atteindra leurs collègues en Espagne, en Italie, en Finlande, en Suède et partout ailleurs où ils pourraient avoir des ambitions similaires de coopération avec l’extrême droite », a déclaré Giacomo Filibeck, secrétaire général exécutif du Parti socialiste européen (PSE), à Euractiv.

M. Filibeck regrette que « dans ces États membres, le PPE coopère […] avec les négationnistes du climat, les opposants aux valeurs européennes, les nationalistes et les forces de droite ».

Mme Vogel a quant à elle suggéré une division interne du PPE tout en affirmant que « certaines parties du PPE sont embarrassées par cette stratégie [de collaboration avec la droite] menée par l’eurodéputé PPE Manfred Weber et par ses conséquences désastreuses […] nous ne savons toujours pas où se trouve la majorité au sein du PPE ».

« Son secrétaire général [M. Bakolas] semble dire que collaborer avec l’extrême droite est une erreur. Je ne vais pas lui donner une médaille pour cela. Allons, c’est une question de décence politique élémentaire que de ne pas travailler avec l’extrême droite ! », s’est-elle exclamée.

Les libéraux ont préféré rester discrets et ont fourni une réponse plutôt générale, gardant leurs distances par rapport à l’appel du PPE.

Contacté par Euractiv, la responsable presse de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), Iiris André, a déclaré qu’aucun pourparlers de coalition ne pouvait être lancé avant que les urnes ne soient exprimés.

« Nous pensons que c’est aux électeurs de décider quels partis politiques ont les meilleures idées et solutions politiques et comment ils prévoient de les concrétiser. Organisons d’abord les discussions et menons la campagne », a déclaré Mme André.

Au début du mois, le groupe politique de l’ADLE au Parlement européen, Renew Europe, a publié une déclaration condamnant le rapprochement du PPE avec l’extrême droite.

Agenda vert

L’un des principaux sujets menant à une certaine méfiance est le vote du PPE contre la loi sur la restauration de la nature et la directive sur la pollution de l’air — deux dossiers liés à l’agenda vert de l’UE — avec les forces de droite au sein du Parlement européen.

« Le PPE a consacré beaucoup d’énergie ces derniers mois à tester des majorités alternatives au Parlement européen, en se tournant vers l’extrême droite », a affirmé M. Filibeck.

Dans son entretien avec Euractiv, M. Bakolas a clairement indiqué que l’engagement du parti en faveur de la politique environnementale était incontestable, tout en restant « pragmatique » afin de parvenir à un Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) « qui aille de pair avec la compétitivité et qui protège tout groupe qui pourrait être affecté négativement ».

M. Bakolas a ironiquement salué le « retour à la vraie politique » d’une récente déclaration du secrétaire général du PSE selon laquelle le Green Deal ne devrait laisser personne de côté.

« Je suis heureux qu’ils aient reçu le message », a déclaré M. Bakolas.

Pour leur part, les socialistes se félicitent d’un éventuel changement de cap politique de la part du PPE.

« Si le PPE a réalisé l’erreur de son approche, c’est une nouvelle très positive pour la stabilité de l’Europe aujourd’hui et pour le progrès des politiques relatives au Green Deal à l’avenir », a déclaré M. Filibeck du PSE.

Il a néanmoins averti le PPE que « nous ne pouvons pas nous permettre de mettre en pause les actions visant à sauver le climat ».

Mme Vogel a déclaré qu’« être pragmatique signifie avoir un plan réalisable et des mesures qui garantissent une vie digne pour tous […] et non un moratoire sur la législation environnementale, des tentatives pour tuer la loi sur la restauration de la nature, ou le refus de taxer les plus riches ».

« Le désir du PPE de ralentir le Green Deal et la justice sociale n’est pas pragmatique, il est dangereux », a-t-elle ajouté.

Le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) n’a pas répondu à la demande de commentaires d’Euractiv au moment de la publication de cet article.

[Édité Anne-Sophie Gayet]