Les sanctions de l’UE contre la Biélorussie touchent un engrais essentiel pour les agriculteurs

L’Union européenne a interdit toutes les importations de potasse en provenance de Biélorussie, un engrais important dont la production est largement insuffisante en Europe.

EURACTIV.com
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Du muriate de potasse (MOP), un engrais minéral obtenu à partir d'une solution de chlorure de potassium. [<a href="https://www.shutterstock.com/it/image-photo/potassium-chloride-0060-muriate-potash-mop-1010215777" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK/KOLIO]</a>]

L’Union européenne a interdit toutes les importations de potasse en provenance de Biélorussie, un engrais important dont la production est largement insuffisante en Europe. Cette mesure accentue la pression sur le secteur agricole, déjà confronté à une hausse du prix des intrants.

Mercredi (2 mars), les ambassadeurs de l’Union européenne ont approuvé un nouvel ensemble de sanctions visant la Biélorussie pour avoir soutenu la Russie dans son offensive militaire contre l’Ukraine.

Les mesures restrictives comprennent une interdiction totale des importations de potasse ou de chlorure de potassium, l’un des trois principaux engrais chimiques utilisés dans les engrais commerciaux, les autres étant le phosphate et l’azote.

Des sanctions économiques visant les exportations de potasse de Biélorussie avaient déjà été introduites en juin dernier, à la suite de l’atterrissage forcé d’un vol Ryanair à Minsk ayant conduit à l’incarcération du militant de l’opposition Roman Protasevich et de sa petite amie Sofia Sapega qui se rendaient en Lituanie.

« Nous étendons considérablement les interdictions d’importation existantes », a déclaré un fonctionnaire de l’UE mercredi (2 mars), ajoutant que le type de potasse le plus importé, qui avait été exclu des sanctions en juin, était désormais inclu dans le nouvel ensemble de sanctions.

Selon les estimations, les mesures adoptées en juin ont exclu du commerce de l’UE environ 20 % de la potasse provenant de la Biélorussie. « Désormais, c’est 100 % du chlorure de potassium qui sera soumis aux restrictions à l’importation », a indiqué le fonctionnaire européen.

Il a également expliqué que l’idée était d’avoir une approche progressive en juin, une approche typique pour les sanctions européennes, car le bloc préfère laisser une certaine marge de manœuvre pour pouvoir réagir si la situation s’aggrave.

« Il y avait une décision politique à l’époque de ne cibler que certains types de potasse. Aujourd’hui, nous […] sommes prêts à interdire tous les types », a ajouté le fonctionnaire européen.

Les producteurs doivent être rapides

Une « très courte » fenêtre de liquidation de trois mois permettra aux producteurs européens d’engrais de respecter les contrats déjà signés avant la décision d’interdiction.

« Après cela, plus aucun échange ne sera possible », a indiqué le fonctionnaire européen, ajoutant que cette période de liquidation n’est nécessaire que pour combler les « failles existantes ».

Cette décision marque un nouveau durcissement des sanctions, l’UE autorisant normalement l’exécution intégrale des contrats déjà signés. « Compte tenu de la gravité de la situation, nous optons pour un régime exceptionnel beaucoup plus strict en n’autorisant l’exécution [des contrats] que pour une durée de trois mois », a expliqué le fonctionnaire européen.

Il a également prévenu que si les opérateurs de l’Union veulent mettre fin à leurs activités, « ils devront le faire très rapidement ».

Le plus grand producteur européen d’engrais, Yara, avait déjà annoncé en janvier qu’il allait réduire son approvisionnement en Biélorussie en raison des effets des sanctions sur la chaîne d’approvisionnement.

Les principaux composants des engrais, l’azote et le phosphate, ne figurent pas en tant que tels sur la liste des sanctions. Néanmoins, le paquet de sanctions de juin interdisait déjà certains mélanges comme les engrais chimiques minéraux contenant les trois engrais, ainsi qu’un autre mélange contenant uniquement du phosphore et du potassium.

Une augmentation des prix à prévoir

Bien que l’Allemagne soit le quatrième producteur mondial de potasse, l’Union européenne manque largement de potasse, puisqu’elle ne représente que 6 % de la production mondiale de cette matière première.

Selon les données de l’association européenne FertilizersEurope, en 2020, les importations de potasse du bloc se sont élevées à 2,4 millions de tonnes, avec une part de potasse importée égale à 85 % de la consommation totale de l’UE.

En moyenne, pour la période 2018-2020, la part d’origine biélorusse dans les importations de potasse de l’UE était de 27 %.

Contactée par EURACTIV, l’association d’agriculteurs de l’UE COPA-COGECA a déclaré qu’il était difficile d’avoir des informations précises à ce stade sur l’impact potentiel de l’interdiction sur les prix en raison de la structure du marché.

« Nous nous attendons toutefois à des augmentations de prix et à des perturbations », a déclaré un porte-parole du COPA-COGECA, ajoutant qu’il existe des solutions à moyen terme mais qu’à court terme, la situation était tendue.

Si l’on considère le marché mondial, on estime que la production annuelle de potasse dans le monde atteindra 43 millions de tonnes en 2020, le Canada étant l’un des principaux producteurs avec 14 millions de tonnes.

Remplacer les 1,7 tonne d’importations russes/biélorusses par de la potasse d’origine canadienne, par exemple, prendrait du temps et serait coûteux, selon les agriculteurs européens.

Certaines entreprises privées effectuent actuellement des forages d’essai dans l’est de l’Allemagne à la recherche de nouvelles mines de potasse. Certains de ces forages d’ailleurs se sont révélés prometteurs.

Les aides d’État pour les engrais

Alors qu’une évaluation concrète de son impact est en cours, l’interdiction de la potasse vient s’ajouter aux préoccupations déjà existantes concernant la hausse des prix des intrants.

La Commission européenne devait présenter mercredi (2 mars) une communication sur les prix de l’énergie qui aurait également abordé la question de l’augmentation du prix des engrais.

« Nous avons assisté à un changement radical de la situation, y compris dans le secteur des engrais. Il n’y a pas d’importations et aucune possibilité d’importation », a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, à l’issue d’une réunion avec les ministres de l’Agriculture des 27 États membres de l’UE mercredi.

« C’est une situation inédite, c’est pourquoi nous avons décidé que la communication ne sera publiée que le 8 mars », a-t-il ajouté.

Une communication ayant fait l’objet d’une fuite et obtenue par EURACTIV prévoit la possibilité d’assouplir les règles communautaires strictes en matière d’aides d’État pour l’utilisation d’engrais moins conventionnels aujourd’hui affectés par la hausse des prix du gaz.

Julia Dahm a contribué à la rédaction de cet article.