Les sanctions américaines contre Gazprombank devraient accélérer le découplage entre l’UE et la Russie
La décision des États-Unis de sanctionner Gazprombank accélérera le découplage économique de l’Union européenne (UE) avec la Russie et stimulera les efforts de diversification de l’approvisionnement énergétique de l’UE, selon les analystes.
La décision des États-Unis de sanctionner Gazprombank accélérera le découplage économique de l’Union européenne (UE) avec la Russie et stimulera les efforts de diversification de l’approvisionnement énergétique de l’UE, selon les analystes.
La décision prise jeudi 21 novembre par le département du Trésor américain d’expulser le troisième bailleur de fonds russe, Gazprombank, du système financier mondial — dirigé de facto par les États-Unis — fait partie d’un ensemble plus large de mesures visant plus de 50 banques russes, plus de 40 bureaux d’enregistrement de titres russes et 15 fonctionnaires russes du secteur financier.
Dernièrement, Washington d’ailleurs avait lancé une série d’avertissements explicites selon lesquels les « institutions financières étrangères » qui entretiennent des liens avec des banques russes s’exposent à un « risque important de sanctions ».
Les experts ont noté que la menace de « sanctions secondaires » augmenterait la pression exercée sur les entreprises occidentales pour qu’elles coupent tout lien financier avec la Fédération de Russie.
« J’estime que, maintenant, l’Union européenne devrait agir », a affirmé Maria Demertzis, directrice du Centre pour l’économie, la stratégie et la finance en Europe du lobby Conference Board.
« D’une certaine manière, elle n’a pas le choix : parce que [sinon] elle sera soumise à des sanctions secondaires », a-t-elle ajouté.
Les analystes ont également noté que la décision, en éliminant les failles dans les sanctions, entraverait la capacité de la Russie à financer sa guerre en Ukraine.
« Toutes les transactions seront désormais examinées de plus près, et même les autres pays qui ne suivent pas les sanctions occidentales seront plus prudents, et pourraient décider de ne pas effectuer de transactions avec cette banque [qui est] très, très importante pour l’économie russe », a expliqué Svitlana Taran, membre de l’European Policy Centre, à Euractiv.
Gazprombank, la plus grande banque russe qui n’était pas encore visée par les sanctions américaines, est contrôlée par l’État russe et répond aux besoins financiers de Gazprom, l’un des principaux exportateurs de gaz naturel, qui continue d’ailleurs d’approvisionner plusieurs États membres de l’UE.
Selon le département du Trésor américain, Gazprombank est utilisée par le Kremlin pour payer les salaires des soldats russes, indemniser les familles des soldats décédés et acheter du matériel militaire qui est ensuite employé en Ukraine.
Gazprombank a déjà été sanctionnée par plusieurs pays occidentaux qui soutiennent l’Ukraine, notamment le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande.
L’UE s’est longtempts abstenue d’imposer des sanctions à Gazprombank, craignant qu’une telle mesure ne déclenche une nouvelle flambée des prix du gaz et ne limite la capacité des États membres à acheter de l’énergie russe.
Depuis l’invasion massive de l’Ukraine, l’UE a tout de mêm imposé 14 séries de sanctions contre la Russie, dont la dernière comprenait des mesures visant le gaz naturel liquéfié (GNL) russe. Elle a également réduit radicalement la part du gaz russe dans son bouquet énergétique, passant de 45 % de toutes les importations de gaz en 2021 à seulement 15 % l’année dernière.
Toutefois, Maria Demertzis estime que les nouvelles sanctions américaines profiteront éventuellement à l’Union européenne, en renforçant sa sécurité économique et ses efforts pour lutter contre le changement climatique.
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Réactions de l’UE
Les États-Unis ont également sanctionné six filiales de Gazprombank, dont une au Luxembourg et deux à Chypre.
Nicosie « ne commente pas les questions de sanctions pour des cas spécifiques », mais « notre position générale est que nous cherchons à coopérer avec les autorités compétentes, dans ce cas avec le gouvernement américain », a indiqué un porte-parole du gouvernement chypriote contacté par Euractiv.
« Des experts spéciaux du FBI ont été appelés à Chypre pour participer aux enquêtes en cours sur les violations des sanctions », a ajouté le porte-parole.
Un porte-parole du gouvernement luxembourgeois a annoncé que Luxembourg prenait note de la décision américaine et « continuerait à surveiller la situation en étroite collaboration avec les autres États membres de l’UE ».
Un porte-parole de la Commission européenne a également indiqué que l’exécutif de l’UE « surveillait de près l’impact de ces mesures » et que « des discussions étaient en cours avec nos homologues américains ».
« Nos équipes respectives sont prêtes à travailler ensemble si nécessaire pour répondre à des besoins d’atténuation plus spécifiques au cours de la période de réduction progressive [c’est-à-dire 30 jours] afin de limiter toute perturbation potentielle des importations », a ajouté le porte-parole.
L’agence de presse russe Interfax a rapporté vendredi 22 novembre que Gazprombank fonctionnait normalement.
« Toutes les cartes de notre banque, y compris les systèmes de paiement étrangers, continueront à fonctionner dans les entreprises de commerce et de services, ainsi que dans les distributeurs automatiques de billets dans toute la Russie », a rassuré la banque.
La Hongrie, qui reste fortement dépendante du gaz russe et dont le dirigeant, Viktor Orbán, entretient des liens étroits avec le président russe Vladimir Poutine, a renvoyé Euractiv à un commentaire que le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a publié sur les réseaux sociaux.
« Nos experts juridiques évaluent l’impact et nous consulterons le fournisseur de gaz russe si nécessaire pour garantir un approvisionnement ininterrompu », a annoncé Péter Szijjártó, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE.
« La sécurité énergétique de la Hongrie ne sera pas affectée », a-t-il ajouté.
La décision du département du Trésor américain intervient également alors que le président américain Joe Biden accélère l’aide à Kiev avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, qui a toujours exprimé son admiration pour Vladimir Poutine et a appelé à plusieurs reprises à un accord négocié pour mettre fin « en 24 heures » à la guerre en Ukraine.
Par ailleurs, la semaine dernière a éveillé de profondes craintes d’une escalade en Ukraine, puisque Joe Biden a donné son feu vert à Kiev pour tirer sur la Russie des missiles à longue portée fournis par les États-Unis, ce qui a déclenché une nouvelle série de menaces nucléaires de la part du Kremlin.
« Peut-être que cette décision augmente les enjeux des futures négociations, car, si l’enjeu est plus important, on peut demander plus de concessions », a commenté Svitlana Taran.
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[Édité par Anna Martino]