Les réserves de gaz des États membres de l’UE sont remplies à 90 %

La Commission européenne a annoncé ce vendredi que les niveaux de stockage de gaz en Europe étaient plus élevés qu’attendu, étant donné que les objectifs fixés pour le 1er novembre ont été atteints plusieurs mois avant la date prévue. Les marchés restent toutefois méfiants à l’approche de l’hiver.

Euractiv.com
Astora gas reservoir in Rehden
L’UE a atteint son objectif de 90 % ce 18 août, soit bien avant la date butoir du 1er novembre. [EPA-EFE/FOCKE STRANGMANN]

La Commission européenne a annoncé ce vendredi (18 août) que les niveaux de stockage de gaz en Europe étaient plus élevés qu’attendu, étant donné que les objectifs fixés pour le 1er novembre ont été atteints plusieurs mois avant la date prévue. Les acteurs du marché du gaz restent toutefois méfiants à l’approche de l’hiver.

En 2022, lorsque la Russie a commencé à réduire les approvisionnements de gaz vers l’Europe, le gouvernement allemand s’est aperçu que Gazprom avait délibérément maintenu les niveaux de stockage au plus bas dans ses installations, qui figurent parmi les plus importantes de l’Union. Pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise, des objectifs contraignants de stockage ont été fixés en juin dernier.

L’UE a atteint son objectif de 90 % ce 18 août, soit bien avant la date butoir du 1er novembre.

Ces réserves « nous aideront à être en sécurité cet hiver », a expliqué vendredi Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, avant de préciser que les efforts pour diversifier les sources d’approvisionnement se poursuivaient.

Si la Russie a fourni plus de 50 % des importations de gaz à l’UE en 2019, ce chiffre a chuté lorsque les sanctions européennes ont été appliquées à la mi-2022. Le sabotage des gazoducs Nord Stream, essentiels pour l’approvisionnement de l’Allemagne, a entraîné une réduction des flux de gaz par gazoduc vers l’Europe, qui ont longtemps été réduits au minimum.

Aujourd’hui, le gaz russe représente environ 12 % des importations de l’UE : il passe par l’Ukraine et arrive dans les ports sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL).

« Le marché européen de l’énergie se trouve dans une position beaucoup plus stable que l’année dernière à la même époque », a souligné la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson. Signe du retour au calme sur les marchés, les prix du gaz pour cet hiver tournent autour de 50 euros par mégawattheure, selon l’indice de référence néerlandais Title Transfer Facility (TTF), un prix bien loin des pics de la crise qui atteignaient le triple de ce montant.

Un stockage toujours insuffisant

Néanmoins, les acteurs du marché du gaz restent inquiets. Les installations de stockage de gaz en Europe, aussi pleines soient-elles, sont loin de pouvoir répondre à la consommation.

En effet, elles disposent d’une capacité maximale de plus de 1 100 térawattheures (TWh). Or, la consommation de gaz en 2022 — inférieure de 17 % à celle des années précédentes en raison des prix élevés et des mesures de conservation — était de près de 4 000 TWh.

Les négociants en gaz et leurs clients en sont parfaitement conscients.

« Ces dernières semaines, nous avons constaté que le marché du gaz restait sensible », a déclaré Mme Simson.

Lorsque les travailleurs de la branche australienne de Chevron (l’Australie étant un acteur clé sur les marchés mondiaux du gaz, bien que la majorité de ses exportations soient destinées aux pays asiatiques voisins) ont annoncé une grève, les prix du gaz en Europe ont d’abord grimpé de 40 %, avant de finir à 14 % au-dessus des prix antérieurs.

Des experts, tels que Ben Moll de la London School of Economics, ont également déjà mis en garde contre l’obsession des décideurs politiques concernant le stockage du gaz.

« Si l’optimisme en matière de stockage de gaz est déplacé, l’optimisme en matière de demande de gaz et de substitution de gaz serait quant à lui plutôt justifié », avait-il averti en 2022.

L’Autriche traîne les pieds

Alors que de nombreux pays européens ont considérablement réduit leurs importations en provenance de Russie (l’Allemagne, anciennement le plus gros client du Kremlin, est passée à un approvisionnement quasi nul), l’Autriche traîne les pieds.

Le petit pays alpin est l’un des champions du stockage dans l’Union européenne, puisqu’il possède près de 10 % de la capacité totale de stockage de gaz du bloc.

Alors que les stocks allemands ont été largement remplis par l’achat de GNL coûteux, Vienne a conservé son contrat d’approvisionnement existant avec Gazprom, un contrat que le Kremlin s’est empressé de satisfaire.

« Si les Russes continuent de livrer, je ne peux pas interdire [au groupe autrichien] OMV de remplir ses obligations contractuelles », avait déclaré le chancelier autrichien Karl Nehammer en février 2023. Cependant, tout le monde n’est pas satisfait de la situation.

Karin Doppelbauer, porte-parole de la politique énergétique du parti libéral NEOS, a critiqué l’annonce du gouvernement selon laquelle « les installations de stockage sont pleines à craquer de gaz russe » alors que « presque tous les États » de l’UE sont parvenus à « devenir indépendants du gaz russe ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]