Les républicains américains attisent les tensions sur le changement climatique
Bruxelles s’inquiète de plus en plus de voir les candidats républicains aux élections présidentielles américaines nier l’importance du réchauffement climatique causé par l’Homme. Cette attitude pourrait nuire aux relations entre les Etats-Unis et l’UE, voire entraîner un conflit commercial.
Bruxelles s’inquiète de plus en plus de voir les candidats républicains aux élections présidentielles américaines nier l’importance du réchauffement climatique causé par l’Homme. Cette attitude pourrait nuire aux relations entre les Etats-Unis et l’UE, voire entraîner un conflit commercial.
Les principaux candidats en lice pour la présidence américaine adoptent des positions sur le réchauffement climatique qui bravent le consensus scientifique international et suscitent un sentiment d'« exaspération » à Bruxelles, selon Thomas Legge, responsable du climat pour le German Marshall Fund.
La commissaire européenne à l'action pour le climat, Connie Hedegaard, a déclaré en septembre qu'elle était choquée de voir que le débat politique aux Etats-Unis était si loin des faits scientifiques.
« Il est difficile d'accepter que les candidats à la présidence américaine nient l'importance du changement climatique », a-t-elle déclaré.
Jo Leinen, le président de la commission pour l'environnement du Parlement européen, a appelé à « une réaction sur le commerce transatlantique » dans le cas où un président républicain empêcherait l'UE d'inclure l'aviation dans son régime d'échange de droits d'émission ou s'opposerait aux valeurs qu'elle attribue au pétrole issu des sables bitumineux.
Turbulence commerciale
« Afin d'établir une concurrence juste entre nos industries respectives, nous pourrions envisager des mesures renforcées contre les matières provenant des Etats-Unis qui présentent une forte intensité énergétique ou génèrent d'importants volumes de gaz à effet de serre, comme l'acier, les métaux, et les produits chimiques », a-t-il expliqué à EURACTIV.
Ces mesures pourraient se présenter sous la forme « d'un prélèvement ou d'une taxe aux frontières sur le CO2 pour compenser les investissements européens [visant à réduire les émissions de carbone] », a-t-il affirmé.
Plutôt que de continuer sur cette voie avec les Etats-Unis, M. Leinen a proposé que l'UE « s'oriente vers une coalition avec la Chine ».
Sarah Ludford, la vice-présidente libérale de la délégation européenne pour les relations avec les États-Unis, s'est toutefois opposée à l'idée de sanctions commerciales, même si elle a reconnu que la position des républicains était « très loin de l'état d'esprit européen ».
« En tant que partisane du libre-échange, je me méfie toujours un peu des liens commerciaux », a-t-elle expliqué au téléphone depuis Londres. « Je comprends la position de Jo Leinen mais il faut faire preuve de prudence pour éviter de nous retrouver dans une situation de règlement de comptes qui pourrait s'avérer très dangereuse. »
« J'espère que M. Obama remportera les élections et que nous recevrons des signaux plus modérés et encourageants de la part de l'administration américaine », a-t-elle ajouté à titre personnel.
Six candidats se disputent la place de candidat du parti républicain pour affronter Barack Obama lors des élections générales de novembre prochain.
Une idée républicaine
Ironie du sort, le système de « plafonnement et d'échange » qui régit le marché mondial du carbone était à l'origine une grande idée des républicains américains. La donne a toutefois changé à cause de ce qu'un important négociateur américain pour le climat a qualifié à Kyoto d'amas d'ingrédients « toxiques ».
« Trois problèmes se posent : les contraintes pour l'industrie, le transfert d'argent à l'étranger, et le renforcement de l'ONU. Prises séparément, ces questions sont déjà très complexes », a déclaré depuis Washington Nigel Purvis, fonctionnaire du département d'Etat sous les administrations Clinton et Bush.
La question du changement climatique est allée jusqu'à devenir un symbole de « mainmise du gouvernement » pour les républicains, une tendance qui s'est amplifiée avec « les volumes énormes de contributions financières et de publicité politique » apportés par l'industrie des carburants fossiles et certains syndicats, a expliqué M. Purvis.
« Si l'on prend en compte tous ces facteurs, on obtient un cocktail Molotov », a-t-il ajouté. « C'est regrettable et plutôt dangereux. »
La feuille de route de Durban
La secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, Christiana Figueres, a déclaré que l'arrivée d'un nouveau dirigeant aux Etats-Unis ou dans d'autres pays ne devait pas affecter les progrès vers la conclusion d'un accord mondial sur le climat d'ici 2015, comme prévu dans la feuille de route du récent sommet mondial sur le climat de Durban, en Afrique du Sud.
Toutefois, les candidats du parti républicain pourraient s'opposer à l'analyse de Mme Figueres.
Rick Santorum a qualifié le réchauffement climatique de « conspiration libérale » pour obtenir le pouvoir, fondée sur une « pseudoscience ». Mitt Romney avance quant à lui que les origines du changement climatique sont inconnues et qu'il n'est pas nécessaire de réellement s'atteler au problème ».
Pour Ron Paul, le réchauffement climatique n'est que « le plus grand canular […] depuis des centaines d'années », alors que Rick Perry évoque quant à lui « un capharnaüm artificiel qui croule sous son propre poids ». Newt Gingrich s'est quant à lui rétracté quant au soutien qu'il accordait à l'action pour le climat.
Seul le candidat modéré Jon Huntsman accepte les données scientifiques sur le climat reconnues par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat et 98 % de la communauté scientifique mondiale.
Selon M. Legge, la génération actuelle de candidats républicains pourrait se montrer moins réfractaire à la science sur le climat à la Maison-Blanche que pendant la campagne, notamment en raison du fait que la fonction publique compte de nombreux scientifiques dans ses rangs.
Il a également laissé entendre que les candidats adoptaient ce genre de position pour remporter les primaires et qu'ils reviendraient ensuite vers des opinions plus centristes.
Nigel Purvis, le président de la société de conseil Climate Advisers à Washington, a lui aussi affirmé qu'il avait des raisons de rester optimiste sur le long terme concernant les émissions de carbone de son pays.
« Il est toutefois très regrettable de constater qu'après avoir été sur la bonne voie en 2009 avec l'élection d'un grand défenseur de l'environnement [Barack Obama] et le contrôle du congrès par les démocrates, nous nous retrouvons dans une situation encore pire que lorsque George W Bush a été élu. »
« Il est déprimant de voir les principes fondamentaux de la science remis en question », a-t-il déclaré.