Les relations se tendent entre Bruxelles et l’Autorité de sûreté du nucléaire
Les appréciations données par la Commission européenne sur les réacteurs nucléaires européens continuent de faire débat. Le président de l’ASN compte revenir sur ces points de friction au Sénat, mardi 16 octobre.
Les appréciations données par la Commission européenne sur les réacteurs nucléaires européens continuent de faire débat. Le président de l’ASN compte revenir sur ces points de friction au Sénat, mardi 16 octobre.
« Moins l’Europe s’occupait de sûreté nucléaire, mieux on se portait. » Héritée du gaullisme, cette vision serait désormais révolue. « J’ai contribué à ce qu’il y ait un virage total », affirme André-Claude Lacoste, interrogé le 12 octobre à l’occasion d’une rencontre informelle avec la presse.
En poste au sein de l’Autorité de sûreté nucléaire depuis près de 20 ans, M. Lacoste s’apprête à remettre les clés de l’institution, après l’avoir présidée pendant 6 ans.
Un départ qui survient en pleine zone de turbulences dans les relations entre Bruxelles et le gendarme français. Le 4 octobre, la Commission européenne livre ses conclusions sur les tests de résistance des centrales nucléaires. Tous les États sont épinglés et la France, qui représente à elle seule un tiers du parc nucléaire européen, n’échappe pas aux remontrances.
« Pas un mot à regretter »
Seuls trois sites (Saint-Alban, Flamanville et Civaux) tiennent compte du risque sismique sur les équipements, retient la Commission. A l’avenir, cette analyse devrait être appliquée aux nouveaux réacteurs comme pour ceux, déjà existants, qui seront rénovés.
Autre consigne : la prise en compte des risques pouvant être occasionnés par des désastres climatiques (tornades, températures extrêmes, inondations…)
Alors que Bruxelles adresse sept recommandations à la France, elle n’en fait que deux à l’Allemagne. N’étant pas armée pour réaliser elle-même ces évaluations, la Commission s’est appuyée sur les conclusions des régulateurs nationaux organisés au sein du réseau Ensreg.
Et c’est bien l’exploitation de ces données qui semble poser problème à l’ASN. « Nous n’avons pas un mot à regretter de notre communiqué qui est une version extrêmement modérée de ce que nous pensons », a réagi André-Claude Lacoste. « Tant que ces stress tests ont été effectués via la revue des pairs européens, le travail a été extrêmement sérieux », ajoute-t-il.
L’assurance des centrales : « Un sujet de fond »
Dubitatif sur « le rôle » que la Commission européenne entend jouer vis-à-vis des gendarmes nationaux de la sûreté nucléaire, M.Lacoste replace le débat dans un contexte de « rapport de forces et de compétences ».
Le patron de l’ASN reconnaît en revanche l’utilité du projet lancé par le commissaire Gunther Oettinger pour assurer les centrales nucléaires. « La responsabilité civile du nucléaire ne relève pas de nos compétences, tient-il à préciser, mais je pense que c’est un vrai sujet de fond. Il faut arriver à bâtir, pays par pays, un système dans lequel les assurances relatives au nucléaire sont portées à un niveau raisonnable. »
Les points de friction entre Bruxelles et la France au sujet du nucléaire reviendront sur le devant de la scène mardi 16 octobre. L’audition du président de l’ASN par le Sénat sera l’occasion de revenir plus en détail sur les nouveaux critères que Bruxelles cherche à incorporer dans les stress tests et sur la qualité, apparemment discutée, des conclusions rendues par la Commission.