Les régulateurs doivent joindre le geste à la parole en matière de tests sur les animaux
Avec différentes propositions liées aux produits chimiques sur la table, il est crucial de s’assurer que la législation européenne est adaptée pour ne pas inclure les tests sur les animaux, selon un expert du secteur.
Avec différentes propositions liées aux produits chimiques sur la table, il est crucial de s’assurer que la législation européenne est adaptée pour ne pas inclure les tests sur les animaux, selon un expert du secteur.
« Je ne suis pas un politicien, je suis un scientifique, et dans mon travail, je regarde toujours la meilleure science disponible pour prendre des décisions sur la sécurité », a déclaré Rob Roggeband, directeur principal de la multinationale Procter & Gamble (P&G), à EURACTIV.
Rob Roggeband est le coprésident pour l’industrie du Partenariat européen pour des approches alternatives à l’expérimentation animale (EPAA), une plateforme qui réunit l’exécutif de l’UE et le secteur privé pour promouvoir des approches alternatives à l’expérimentation animale.
Il a déclaré que la mission de l’EPAA était d’instaurer la confiance avec le régulateur et d’accepter ces méthodes alternatives.
Toutefois, la nouvelle stratégie de l’UE en matière de produits chimiques pourrait entraîner une augmentation des essais sur les animaux, une préoccupation exprimée par les parties prenantes à plusieurs reprises.
Présentée en octobre 2020, la stratégie sur les produits chimiques est conçue comme une première étape vers un environnement sans produits toxiques, élément clé du Pacte vert européen. « J’aimerais considérer cette stratégie [sur les produits chimiques] comme une occasion de progresser encore plus rapidement sur les méthodologies sans animaux », selon M. Roggeband.
Une science totalement exempte d’animaux serait encore hors de portée, car il existe des situations où l’expérimentation animale est nécessaire, notamment dans le domaine pharmaceutique. « Il peut y avoir des situations où l’on a encore besoin de faire une étude sur les animaux. Mais je voudrais que ce soit l’exception », a-t-il ajouté.
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Une science rapide
Depuis 1986, l’UE prévoit une législation spécifique pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques, la dernière révision ayant eu lieu il y a plus de dix ans. Le cadre législatif existant prévoit toutefois l’utilisation systématique d’animaux pour les essais cliniques et les tests de produits chimiques.
Selon les chiffres de la Commission, les animaux ont été utilisés à des fins scientifiques 9,58 millions de fois en 2017, principalement à des fins de recherche (69 %), d’utilisation réglementaire pour satisfaire aux exigences législatives (23 %) et de production de routine (5 %). Parmi les essais réalisés à des fins réglementaires, 61 % concernaient des produits médicaux destinés à l’Homme, tandis que 15 % concernaient des médicaments vétérinaires.
Un élément incontournable du discours sur le développement des méthodologies sans animaux est le fait que l’évolution permanente de la science n’est saisi que partiellement par le cadre réglementaire.
Pour M. Roggeband, les régulateurs ont été assez intelligents pour placer certains aspects en évolution rapide dans les annexes de la législation. « De cette façon, il n’est pas nécessaire de réviser l’ensemble de la législation, mais on peut faire ce qu’on appelle des adaptations au progrès technique de la législation », a-t-il expliqué.
Il a ajouté que s’assurer que les lois de l’UE sont adaptées aux MNA restait crucial car certaines modifications des textes réglementaires étaient nécessaires pour évoluer dans ce domaine.
« Nous devons collaborer avec les autorités de réglementation dans ce domaine, mais elles doivent également joindre le geste à la parole en ce qui concerne les méthodologies non-animales », a-t-il ajouté.
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La meilleure science disponible
Ces approches non-animales comprennent toutes les méthodologies d’essai qui n’impliquent pas de nouveaux tests in vivo.
Pour M. Roggeband, les entreprises privées tiennent toujours compte de ce qui est déjà disponible dans leurs décisions sur l’utilisation sûre des ingrédients, qu’il s’agisse de tests in silico (tests biologiques réalisés entièrement par ordinateur) ou in vitro (expériences réalisées en dehors d’un organisme vivant), voire de données génomiques.
« Nous prenons des décisions sur l’utilisation sûre des ingrédients pour les travailleurs, les consommateurs et l’environnement, sans nécessairement recourir à une approche de type « boîte à cocher » pour les études sur les animaux », a-t-il déclaré.
Une « énorme quantité de connaissances » générées au cours des dernières années sur le génome humain et les mécanismes d’action de la toxicologie chez l’homme auraient aidé les entreprises et les chercheurs à prendre des décisions en matière de sécurité. « Ce n’est pas facile, car il faut assembler toutes ces pièces du puzzle pour prendre des décisions, mais il existe déjà des possibilités de le faire », a-t-il déclaré.
Cela signifierait également que l’utilisation de la meilleure science disponible n’implique pas nécessairement le recours à des études sur les animaux. « Le mauvais endroit pour commencer serait de dire : faisons tous ces tests sur les animaux à une dose très élevée qui n’a aucune pertinence pour l’évaluation des risques pour la sécurité humaine », a-t-il ajouté.
À mesure qu’elles deviennent de plus en plus disponibles, ces nouvelles méthodologies ne devraient pas être limitées à l’Europe. « Nous devrions également appliquer les méthodologies non-animales aux autres pays et en dehors de l’Europe », a déclaré M. Roggeband, soulignant que des pays tiers font également des progrès dans ce domaine.
Toutefois, les normes de sécurité restent le drapeau rouge habituel de l’application des méthodologies non-animales au niveau mondial. « Nous ne devrions jamais faire de compromis sur la sécurité des consommateurs et des travailleurs. C’est notre étalon-or », a-t-il conclu.