Les régions veulent peser davantage sur la politique européenne de croissance et d’emplois [FR]

Une consultation des autorités locales et des villes de l’UE a révélé un très fort sentiment critique à l’égard de la manière dont la Stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi a été mise en œuvre à travers les 27 Etats membres de l’Union européenne.

Une consultation des autorités locales et des villes de l’UE a révélé un très fort sentiment critique à l’égard de la manière dont la Stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi a été mise en œuvre à travers les 27 Etats membres de l’Union européenne.

La Stratégie de Lisbonne, la politique phare de l’UE censée faire de l’Union l’économie la plus importante du monde à l’horizon 2010, a souffert d’un manque de flexibilité et n’a pas pris suffisamment en compte les différences locales à travers l’Europe, selon les autorités régionales.

Le Comité des Régions, un organisme européen consultatif, a rassemblé les opinions de villes et d’autorités locales concernant la révision de cette stratégie, qui expire cette année.

Leurs points de vue et inquiétudes ont été résumés dans un rapport qui sera diffusé lors d’un sommet des dirigeants européens au printemps prochain. Le sommet devrait adopter une Stratégie de Lisbonne révisée pour l’après 2010.

Une stratégie trop centrée sur l’économie

Christine Chapman, une membre socialiste de l’Assemblée nationale du Pays de Galles qui a supervisé la contribution du Comité des Régions à la révision de cette stratégie, a estimé que cette politique a été trop centrée sur les problèmes économiques.

Depuis 2005, la Stratégie de Lisbonne s’est clairement concentrée sur les moteurs économiques structurels, sous l’appellation révisée de « croissance et d’emplois », et sur la réalisation de changements structurels dans l’économie de l’UE afin de renforcer la productivité et d’améliorer la compétitivité globale dans l’économie mondiale, a affirmé Mme Chapman dans un document de consultation qui a circulé au Comité des Régions.

La crise, a-t-elle ajouté, a mis en avant le besoin de repenser notre préoccupation de croissance économique, pour se tourner de manière plus large vers le bien être et le « bonheur » des personnes au sein de la société.

Cela signifie qu’il devrait y avoir une approche plus humaine et centrée sur les personnes dans la politique économique, écrit Mme Chapman, expliquant que le capital humain constitue l’avantage compétitif pour les entreprises européennes sur le marché du travail mondial et qu’il doit recevoir plus de considération dans la stratégie révisée.

Qualité de vie et économie verte

Dans son avis pour le Comité des Régions, Mme Chapman appelle l’UE à rééquilibrer la stratégie et à y introduire les priorités relatives au développement durable, tels que le changement climatique et la préservation de l’environnement.

Pour traduire ce changement, elle propose que la stratégie soit renommée, une décision qui selon elle permettrait également d’éviter toute confusion avec le traité de Lisbonne. Par exemple, « Qualité de vie pour tous, construire un avenir durable pour l’Europe dans le monde », ou une version plus courte, la « Stratégie pour une Europe durable ».

Elle appelle par ailleurs les dirigeants européens à développer la compétitivité de l’Europe dans l’économie verte, une priorité essentielle selon elle, et à définir une « Stratégie européenne pour les emplois verts et les compétences vertes ».

L’autre message essentiel ressortant de notre consultation, c’est que l’on ne peut pas exclure l’agenda vert de la révision de la Stratégie de Lisbonne, a expliqué Mme Chapman à EURACTIV lors d’un entretien. L’environnement doit jouer un rôle clef dans cette stratégie car notre croissance économique doit se faire dans les limites écologiques de la Terre. Et l’Europe peut jouer un rôle de premier plan sur cette question, a-t-elle ajouté.

Avec le ralentissement économique actuel, la valeur et l’importance de la sécurité sociale et des système de protection sociale qui protégent les plus vulnérables sont également cruciales, a-t-elle déclaré.

La représentante galloise a également souligné le besoin pour les autorités régionales et locales d’être davantage impliquées dans la définition, la mise en œuvre et l’évaluation de la stratégie révisée.

Le manque d’implication des autorités régionales dans la stratégie a éloigné les décideurs politiques des réalités des territoires européens, a-t-elle dit, conduisant à une perte d’effectivité, en particulier après l’élargissement de l’UE aux Etats européens de l’est.

L’une des principales inquiétudes exprimée lors de cette consultation, c’est que les régions souhaitent être beaucoup plus impliquées dans la mise en place de la stratégie parce qu’en tant qu’autorités régionales et locales, elles jouent au final un rôle important dans la mise en œuvre de la stratégie. Elles ont le sentiment d’avoir beaucoup à offrir. Peut être que dans le passé, elles n’ont pas été assez reconnues, a-t-elle expliqué.

Selon Mme Chapman, les autorités régionales et locales peuvent jouer un rôle essentiel pour relayer le message aux personnes sur le terrain. Je pense que le Comité des Régions est une fois de plus un très bon moyen de faire cela, parce que nous avons accès au citoyen ordinaire. Or, il s’agit d’impliquer le citoyen ordinaire dans nos actions, a-t-elle dit.

Une communication plus effective

Dans son avis, Mme Chapman souligne le fait que la Stratégie de Lisbonne actuelle n’a pas réussi à donner une reconnaissance suffisante au rôle joué par les autorités régionales et locales à travers l’UE en ce qui concerne la mise en œuvre et la communication de la stratégie sur le terrain.

Elle appelle donc à une stratégie de communication plus efficace, impliquant les autorités locales et régionales, afin d’améliorer la prise de conscience et de promouvoir les messages clefs de la nouvelle stratégie.

Mais la communication n’est pas suffisante, prévient-elle. En ce qui concerne la stratégie de Lisbonne, je ne pense pas qu’elle évoque quoi que ce soit pour les citoyens ordinaires, a-t-elle dit à EURACTIV. Et l’un des messages de mon avis, c’est que si nous redéfinissons la stratégie, nous devrions nous assurer que le citoyen ordinaire s’identifie à elle. Il s’agit véritablement de la manière dont vous la définissez, et pas seulement d’une question de communication, a-t-elle ajouté.

Pour communiquer de manière plus efficace, elle a mis en avant le besoin pour le Comité des Régions de s’engager davantage avec le Parlement européen.

Pour lire l’entretien avec Christine Chapman dans son intégralité, cliquez ici.