Les produits laitiers européens ciblés par une enquête anti-subventions chinoise

La Chine a lancé une enquête anti-subventions sur les produits laitiers importés de l’Union européenne, plaçant une fois de plus le secteur agroalimentaire européen au premier plan des tensions commerciales entre Pékin et Bruxelles.

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En 2023, les exportations de produits laitiers vers la Chine ont atteint 1,76 milliard d’euros, soit plus de 12 % de la valeur totale des exportations agroalimentaires de l’Union. [SHUTTERSTOCK/godongphoto]

La Chine a lancé une enquête anti-subventions sur les produits laitiers importés de l’Union européenne (UE), plaçant une fois de plus le secteur agroalimentaire européen au premier plan des tensions commerciales entre Pékin et Bruxelles.

Le ministère chinois du Commerce a annoncé mercredi 21 août qu’il allait enquêter sur une série de produits laitiers importés de l’UE, notamment divers types de fromages, de laits et de crèmes. En 2023, les exportations de produits laitiers vers la Chine représentaient 1,76 milliard d’euros, soit plus de 12 % de la valeur totale des exportations agroalimentaires de l’Union vers ce pays.

L’enquête chinoise a été lancée au lendemain de l’annonce par la Commission européenne de la conclusion de son enquête sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, au terme de laquelle l’exécutif européen a proposé des mesures plus souples qu’initialement annoncé.

L’enquête de Pékin, qui durera un an, a été ouverte à la suite d’une demande formulée le 29 juillet par l’industrie laitière chinoise. Les associations professionnelles chinoises affirment que les subventions accordées dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE et par les différents États membres sont potentiellement préjudiciables aux producteurs locaux.

Les autorités chinoises cibleront tous les types de fromages de l’UE, y compris les fromages frais, bleus et à pâte fondue, ainsi que la crème et le lait contenant plus de 10 % de matières grasses, non concentrés ni sucrés.

Selon les données d’Eurostat, la Chine est le huitième marché pour les exportations de fromage de l’UE. Au premier trimestre 2024, les principaux exportateurs de fromage vers la Chine étaient l’Italie (3 768 tonnes), le Danemark (2 627 tonnes), les Pays-Bas (2166 tonnes) et la France (2 041 tonnes).

« La Chine est un marché crucial, car nos exportations y connaissent une croissance à deux chiffres », a expliqué à Euractiv Paolo Zanetti, président de l’association industrielle italienne Assolatte. Ce dernier a ajouté que les produits agricoles et alimentaires de l’UE sont ciblés « à chaque fois qu’il y a un conflit commercial, [même quand] cela n’a rien à voir avec ceux-ci ».

Des taxes sur les exportations européennes de lait et de crème pourraient aussi avoir un impact significatif sur le secteur, étant donné que ces dernières étaient évaluées à respectivement 238,57 et 323,47 millions d’euros en 2023, contre 189,87 millions d’euros pour le fromage.

Le secrétaire général de l’Association laitière européenne (European Dairy Association, EDA), Alexander Anton, a confié à Euractiv que l’organisation était persuadée que l’UE et les autorités chinoises trouveraient un moyen de résoudre leur querelle « dans un esprit constructif », comme cela a été le cas par le passé.

Un porte-parole de la Commission européenne a indiqué que l’institution était informée de la décision de la Chine et qu’elle suivrait de près l’enquête, en veillant à ce qu’elle respecte les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le porte-parole a ajouté que la Commission « défendra fermement les intérêts de l’industrie laitière de l’UE et la Politique agricole commune ».

La Chine contre-attaque

En juin, une semaine après l’annonce par Bruxelles de droits de douane sur les voitures électriques produites en Chine, Pékin avait également ouvert une enquête sur les exportations de porc de l’UE.

Avant cela, en janvier, le géant asiatique avait déjà pris des mesures de rétorsion en réponse à l’enquête de l’UE sur les voitures électriques en ouvrant une enquête antidumping sur les boissons spiritueuses alcoolisées, les producteurs chinois accusant les exportateurs européens de maintenir les prix artificiellement bas.

Le 18 juillet, à leur demande, les associations professionnelles européennes de spiritueux ont été reçues par le ministère chinois du Commerce afin de faire le point sur cette enquête.

« Cette audition a permis aux différentes parties européennes de rejeter les allégations infondées de dumping, qui n’étaient étayées ni techniquement ni juridiquement », indiquent les associations dans un communiqué de presse.

Les producteurs de brandy français, qui approvisionnent la quasi-totalité du marché chinois, sont particulièrement inquiets, d’autant plus que celui-ci est en baisse et a perdu 15 % de sa valeur entre 2022 et 2023.

Les résultats de l’enquête sur les spiritueux sont attendus pour janvier 2025.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]