Les producteurs de viande bovine s'inquiètent de la concurrence transatlantique

Les professionnels de la viande en France dénoncent les négociations commerciales transatlantiques. L'importation de viande bovine américaine dans l’UE menacerait les consommateurs et les emplois du secteur.

EURACTIV.fr
(Credit: [HLPhoto/Shutterstock])
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Les professionnels de la viande en France dénoncent les négociations commerciales transatlantiques. L’importation de viande bovine américaine dans l’UE menacerait les consommateurs et les emplois du secteur.

Le TTIP ne pose pas problème qu’aux écologistes. L’association interprofessionnelle de bétail et de viande Interbev s’interroge également sur le sujet. Si elle ne rejette pas la négociation d’accords de libre-échange transatlantique, elle s’oppose à l’absence de réciprocité dans les critères de production.

En effet, le système de production de viande bovine américaine ne répond pas aux mêmes contraintes. Là où l’alimentation des bovins français est composée à 80 % d’herbe, ou de foin, l’alimentation des bovins aux États-Unis est parfois simplement constituée de maïs OGM et d’additifs alimentaires (hormones, antibiotiques).

En février 2014, le Parlement européen appelait à mettre en place un régime plus strict sur l’étiquetage de la viande, qu’elle soit fraîche, réfrigérée ou congelée. Le système actuel d’étiquetage indique uniquement les pays d’élevage et d’abattage, et le Parlement européen appelle à l’adoption de règles d’étiquetage plus strictes. Souhaitant notamment que le lieu de naissance de l’animal soit également mentionné. Mais la Commission rechigne toujours à faire évoluer cette réglementation.

L’étiquetage en question

Pourtant une traçabilité précise et un étiquetage complet restent les meilleurs moyens de laisser le choix au consommateur. Mais seul l’étiquetage de la viande fraîche est obligatoire dans l’UE.

Le 2 avril 2014, le Parlement a adopté un texte sur l’obligation d’identification des animaux. Pour les animaux en provenance de pays hors UE, les mêmes obligations s’appliquent.

« La viande entrant dans l’Union en provenance de pays tiers devrait être soumise à des exigences d’identification et de traçabilité assurant un niveau de protection identique. Lorsque des animaux vivants sont importés dans l’UE en provenance de pays tiers, ils devraient être soumis, dès leur arrivée, aux mêmes exigences d’identification que les animaux nés dans l’Union européenne » souligne le texte adopté par le Parlement.

Problème de traçabilité

Cependant, selon le président d’Interbev, Dominique Langlois, la traçabilité de la viande bovine importée des États-Unis ne sera pas assurée.

« En l’état actuel de la réglementation communautaire, le consommateur ne peut pas choisir consciemment. En effet, la réglementation européenne s’applique aux viandes importées, mais avec une certaine souplesse. L’étiquetage des viandes importées comportera seulement les mentions : origine non-UE et le pays d’abattage » déclare Dominique Langlois.

L’étiquetage de la viande contenu dans les plats transformés n’est quant à lui pas toujours rendu obligatoire par la Commission. Alors qu’il était réclamé par les députés européens en octobre 2013.

>> Lire aussi: Bras de fer entre les eurodéputés et la Commission sur l’étiquetage de la viande

Emplois en péril

La France est le premier producteur de viande bovine en Europe, et l’importation de viande bovine américaine pourrait impacter les emplois de la filière.

« Des quantités importantes de viande seront importées si l’accord est conclu, et notamment la viande bovine haut de gamme (aloyau). Elles viendront directement concurrencer les races françaises, comme la Charolaise, la limousine, et la blonde d’Aquitaine » prévient Dominique Langlois.

Selon Interbev, l’ouverture du marché européen à la viande bovine américaine, sans droits de douane, entraînera une concurrence déloyale sans précédent.

 « Les viandes américaines ne subissent aucune contrainte de production, le combat de la compétitivité et perdu d’avance » explique l’association interprofessionnelle.

Avec l’arrivée de la viande bovine américaine en Europe, le secteur pourrait être déstabilisé, entraînant une baisse des prix.

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