Les producteurs de lait dénoncent l’insuffisance des aides communautaires
Après avoir manifesté devant le siège d’un groupe fromager, lundi 18 mai, les professionnels du lait se rassemblent mardi 19 pour une journée de mobilisation nationale. Ils protestent contre des prix du lait trop bas et redoutent la disparition des quotas laitiers de l’UE, prévue en 2015.
Après avoir manifesté devant le siège d’un groupe fromager, lundi 18 mai, les professionnels du lait se rassemblent mardi 19 pour une journée de mobilisation nationale. Ils protestent contre des prix du lait trop bas et redoutent la disparition des quotas laitiers de l’UE, prévue en 2015.
Colère chez les producteurs de lait. Une centaines de manifestants se sont rassemblés devant le siège du groupe fromager Bongrain en région parisienne, pour protester contre le prix du lait, autour de 220 euros les 1000 litres, jugé trop bas. A trois semaines des élections européennes, le malaise des laitiers suscite de nombreuses réactions dans les partis politiques.
Car si cette fois, le malaise est provoquée par l’envol des frais de production, notamment la hausse du prix des produits phythosanitaires, la question est on ne peut plus communautaire. Parmi les motifs de mécontentement figure également la disparition programmée des quotas de production. Des quotas d’ailleurs soudainement ardemment défendu par plusieurs candidats aux européennes.
A gauche, José Bové a dénoncé une «chute brutale des prix payés aux éleveurs», y voyant une préfiguration de la «Politique agricole commune dont rêvent les libéraux de tous poils et ouvre la voir aux politiques de renationalisation». «L’Europe doit absolument revenir sur la décision de suppression des quotas laitiers prise sous présidence française. Nous mènerons ce combat au Parlement européen.»
«L’Union européenne actuelle n’a fait qu’accroître la difficulté de la filière puisque sous la présidence française, la suppression des quotas laitiers a été acceptée», estime de son côté Libertas-France, qui se fait l’avocat des quotas laitiers de la politique agricole commune. «Ces quotas évitaient pourtant la surproduction tout en permettant de garantir un revenu correct aux producteurs.»
Au cours d’un «chat» avec les lecteurs du quotidien Métro, le ministre de l’Agriculture et tête de liste UMP aux européennes, Michel Barnier, a estimé quant à lui qu’il fallait, en Europe, «garder des outils de maîtrise de la production». «Personnellement, je pense qu’il faudra reposer en 2010 ou 2012 la question de la suppression des quotas qui avaient été décidée en 2003», a-t-il ajouté.
«Volatilité des prix insupportable»
«Les quotas ne suffisent pas», répond Gilles Psalmont, le directeur de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), syndicat rattaché à la FNSEA. Pour lui, cet encadrement de la production laitière n’est que l’un des deux pilliers du système qui peut être établi pour venir en aide au secteur. «Le second pillier, explique-t-il, consiste à remettre en place des outils de régulation.» Ceux-ci, comme l’aide à l’écoulement ou la remise de stocks sur le marché en cas de pénurie, ont effectivement progressivement disparus entre 2004 et 2006. Avant qu’une partie d’entre eux ne soient remise en place au début du mois de mars.
Ces mesures de soutien aux laitiers, annoncées par la Commission européenne à la mi-janvier, consistent à soutenir les prix par des mécanismes d’intervention (EURACTIV.fr, 16/01/2009). Ainsi, les 30 000 premières tonnes de beurre et 109 000 tonnes de lait écérémé en poudre sont rachetées à un prix déterminé, appelé «prix d’intervention».
Mais là encore, ces aides sont loin de satisfaire les professionnels, qui dénoncent surtout la «volatilité insupportable» du prix du lait. Les prix, qui flirtent actuellement avec les 20 centimes d’euros par litre, peuvent ainsi parfois monter jusqu’à 40 centimes. «Autour de 20 centimes, nous sommes très en-dessous des coûts de production», explique Gilles Psalmont, qui estime que de tels prix peuvent entraîner le dépôt de bilan de nombreuses exploitations. «Et dans notre secteur, les investissements sont si lourds que lorsqu’une exploitation s’arrête, elle ne peut pratiquement pas redémarrer», poursuit le président de la FNPL.
La période électorale permettra-t-elle aux laitiers d’être entendus? «Pour cette campagne des élections européennes, les sujets ne manquent pas. Mais nous espérons tout de même que la crise économique et nos actions provoqueront un sursaut de la politique européenne et des candidats à ces élections», conclut Gilles Psalmont.