Les producteurs de betteraves pressent le gouvernement d’autoriser les néonicotinoïdes pour s’aligner sur leurs concurrents européens

Alors que la France est le seul pays européen à avoir interdit tous les néonicotinoïdes, la filière betterave presse le gouvernement d’autoriser l’acétamipride, utilisée dans les autres pays de l’UE.

Euractiv France
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The industry is calling on the government to scrap the 2018 law aimed at banning all neonicotinoids, in order to allow emergency derogations in line with other European countries. [ luchschenF / Shutterstock]

Alors que la France est le seul pays européen à avoir interdit tous les néonicotinoïdes, la filière betterave presse le gouvernement d’autoriser l’acétamipride, utilisée dans les autres pays de l’Union européenne. L’exécutif pourrait s’appuyer sur un avis imminent de l’Agence sanitaire européenne (EFSA) pour prendre une décision.

Les producteurs français craignent cette année un retour de la jaunisse de la betterave, causée par un puceron, qui avait déjà décimé une partie de la production européenne en 2020. La filière demande donc de pouvoir utiliser l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, par ailleurs autorisée par l’UE.

« Les pucerons sont déjà nombreux dans les champs de betteraves, et la situation sanitaire est précaire. C’est donc maintenant qu’il faut que les parlementaires et les candidats aux Européennes comprennent les enjeux et les conséquences de ces interdictions franco-françaises », déclare à Euractiv Vincent Guillot directeur Environnement à la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), le syndicat de la filière betterave sucrière.

À la suite d’une décision de la Cour de justice de l’UE en 2023, la France a décidé de bannir l’ensemble des néonicotinoïdes – dont l’acétamipride -, lesquels sont accusés d’avoir un impact négatif sur l’environnement, en particulier sur les insectes pollinisateurs.

Pour rassurer les producteurs en ce début de saison, le gouvernement français a accordé le 5 avril dernier une dérogation d’usage pour un autre insecticide, le Movento. Mais pour les producteurs, ce produit est moins efficace, plus onéreux que les néonicotinoïdes et donc insuffisant.

Utilisé dans les autres pays de l’UE

Pour les betteraviers français, autoriser l’acétamipride permettrait surtout de mettre fin à une distorsion de concurrence entre les États membres. Alors que l’Union européenne a interdit la plupart des néonicotinoïdes suite à plusieurs études montrant des risques potentiels pour les insectes pollinisateurs, l’acétamipride, moins toxique selon l’EFSA, reste disponible jusqu’en 2033.

Il revient cependant aux États de légiférer sur les produits contenant cette molécule.

Si la Pologne, la Slovaquie et la Suède ont accordé une autorisation de mise sur le marché permanente de l’acétamipride, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et l’Autriche ont choisi en 2023 de ne délivrer qu’une autorisation annuelle. Cette dernière a été renouvelée en 2024 pour les betteraviers allemands et belges.

« Ces autorisations sont une bonne chose pour ces pays, mais pendant ce temps, les producteurs français subissent une distorsion de concurrence », continue Vincent Guillot.

Sa crainte ? Des fermetures d’usines et des pertes de marché, alors que la France reste le premier producteur de sucre en Europe, devant l’Allemagne. La Pologne fait également partie des plus gros fournisseurs de l’Union.

Devant le risque de jaunisse qui semble de plus en plus élevé, le gouvernement a mis en place des expérimentations de biocontrôle, telles que des répulsifs odorants. Mais rien de bien efficace pour faire face à l’urgence de la situation, assure le secteur.

Sur le long terme en revanche, l’édition génomique – qui vise à créer des betteraves résistantes aux pucerons – suscite de réels espoirs.

Étude imminente de l’EFSA

Les néonicotinoïdes vont-ils être de nouveau autorisés par la France, alors que le principal substitut, le Movento, ne sera plus accessible l’année prochaine ? Mi-avril, Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée au ministère de l’Agriculture, avait laissé entendre que le gouvernement préparait 2025 « en regardant ce qui va sortir des analyses européennes ».

Contactée par Euractiv, l’EFSA confirme qu’une réévaluation de l’acétamipride serait publiée sous peu. Une étude très attendue, sur laquelle le gouvernement pourrait s’appuyer pour prendre une décision.

Le dernier avis de l’EFSA sur l’acétamipride de 2022, demandé par la France, précisait qu’ « aucune conclusion n’a été tirée » concernant la santé humaine, pointant cependant un manque de données sur son rôle de perturbateur endocrinien.

Selon Vincent Guillot, l’étude ne devrait pas préconiser d’interdiction, surtout pour la betterave qui est récoltée avant la floraison, donc n’affectant pas, selon lui, les insectes pollinisateurs.

En attendant une décision du gouvernement, la filière appelle les parlementaires à soutenir une loi en cours de débat à l’Assemblée nationale visant à interdire les néonicotinoïdes, « sauf si leur usage est autorisé par la réglementation de l’Union européenne ». Ce qui, de fait, autoriserait l’acétamipride.