Les prétendus « leaders » européens du climat sont peu précis sur leurs objectifs

La Finlande, la Suède, le Portugal, la France et l’Allemagne  sont souvent perçus comme des « leaders sur le climat » . Mais des mesures concrètes manquent souvent pour les concrétiser.

EURACTIV.com
Miguel Arias Canete, commission européen en charge du climat et de l'énergie.

La Finlande, la Suède, le Portugal, la France et l’Allemagne  sont souvent perçus comme des « leaders sur le climat » . Mais des mesures concrètes manquent souvent pour les concrétiser.

Le mois dernier, la Commission européenne a publié ses recommandations sur les plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat soumis par les 28 États membres pour atteindre leurs objectifs pour 2030.

« Si les plans comprennent des objectifs ambitieux, ils manquent toutefois de politiques et mesures concrètes pour tenir leurs promesses », selon la nouvelle recherche du projet PlanUp coordonné par Carbon Market Watch, une ONG spécialisée dans l’environnement.

La Finlande, la Suède et le Portugal ont particulièrement été applaudis pour leur « ambition générale élevée » au moment de fixer des objectifs à long terme sur le climat et l’énergie. Une analyse plus profonde révèle toutefois « un manque de détails et de résultats attendus quantifiables en ce qui concerne les mesures politiques liées aux secteurs des transports, du bâtiment et de l’agriculture », soutient Carbon Market Watch.

L’analyse de l’ONG n’est pas vraiment surprenante. Elle vient confirmer les conclusions de la Commission européenne. L’exécutif européen a identifié des « lacunes considérables » dans les projets nationaux – notamment pour ce qui est de l’efficacité énergétique – et a appelé tous les pays européens à améliorer leur version du plan avant la fin de l’année.

À la traine sur le transport, le bâtiment et l’agriculture

Sur les transports, les cinq projets de plans nationaux ont été salués pour leurs objectifs sur les transports légers, les biocarburants et l’électromobilité. Cependant, selon l’analyse du projet PlanUp, « ils ne reconnaissent pas l’importance de la lutte contre les émissions provenant du transport lourd, du transport maritime et de l’aviation ».

Le secteur du bâtiment, responsable de 40 % de la consommation d’énergie en Europe, est également négligé, avec des objectifs insuffisants, « surtout lorsqu’il s’agit de planifier des taux de rénovation importants et d’améliorer l’efficacité énergétique ». L’Allemagne s’est toutefois distinguée dans ce domaine en se fixant des objectifs de neutralité carbone des bâtiments d’ici à 2050.

L’agriculture est l’autre secteur où les cinq pays ne sont pas à la hauteur. A l’exception de la France et du Portugal, « l’agriculture est à nouveau largement omise » des projets de plans nationaux, selon l’analyse. Le secteur a pourtant un potentiel significatif pour contribuer aux efforts de réduction du carbone.

Le secteur forestier finlandais fait l’objet d’une attention particulière à cet égard. Bien que le pays ait été applaudi pour avoir fixé un objectif ambitieux de neutralité carbone d’ici à 2035, le pays, qui détient actuellement la présidence de l’UE prévoit de largement dépendre des crédits carbone excédentaires de la sylviculture pour compenser les émissions de gaz à effet de serre dans d’autres secteurs.

« L’engagement de la Finlande à devenir neutre en carbone d’ici à 2035 est très prometteur », a déclaré Agnese Ruggiero, chargée des politiques à Carbon Market Watch. « Il est cependant dangereux de s’appuyer sur les failles des politiques pour atteindre les objectifs climatiques, car cela signifie que les objectifs sont atteints sur le papier mais pas dans la pratique », a-t-elle regretté.

Manque de transparence

« La version finale du plan national est l’occasion pour le nouveau gouvernement de se montrer à la hauteur de son ambitions climatique en s’engageant à prendre des mesures concrètes dans des secteurs comme le transport et l’agriculture », a souligné Agnese Ruggiero.

Un dernier domaine dans lequel tous les plans semblent être insuffisants est celui de la participation du public. Alors que la Finlande et la Suède ont organisé des consultations publiques pour élaborer leurs plans nationaux, la France, l’Allemagne et le Portugal n’ont pas associé les parties intéressées et le grand public.

« Un processus plus transparent […] assurerait un soutien et un engagement accrus de la part de toutes les parties concernées », ont déclaré les ONG.

Les pays européens ont jusqu’à la fin de l’année pour soumettre des versions révisées de leurs projets de plans nationaux sur l’énergie et le climat.