Les Présidences 2009, « un test » pour l’UE à 27
L’enchaînement des présidences française, tchèque et suédoise est un test de viabilité pour une Europe à 27.
L’enchaînement des présidences française, tchèque et suédoise est un test de viabilité pour une Europe à 27.
« L’UE face à la crise : la présidence tchèque et les perspectives suédoises », tel était le thème de la conférence-débat organisée, mardi 17 mars, par le Centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE). A mi parcours de la Présidence tchèque et trois mois avant que la Suède ne prenne le relais, l’ambassadeur de République tchèque en France, Pavel Fischer, son homologue suédois, Gunnar Lund et le directeur du 1er cycle européen Europe centrale et Orientale de Sciences Po Dijon, Lukas Macek, ont invoqué le rôle de conciliation que doit jouer la Présidence du Conseil de l’UE en temps de crise.
Mais pour le politologue Lukas Macek, si l’UE doit faire face à la crise économique mondiale, elle traverse en plus une crise interne « de confiance ». Allusion au chaotique passage de flambeau entre Paris et Prague en janvier 2009 et à la difficulté du président Sarkozy de se mettre en retrait pour laisser « le job » qu’il a « aimé » au premier ministre Tchèque Mirek Topolanek (Euractiv.fr 11/02/2009). Ces tensions « polluent » le fonctionnement de l’Union, a analysé M. Macek.
La France, puis la République tchèque, et enfin la Suède, connaissent des désaccords sur plusieurs dossiers clefs de l’Union. L’Hexagone est par exemple attaché à l’euro, tandis que la Suède ne veut pas de la monnaie unique. La République Tchèque, qui devrait l’adopter, se pose des questions. « Ce trio » montre la difficulté « de produire une politique cohérente » de l’UE pendant 18 mois, a estimé Lukas Macek.
Dans cette perspective, « l’enchainement de ces trois présidences est un test de viabilité » pour l’Europe, selon M. Macek. S’il « se passe mal » il « pourra déclencher une crise grave et on ira rapidement vers la fin de l’UE à 27 » au profit d’une « Europe à deux vitesses », a-t-il prévenu.
Au contraire, l’ambassadeur suédois, M. Lund s’est dit « plus optimiste ». Selon lui, la crise économique renforce la construction européenne. Cette crise prouve « aux citoyens la nécessité de travailler au niveau européen », ajoute-t-il. La gestion du dossier bancaire par la Présidence française a justement « montré au reste du monde, aux citoyens et aux gouvernements qu’il est possible d’agir au niveau européen avec des résultats concrets », a rappelé l’ambassadeur.
La crise économique crée également, selon lui, des points de convergence entre les Présidences tchèque et suédoise. La lutte contre le protectionnisme étant l’un des chevaux de bataille des deux pays. Un point commun qui a conduit l’ambassadeur suédois à se « féliciter que ces deux pays assurent la présidence » pendant la crise.
Mais cette entente détonne surtout par rapport aux relations entre la France et ses deux partenaires. Les récentes oppositions entre Paris et Prague sur le protectionnisme en disent long sur l’entente entre les deux pays.
Quant à la méthode elle est également très différente. (Euractiv.fr 12/02/2009). « Si on n’entend plus trop parler de la Présidence tchèque, tant mieux », a lancé l’ambassadeur de la République Tchèque, Pavel Fischer. « On travaille dans l’ombre », s’est-il félicité. Une manière à peine déguisée de critiquer l’activisme de Nicolas Sarkozy pendant la Présidence française de l’UE.
La France est donc à l’écart au sein de ce trio? Pour Lukas Macek « si la France est mise de côté, on va vers une logique dangereuse ». « Il faut que les Présidences montrent qu’elles ont réussi à faire quelque chose ensemble », a-t-il conclu en soulignant le rôle des autres États membres. L’Allemagne « joue très bien le jeu » en apportant tout « son soutien » à la Présidence tchèque. C’est« un jeu à 27 ».