Les pays du printemps arabe, victimes de la réduction du budget de la BEI
Le Fonds de garantie qui contribue au financement de la Banque européenne d'investissement (BEI) a été diminué de 5 milliards d'euros. Le budget de la BEI consacré aux pays voisins pour 2014-2020 sera donc réduit de 15 %.
Le Fonds de garantie qui contribue au financement de la Banque européenne d'investissement (BEI) a été diminué de 5 milliards d'euros. Le budget de la BEI consacré aux pays voisins pour 2014-2020 sera donc réduit de 15 %.
Le fonds couvre les défaillances des bénéficiaires de prêts et de garanties de prêts accordés à des pays tiers.
Le financement extérieur de la BEI équivaut à 30 milliards d'euros. Il est réparti comme suit : un tiers pour les pays en préadhésion, la moitié pour les pays de la politique européenne de voisinage (PEV) et le reste est divisé entre l'Amérique latine, l'Asie et l'Afrique du Sud.
« L'inquiétude règne au sein de la banque », a déclaré Alessandro Carano, le conseiller en gestion et chef d'unité du département « stratégie » de la BEI. « Nous devons maintenir notre engagement auprès de nos voisins les plus proches afin d'appuyer les politiques extérieures de l'UE. Nous ne pouvons pas nous retirer ou envoyer le mauvais signal. Mais nous avons également besoin d'un environnement relativement stable. »
« Cela dépend de la situation en Égypte et en Syrie », a-t-il ajouté. « Nous ne savons pas ce qu'il va se passer d’ici 2020. La situation en Afrique du Nord est inquiétante. Nous accordons des prêts très importants à cette région, et nous ne pouvons pas le faire si la situation n'est pas stabilisée. »
Lors d'une réunion de la commission du développement du Parlement européen le 28 août, M. Carano a déclaré que les réductions des dépenses se répercuteront très probablement sur plusieurs pays.
La BEI privilégie les dépenses sous forme de prêts dans le secteur privé plutôt que d’aide gouvernementale.
Entre 2007 et 2013, la BEI a accordé 13,5 milliards d'euros aux pays de la PEV et 9,7 milliards d'euros aux pays du voisinage méditerranéen qui s’étend du Maroc à la Syrie.
La banque estime que les réductions en termes absolus se répercuteront le plus sur ces pays. Les budgets consacrés au financement en Afrique du Sud et en Amérique latine seront également fortement diminués : 36 % et 26 %.
L'accord de Cotonou avec le Groupe des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) garantit les prêts de l'UE à l'Afrique subsaharienne.
Une question épineuse
Lors de cette réunion, un porte-parole de la Commission européenne a indiqué que les liquidités du Fonds de garantie constituaient une « question épineuse » à résoudre au cas par cas.
« Nous encourageons la BEI à investir davantage à ses propres risques lorsque c'est possible », a-t-il expliqué, en ajoutant que d'autres mesures de financement pourraient tout à fait être utilisées pour pallier ces manquements.
De nombreux défenseurs de l'aide au développement préfèrent étonnamment remettre en doute la qualité des accords de prêts de la banque déjà en place que demander davantage de prêts de la BEI en elle-même.
L'utilisation de la BEI de fonds de capital-investissement à l'étranger comme intermédiaires financiers est une pomme de discorde. La BEI précise toutefois qu'elle observera toute liste noire des centres financiers extraterritoriaux convenue à l'échelle internationale.
L'ONG Counterbalance affirme que la plupart de ces intermédiaires financiers devraient être boycottés en raison de leur manque de transparence et d'engagement dans l'éradication de la pauvreté. Ils préfèrent en outre enregistrer des retours sur investissements importants plutôt que redistribuer les recettes.
Les prêts de la BEI sous les feux de la rampe
La BEI subit actuellement une forte pression relative à la publication d'un rapport secret sur la politique fiscale et le taux de pollution record de Glencore Xstrata. En 2005, la banque a prêté 48 millions d'euros à cette compagnie de négoce et de courtage de matières premières, basée en Suisse.
Le projet était censé réduire la pollution par le dioxyde de soufre d'une mine de cuivre en Zambie. Christian Aid a toutefois déposé plainte récemment afin que le rapport de la banque soit publié. La compagnie suisse ne paierait pas d'impôts, causerait des désastres naturels et enfreindrait le droit du travail.
La présidente de la commission parlementaire du développement, Eva Joly, a soulevé des interrogations concernant le caractère durable d'un projet financé par le BEI au Brésil. L'objectif de ce projet est de construire le troisième plus grand barrage au monde.
« Lors d’un déplacement récent au Brésil, nous avons constaté les effets nocifs sur l'environnement et la population locale », a-t-elle expliqué. Elle aurait appris que la BEI a accordé un prêt de 500 millions d'euros pour le projet, via la banque brésilienne de développement.
M. Carano a confirmé l'existence de ce prêt, mais ne pense pas qu'il ait déjà été versé en raison des problèmes liés à son obtention.
« Nous sommes très prudents à ce sujet », a-t-il ajouté.