Les pays de l’Est de l’UE se mobilisent pour obtenir des conditions commerciales agricoles plus strictes avec l’Ukraine
Les ministres de l’Agriculture des pays de l'Est de l’UE ont renouvelé leur pression contre les concessions faites à Kiev dans le cadre des prochaines négociations commerciales agricoles.
Pour marquer le troisième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les ministres de l’Agriculture des pays de l’Est de l’Union européenne (UE) ont renouvelé leur pression contre les concessions faites à Kiev dans le cadre des prochaines négociations commerciales agricoles.
Les États membres voisins de l’Ukraine exigent que la Commission européenne protège leurs secteurs agricoles tout en négociant l’après-accord commercial temporaire entre l’UE et l’Ukraine, qui expire au mois de juin.
« Nous sommes solidaires de l’Ukraine, mais nous protégerons les moyens de subsistance et la compétitivité de nos agriculteurs », a déclaré dimanche le ministre hongrois de l’Agriculture, István Nagy, dans un message publié sur les réseaux sociaux.
« Nous nous demandons si Bruxelles prendra cette fois-ci en considération les intérêts des agriculteurs d’Europe de l’Est ou s’ils seront à nouveau trahis », a-t-il ajouté.
Sous l’impulsion de Budapest, les ministres de l’Agriculture de Hongrie, de Bulgarie, de Roumanie et de Slovaquie ont adressé vendredi une lettre à l’exécutif de l’UE pour demander le rétablissement des contingents tarifaires d’avant-guerre, une fois l’expiration des avantages commerciaux temporaires en juin.
La lettre avertit que les concessions accordées à l’Ukraine ravagée par la guerre, connues sous le nom de mesures commerciales autonomes (MCA), ont perturbé les marchés de leurs pays. Les MCA introduites après l’invasion russe en 2022 ont été prolongées à plusieurs reprises, permettant aux exportations agricoles ukrainiennes d’entrer dans l’UE sans droits de douane.
Après des négociations tendues sur la dernière prolongation qui a introduit des mécanismes de sauvegarde pour protéger les produits sensibles de l’UE, tels que la volaille, les œufs, le sucre et l’avoine, la Commission a annoncé qu’un cadre commercial permanent suivrait.
L’exécutif a de nouveau exclu de prolonger les mesures temporaires, de sorte que, si aucun accord n’est conclu d’ici juin, l’UE et l’Ukraine reviendraient aux contingents tarifaires d’avant-guerre.
Cela coûterait aux entreprises agroalimentaires ukrainiennes 3 milliards d’euros par an, selon les estimations, ont indiqué les représentants de l’industrie.
Les États membres de l’Est signataires de la lettre ont également fait pression sur la Commission pour obtenir des quotas spécifiques pour chaque État membre, a souligné István Nagy. Le ministre a expliqué qu’il regrettait que la Commission n’ait pas étendu l’interdiction des importations agricoles de mai 2023 aux cinq voisins de l’Ukraine après leur plainte concernant l’invasion de leurs marchés par les produits agricoles de Kiev. L’interdiction a été levée quatre mois plus tard.
La Hongrie, la Slovaquie et la Pologne ont ensuite imposé leurs propres restrictions, toujours en vigueur à l’heure actuelle malgré les condamnations répétées de la Commission.
La Bulgarie a décidé de ne pas contester la décision de Bruxelles de 2023. La Roumanie a quant à elle renforcé les règles d’importation en exigeant des licences pour l’entrée des produits ukrainiens dans le pays.
Le ministre hongrois de l’Agriculture a alerté Bruxelles sur le fait que Budapest maintiendrait son interdiction unilatérale aussi longtemps qu’elle le jugerait nécessaire.
« Il y a des choses que nous n’autorisons pas ! », a-t-il écrit.
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La pression monte
La Commission est également de plus en plus appelée à divulguer des détails sur les négociations commerciales avec Kiev. Cependant, peu d’informations sont communiquées.
Lors d’une réunion à huis clos avec la commission de l’Agriculture du Parlement la semaine dernière, Pierre Bascou, de la Direction générale de l’Agriculture de la Commission, a gardé secret le calendrier des négociations.
Une source parlementaire s’est plainte du fait que la Commission restait muette sur la date à laquelle les négociations commenceraient. « Ils veulent le faire à la dernière minute », a commenté la source.
L’exécutif de l’UE ignore toutefois la pression. « Nous pouvons négocier un accord très rapidement », a confié un responsable à Euractiv.
Les élections présidentielles polonaises de mai compliquent néanmoins les choses, car la coalition au pouvoir pourrait hésiter à accorder des concessions commerciales à Kiev à un coût électoral élevé.
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