Les « Patriotes pour l’Europe », un danger pour les conservateurs traditionnels ?

De nombreux membres du nouveau groupe d’extrême droite Patriotes pour l’Europe au Parlement européen cherchent à bouleverser la structure euro-atlantique existante et représentent un radicalisme conservateur qui pose des risques pour les conservateurs traditionnels, selon un analyste politique.

/ EURACTIV Italie / Euractiv.com
Italian Prime Minister Meloni meets Hungarian Prime Minister Orban in Rome
La rencontre s’est déroulée dans le contexte d’une dynamique européenne plus large, notamment le rôle potentiel que les deux responsables politiques pourraient jouer en tant qu’intermédiaires diplomatiques dans le contexte de l’arrivée de l’administration de Donald Trump et des incertitudes politiques auxquelles sont confrontées la France et l’Allemagne. [EPA-EFE/ANGELO CARCONI]

De nombreux membres du groupe d’extrême droite « Patriotes pour l’Europe », formé lundi (8 juillet) au Parlement européen, cherchent à bouleverser la structure euro-atlantique existante et représentent un radicalisme conservateur qui pose des risques pour les conservateurs traditionnels, selon l’analyste Federico Reho.

Lundi, un nouveau groupe d’extrême droite, les Patriotes pour l’Europe a été formé au Parlement européen. Intégrant le groupe Identité et Démocratie (ID), il est devenu le troisième plus grand groupe au sein de l’hémicycle (84 sièges), après le Parti populaire européen (PPE, 188 sièges) de centre droit et le groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D, 136 sièges). Il a ainsi dépassé le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE, 78 sièges) d’extrême droite.

« Je doute fortement que le nouveau groupe aide réellement à promouvoir les valeurs conservatrices dans l’UE », a confié Federico Reho, chercheur du groupe de réflexion Wilfried Martens Centre for European Studies, proche du PPE, à Euractiv.

L’analyste a expliqué que de nombreux partis membres du nouveau groupe d’extrême droite sont des « forces révolutionnaires déterminées à bouleverser le modèle européen et atlantique existant, bien que des foyers de conservatisme traditionnel soient certainement présents au sein de certains d’entre eux ».

« Si les valeurs politiques et sociales conservatrices s’identifient durablement aux forces nationalistes, eurosceptiques et anti-système, il sera encore plus difficile pour les conservateurs traditionnels de les représenter et de les promouvoir dans le cadre de l’UE », a-t-il ajouté.

Pour Federico Reho, les conservateurs traditionnels présents dans divers groupes politiques devraient donc se coordonner davantage, mais aussi résister aux « dangereuses sirènes du radicalisme conservateur ».

« De ce point de vue, le refus de tous les partis du groupe CRE, à l’exception [du parti espagnol] Vox, de rejoindre le nouveau groupe est un signe intéressant », a-t-il noté.

Pas d’impact sur les équilibres politiques

Concernant l’impact de la création du nouveau groupe sur les équilibres politiques au sein du Parlement européen, le chercheur a souligné que le cordon sanitaire serait d’application, comme pour le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID).

Toutefois, étant donné que le nouveau Parlement européen est plus fragmenté que lors de la précédente législature, cela pourrait laisser une certaine marge pour des « manœuvres occasionnelles » aux Patriotes. À cet égard, les membres hongrois « expérimentés » du Fidesz, le parti d’extrême droite du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, et leurs collaborateurs joueraient un rôle clé.

Influence sur les votes du PPE

Lorenzo Castellani, analyste politique et professeur à l’Université de Rome LUISS Guido Carli, reconnaît que la majorité pro-UE composée du PPE, des Socialistes et Démocrates et des libéraux de Renew (qui disposent ensemble de 400 sièges sur 720) peut encore avancer de manière indépendante au Parlement européen et au Conseil de l’UE.

« À part [Viktor] Orbán et en partie [Geert] Wilders via le gouvernement néerlandais, qui est également représenté par Renew, il ne semble pas qu’ils [les Patriotes pour l’Europe] aient une représentation significative », a-t-il dit à Euractiv.

Il estime toutefois que le nouveau groupe de Viktor Orbán et en partie les CRE de la Première ministre italienne Giorgia Meloni pourraient influencer le PPE.

« Ils pourraient potentiellement bloquer certaines mesures, voter contre elles et rendre les négociations avec les socialistes et les libéraux plus difficiles », a expliqué Lorenzo Castellani, faisant principalement référence aux politiques environnementales ou migratoires.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]