Les « Patriotes » cherchent à redorer leur blason après plusieurs revers
« Sans crainte. En Europe, maîtres dans notre propre maison » : tel est le slogan
MILAN — Depuis des semaines, le message est difficile à manquer. Des stations de métro aux grands boulevards du centre-ville, Milan est recouverte d’affiches annonçant une seule date : le 18 avril.
Samedi, la Piazza Duomo accueillera le « Sommet de la remigration », un rassemblement de la droite nationaliste européenne dont les organisateurs espèrent qu’il marquera un nouveau départ.
Arborant le slogan « Sans crainte. En Europe, maîtres dans notre propre maison » — un slogan de longue date de la Ligue de Matteo Salvini —, l’événement est promu par le groupe Patriotes pour l’Europe et rassemble certaines des figures les plus en vue du bloc, notamment le Français Jordan Bardella et le populiste néerlandais Geert Wilders, aux côtés de délégations venues de toute l’Europe.
Le moment choisi est politiquement délicat. Le rassemblement de Milan intervient quelques jours seulement après les élections en Hongrie, où Viktor Orbán a perdu malgré un fort soutien de l’extrême droite européenne tout au long de la campagne, et quelques semaines seulement après un référendum perdu en Italie qui a affaibli la position de Salvini dans son pays.
« Ce sera la première grande manifestation de la droite modérée après la défaite au référendum», a déclaré Salvini mercredi, présentant ce rassemblement comme un moment de mobilisation après un scrutin qui a provoqué des retombées politiques au sein de la majorité au pouvoir en Italie.
En faisant de ce rassemblement la première initiative de grande envergure depuis ce résultat, Salvini tente de détourner l’attention de l’échec du référendum pour la porter sur la participation sur la place. Le message sous-jacent est que la base politique reste intacte malgré le poids réduit de la Ligue au sein d’une coalition dominée par Giorgia Meloni et un Forza Italia de plus en plus prudent, qui a déjà pris ses distances par rapport à cette initiative, la qualifiant de « raciste».
Recadrer la « remigration »
Ce repositionnement est également visible dans le discours. Ces derniers jours, Salvini a cherché à prendre ses distances par rapport à la formulation la plus controversée du sommet, s’engageant dans un exercice d’équilibre autour du terme « remigration ».
Mercredi, il a qualifié les critiques d’« hystériede la gauche », insistant sur le fait que l’événement ne porterait pas sur le racisme ou l’islamophobie, mais serait « un espace dédié à la paix et à une conception de l’Europe différente de celle régie par [l’UE], fondée sur le travail, la paix et la sécurité ». Il a réitéré cette ligne en redéfinissant le concept de manière plus restrictive, en le liant à la révocation des titres de séjour pour ceux qui commettent des crimes et à une gestion plus stricte des flux migratoires.
Ce recadrage reflète la sensibilité politique du terme. Malgré les tentatives de réinterprétation, la « remigration » continue de susciter les critiques des partis d’opposition, qui affirment qu’elle comporte des connotations xénophobes et fait écho à des propositions plus radicales circulant dans certains milieux de l’extrême droite européenne.
Dans le même temps, la portée du rassemblement s’est élargie. Outre la migration, les organisateurs ont intégré un ensemble plus large de questions, allant des coûts énergétiques aux politiques environnementales de l’UE, les agriculteurs devant se joindre à la marche et des tracteurs devant entrer sur la Piazza Duomo. Il en résulte une mobilisation hybride, combinant des messages idéologiques et des revendications sectorielles.
Une place contestée
La période précédant le sommet a été politiquement tendue à Milan. Les partis d’opposition au niveau municipal ont passé des semaines à tenter de bloquer la manifestation, tandis que le maire Giuseppe Sala a finalement autorisé son déroulement, soulignant le droit de manifester tout en remettant en question la cohérence de son programme.
La contestation a depuis dépassé le cadre institutionnel. Des contre-manifestations ont été organisées par des groupes d’opposition et des réseaux de la société civile, explicitement présentées comme une réponse à la rhétorique entourant le sommet.
La contestation s’est également propagée au sein du centre-droit. Forza Italia, qui fait officiellement partie de la même coalition gouvernementale que la Ligue, a choisi de marquer sa distance en organisant le 18 avril une initiative distincte axée sur les Italiens de deuxième génération, avertissant que Milan « ne mérite pas la xénophobie et le racisme ».
(bw)