Les parlements nationaux européens s’attaquent à la présidence hongroise du Conseil de l’UE

Les fonctionnaires hongrois devront essuyer une réprimande et un boycott de la part des parlements nationaux de l’UE lors de la réunion de la Conférence des organes spécialisés dans les affaires communautaires (COSAC) qui se tiendra ce week-end.

Euractiv.com
COSAC on Sunday
Depuis l’arrivée de la Hongrie à la présidence tournante du Conseil de l’UE, les rencontres du Premier ministre Viktor Orbán avec des parias internationaux, comme le président russe Vladimir Poutine, ont suscité la colère d’une grande partie des Vingt-Sept, poussant les gouvernements nationaux à boycotter les sommets informels qui se tenaient en Hongrie. [[Photo illustration by Esther Snippe for Euractiv. Photo credit: EPA, Shutterstock, Wikipedia commons.]]

Les fonctionnaires hongrois devront essuyer une réprimande et un boycott de la part des parlements nationaux de l’UE lors de la réunion de la Conférence des organes spécialisés dans les affaires communautaires (COSAC) qui se tiendra ce week-end. 

Depuis l’arrivée de la Hongrie à la présidence tournante du Conseil de l’UE, les rencontres du Premier ministre Viktor Orbán avec des parias internationaux, comme le président russe Vladimir Poutine, ont suscité la colère d’une grande partie des Vingt-Sept, poussant les gouvernements nationaux à boycotter les sommets informels qui se tenaient en Hongrie.

En raison du manque de liens entre les députés nationaux et les institutions bruxelloises, il leur a été plus difficile de manifester leur colère à l’égard du Premier ministre hongrois, par rapport notamment aux ministres nationaux.

Les députés nationaux sont toutefois prêts à saisir cette rare occasion ce dimanche 28 juillet lors d’une réunion à Budapest des présidents de la COSAC. Cette institution, l’une des plus méconnues et négligées de l’UE, est toutefois considérée par les législateurs nationaux comme l’un des rares outils leur permettant de faire entendre leur voix à Bruxelles.

« Un message important que nous ferons passer lors de la réunion de la COSAC à Budapest sera que nous suivons de très près ce que Viktor Orbán fait avec Vladimir Poutine », a affirmé à Euractiv Anton Hofreiter (Verts), président de la commission des Affaires européennes du Bundestag allemand.

Dans une lettre consultée par Euractiv adressée au président du Conseil hongrois des Affaires européennes, Zoltan Tessely, Anton Hofreiter et ses homologues de la Finlande, l’Estonie, le Luxembourg et la Lituanie ont prévenu la Hongrie que les « manoeuvres » de Viktor Orbán « nuiraient aux objectifs de la présidence hongroise », comme le rapporte le quotidien allemand Tagesspiegel.

Le co-président du parti Progresīvie letton Edmunds Cepuritis (Verts) a également confirmé à Euractiv que les délégations suédoise et lettone boycotteraient la réunion.

Les voyages menés en solitaire par Viktor Orbán ont « sérieusement ébranlé » la confiance commune et lui font craindre que sa présence soit « utilisée à mauvais escient » pour prétendre que les actions de la Hongrie représentent l’UE, a écrit Edmunds Cepuritis dans une lettre adressée au président du Conseil hongrois des Affaires européennes et consultée par Euractiv.

La confrontation à la COSAC est une étape importante pour les législateurs nationaux : fondée en 1989 et faisant désormais partie des traités européens, la Conférence et ses réunions semestrielles représentent l’une des rares institutions transnationales que les parlements nationaux peuvent utiliser pour intervenir dans la politique européenne.

Si les traités européens chargent formellement les parlements nationaux — par le biais de leurs commissions des Affaires européennes — de veiller à ce que les fonctionnaires européens soient responsables de leurs politiques au niveau européen, le manque de pouvoir tangible au niveau de l’UE laisse les parlements mal équipés pour remplir cette tâche, a expliqué Christine Neuhold, professeure à l’Université de Maastricht, à Euractiv.

Par conséquent, les assemblées nationales se rabattent sur ce qu’Anton Hofreiter a appelé « l’important soft power » des réunions de la COSAC, où elles peuvent se coordonner et, si nécessaire, faire pression conjointement sur les gouvernements nationaux.

Il a également a cité l’exemple des actions communes de l’Europe contre l’invasion de la Russie en Ukraine, qui, selon lui, était également le résultat de la pression des parlements nationaux après avoir bénéficié d’un soutien paneuropéen écrasant pour l’Ukraine à la COSAC.

D’autres participants partagent cet avis. En ce qui concerne le soutien à l’Ukraine, les expériences acquises grâce aux échanges au sein de la COSAC ont été « un point très important » dans la construction d’une conscience nationale, a affirmé Othmar Karas, ancien eurodéputé conservateur autrichien, qui a assisté aux réunions de la COSAC pendant sept ans en tant que vice-président du Parlement européen.

« Ici, la politique de Viktor Orbán est isolée »

Les messages de la COSAC sont donc susceptibles d’être entendus en Hongrie, car les parlements nationaux se soucient de ces événements, a noté Christine Neuhold.

« Si vous regardez ce qui est à l’ordre du jour de la réunion de la COSAC en raison des priorités de la présidence hongroise, ce sont des sujets très importants, tels que la migration et la défense. »

« Nous voyons vraiment ici que [les échanges entre] les parlements sont de plus en plus considérés comme un moyen de mettre des choses à l’ordre du jour et de contrôler ce qui se passe à Bruxelles », a-t-elle ajouté.

Selon Anton Hofreiter, si l’on se fie aux précédentes éditions de la COSAC, la Hongrie risque de se heurter à une franche résistance. Les commissions des Affaires européennes des Vingt-Sept ont tendance à être pro-européennes et n’ont d’ailleurs pas hésité à adopter une position sévère contre les violations de l’État de droit en présence de la Hongrie, a-t-il ajouté.

« Ici, la politique de Viktor Orbán est isolée », a-t-il conclu.

[Édité par Anna Martino]