Les organisateurs de l’Eurovision critiqués pour avoir refusé le discours de Volodymyr Zelensky

La décision des organisateurs de l’Eurovision de refuser que le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne prenne la parole lors de la grande finale du concours, au motif que celui-ci doit rester « apolitique », en a contrarié plus d’un. C’est notamment le cas du gouvernement britannique.

EURACTIV.com depuis Liverpool
Apr-23-2022,Press,Conference,Of,Volodymyr,Zelenskyy,The,President,Of,Ukraine
Malgré les rumeurs selon lesquelles M. Zelensky aurait pu tout de même faire un discours surprise, en dépit de l’interdiction, les segments non programmés dans le programme de la grande finale sont pratiquement impossibles, car l’événement est minutieusement planifié, minute par minute. [<a href="https://www.shutterstock.com/it/image-photo/apr232022-press-conference-volodymyr-zelenskyy-president-2149144429" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK/LARIN]</a>]

La décision des organisateurs de l’Eurovision de refuser que le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne prenne la parole lors de la grande finale du concours, samedi (13 mai), au motif que celui-ci doit rester « apolitique », en a contrarié plus d’un. C’est notamment le cas du gouvernement britannique.

« La demande de M. Zelensky de s’adresser au public du Concours Eurovision de la chanson, bien que formulée avec des intentions louables, ne peut malheureusement pas être acceptée par la direction de l’Union européenne de radio-télévision car elle irait à l’encontre des règles de l’évènement », peut-on lire dans un communiqué publié jeudi soir (11 mai) par les organisateurs du concours.

En effet, l’Union européenne de radio-télévision (UER) a indiqué que « l’une des pierres angulaires du concours est la nature apolitique de l’évènement » et que, pour cette raison, il n’est pas possible de faire « des déclarations politiques ou similaires dans le cadre du concours ».

« L’Eurovision n’est pas un évènement politique. Et nous veillons à ce qu’aucun message, aucune parole, aucun acte n’ait de message politique. L’Eurovision n’est pas une plateforme pour faire de la politique », a expliqué Jean Philip de Tender, directeur général adjoint de l’UER, à EURACTIV lors d’un entretien à Liverpool, la ville qui a accueilli le concours cette année.

Dans un post Facebook, l’attaché de presse de M. Zelensky a nié qu’une telle demande d’intervention lors de la grande finale avait été adressée aux organisateurs.

Réactions britanniques

La déclaration de l’UER a déclenché des réactions sévères de la part de responsables politiques britanniques au lendemain de la publication du communiqué.

« Il est important de se rappeler pourquoi le concours de cette année se tient à Liverpool : à cause de la guerre meurtrière [du président russe Vladimir] Poutine », a déclaré Steve Rotheram, maire de la région métropolitaine de Liverpool, dans une déclaration écrite.

M. Rotheram est en pourparlers avec l’ambassadeur d’Ukraine au Royaume-Uni et le maire de la ville ukrainienne de Lviv — tous deux présents à Liverpool pour la finale du concours — afin de discuter de la manière d’offrir une plateforme à M. Zelensky.

« Liverpool essaiera toujours de donner une voix à ceux qui défendent la paix et la justice », a-t-il déclaré.

Vendredi (12 mai), le Premier ministre britannique Rishi Sunak, l’un des plus fervents défenseurs de l’Ukraine face à l’agression russe, s’est également dit déçu de cette décision.

Son porte-parole a déclaré que « les valeurs et les libertés pour lesquelles le président Zelensky et le peuple ukrainien se battent ne sont pas politiques, elles sont fondamentales, et l’Eurovision elle-même l’a reconnu l’année dernière lorsqu’elle a suspendu à juste titre la participation de la Russie au concours ».

Le Royaume-Uni accueille l’Eurovision à Liverpool cette année, après que l’Ukraine a remporté le concours en 2022 mais n’a pas été en mesure d’organiser l’évènement en raison de la guerre.

« Nous regrettons que l’Ukraine ne puisse pas accueillir l’évènement », a indiqué le directeur général adjoint de l’UER, M. de Tender, à EURACTIV, ajoutant qu’il y avait eu initialement quelques signes d’espoir et qu’ils avaient eu de longues discussions avec les radiodiffuseurs ukrainiens sur la manière d’organiser le concours, mais qu’ils avaient finalement dû abandonner.

« Dans un évènement comme celui-ci, la sécurité est cruciale : il y a près de 100 000 personnes qui voyagent, c’est une grosse production », a-t-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]