Les oppositions se projettent dans les législatives
À quelques semaines à peine du premier tour de l’élection présidentielle, la plupart des adversaires politiques du président se projettent désormais dans les élections législatives de juin, certains avec l’ambition de prendre la tête de l’opposition, d’autres simplement pour survivre.
À quelques semaines à peine du premier tour de l’élection présidentielle, la plupart des adversaires politiques du président sortant apparaissent comme résignés, la guerre en Ukraine invisibilisant la plupart des sujets. Ils se projettent désormais dans les élections législatives de juin, certains avec l’ambition de prendre la tête de l’opposition, d’autres simplement pour survivre.
Alors que quatre candidats sont dans un mouchoir de poche en termes d’accès au second tour, les militants et les équipes semblent avoir acquis que, cette fois, ce ne sera pas leur tour, considérant l’écart que creuse le président sortant, depuis maintenant dix jours, dans l’intégralité des sondages d’opinion, au premier comme au second tour.
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« La guerre en Ukraine écrase tout »
Le sujet qui domine l’actualité depuis maintenant deux semaines est la guerre en Ukraine. Déjà avant l’invasion par la Russie, l’agenda international d’Emmanuel Macron parsemait une campagne présidentielle restée jusque-là en germe.
La candidate des Républicains, Valérie Pécresse, le résumait bien, mercredi matin (9 mars) sur BFMTV : « la guerre en Ukraine écrase tout ». Elle se désole aussi qu’« un réflexe légitimiste vis-à-vis du président de la République » ne soit en train de s’installer.
Les thèmes classiques d’une élection sont ainsi télescopés, sauf en ce qui concerne l’énergie, le pouvoir d’achat et l’Europe.
Ceux qui ne s’étaient pas positionnés dans ces domaines le paient. Éric Zemmour, qui aime croire que « la France entière attend [le] face à face » entre Emmanuel Macron et lui, accuse une baisse dans les intentions de vote.
En cause, sa « présidentialité » et le ton arrangeant, voire parfois admiratif, que lui et certains de ses soutiens ont eu à l’égard du président russe Vladimir Poutine. Mais surtout, il porte un projet uniquement axé autour de l’identité tandis que ses concurrents ont davantage livré leur vision d’ensemble sur les préoccupations des Français.
Objectif second tour
Ainsi, pour les quatre candidats qui sont aujourd’hui qualifiables au second tour, l’objectif est, bien entendu, d’y parvenir. Plus personne ne semble croire pouvoir l’emporter face au président sortant, mais les enjeux à la fois financiers et de survie de leurs formations sont forts.
Outre un remboursement des frais de campagne plus élevé pour les deux finalistes de l’élection présidentielle, l’accès au second tour permet de se positionner comme l’opposant naturel. Ainsi, il est plus simple d’imprimer, auprès de l’électorat, l’idée que l’alternative au chef de l’État nouvellement élu – ou réélu -, est celui ou celle qui l’a affronté au second tour.
Entre la concurrence de deux extrêmes droites, la carence de leadership à gauche et la dislocation de la droite traditionnelle, le paysage politique d’après l’élection de 2022 risque d’en ressortir plus éclaté qu’il n’y est rentré. Dans cette configuration, le second tour est une garantie quasi certaine de survie pour une formation politique.
Les législatives dans le collimateur
Face à ce constat d’une impuissance, la quasi-intégralité des partis ne pensent presque plus qu’aux élections législatives de juin prochain, et espèrent renverser la table.
Des membres actifs des campagnes de Yannick Jadot et de Valérie Pécresse ont confié à EURACTIV France que la présidentielle étant considérée comme perdue, le but était désormais de « sauver les meubles » aux législatives, nous a-t-on glissé.
Pour Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, un bon résultat aux législatives leur permettrait renforcer leurs groupes, déjà présents à l’Assemblée nationale, et de prendre l’ascendant dans leurs camps respectifs, la gauche radicale et les nationaux-souverainistes.
Quant à Éric Zemmour, des législatives « réussies » donneraient corps au projet politique d’une ligne libérale et identitaire de l’extrême-droite, et lui permettront d’œuvrer à la recomposition des droites dont il rêve tant.
En ce qui concerne les écologistes et les communistes, l’espoir est celui de se fourvoyer dans la représentation nationale, et ainsi distiller les thèmes qui leur tiennent à cœur dans le débat public tout au long du prochain quinquennat, et au-delà. Les Verts, s’ils sont élus en nombre, pourraient ainsi prendre la tête du centre-gauche, faute de résultats corrects des socialistes.
Point non négligeable, l’idée de la participation à un futur gouvernement fait partie des questions qui taraudent les équipes de Yannick Jadot, en particulier si Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon devaient arriver (ou se reconfirmer) au pouvoir.
Lorsqu’en février dernier, EURACTIV avait interrogé M. Jadot sur cette éventualité, il avait exclu un gouvernement avec Valérie Pécresse, tandis que concernant la majorité présidentielle, il avait plutôt ironisé et esquivé la question. À bon entendeur.
La droite, prise dans l’éternel étau entre le centre et l’extrême droite, est celle qui risque le plus de voler en éclats, en éparpillant ses talents entre les camps d’Emmanuel Macron et d’Éric Zemmour notamment.
De cette manière, après l’élection présidentielle s’ouvrira une campagne pour les législatives qui, cette fois-ci plus que dans le passé, pourrait refaçonner durablement le paysage politique français, et ainsi influencer la vie politique des prochaines années, voire des prochaines décennies.