Les opérateurs de réseaux de distribution excluent le scénario du « tout électrique » pour l’Europe

Le système énergétique européen ne pourra pas reposer uniquement sur l’électricité renouvelable et devra s’appuyer sur d’autres vecteurs énergétiques, tels que l’hydrogène.

EURACTIV.com
H2 pipes
Des conduites d'hydrogène prêtes à être installées. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/hydrogen-pipes-ready-installation-water-supply-1937550679" target="_blank" rel="noopener">Toomko / Shutterstock</a>]

Le système énergétique européen ne pourra pas reposer uniquement sur l’électricité renouvelable et devra s’appuyer sur d’autres vecteurs énergétiques, tels que l’hydrogène. C’est ce qu’affirment des responsables qui participent à l’élaboration de la future infrastructure du réseau européen.

La réalisation des objectifs climatiques de l’Europe « n’est possible que dans un système énergétique bien intégré », selon Alan Croes, un fonctionnaire chargé de l’élaboration des scénarios au sein du Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité (REGRT-E).

« Il n’y aura pas de tout électrique », a déclaré Alan Croes lors d’un événement en ligne organisé par EURACTIV au début du mois.

Au lieu de cela, ce qu’il faut, c’est « une vision unifiée du système énergétique » qui relie différents secteurs et « exploite la synergie entre l’électricité, le gaz, l’hydrogène », ainsi que les principaux secteurs consommateurs d’énergie comme ceux des transports et de l’industrie, a-t-il indiqué.

Selon les statistiques de l’Union européenne, l’électricité représente actuellement moins de 25 % de la consommation totale d’énergie en Europe, dont un tiers seulement provient des énergies renouvelables.

Pourtant, l’électricité renouvelable et à faible teneur en carbone devrait progresser au fil des années et devenir dominante d’ici à 2050, couvrant alors 53 % des besoins énergétiques du bloc. C’est ce qu’indiquent les scénarios énergétiques pour le long terme de la Commission européenne, qui sous-tendent les objectifs climatiques de l’Union.

Cela signifie que d’autres vecteurs énergétiques devront jouer un rôle central, l’hydrogène étant notamment appelé à jouer un rôle de premier plan dans la décarbonation des secteurs qui ne peuvent pas être facilement électrifiés, comme ceux du transport longue distance et de la production intensive.

« Le scénario du tout électrique n’est pas envisageable » pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE, a estimé Jerzy Buzek, ancien Premier ministre polonais, aujourd’hui eurodéputé du groupe PPE.

L’hydrogène peut combler cette lacune et devenir « l’un des principaux vecteurs énergétiques du 21e siècle », en particulier dans des secteurs tels que la sidérurgie, la chimie, le transport lourd et la navigation, où « l’électrification ne serait pas viable sur le plan économique ou même technique », a indiqué M. Buzek.

Cette proposition va dans le sens d’une réforme des règles du marché du gaz de l’UE présentée par la Commission européenne en décembre, qui vise à soutenir l’hydrogène dans le cadre des efforts déployés par l’Europe pour décarboner les transports et l’industrie.

Un plan de développement du réseau sur dix ans

Pour planifier les futurs besoins en infrastructures pour l’hydrogène, le REGRT-E a commencé à élaborer des scénarios communs de développement du réseau avec le réseau européen des gestionnaires de réseau de transport pour le gaz (REGRT pour le gaz). Leur plan décennal de développement du réseau (TYNDP) commun pour 2022, dévoilé en octobre dernier, a modélisé pour la première fois l’utilisation de l’hydrogène et l’électrolyse à l’échelle paneuropéenne.

« Plus de 180 » projets d’hydrogène ont déjà été rassemblés et intégrés au plan, a déclaré Piotr Kus, directeur général du REGRT pour le gaz, qui a apporté son soutien à l’événement d’EURACTIV.

« L’hydrogène changera la donne pour les systèmes de gaz et d’électricité, car il soutiendra les efforts de décarbonation, interconnectera les deux systèmes tout en débloquant davantage les potentiels des sources d’électricité renouvelables », peut-on lire dans l’avant-propos du TYNDP commun pour le REGRT-E et le REGRT pour le gaz.

La Commission européenne, qui réglemente le marché unique européen de 447 millions d’habitants, est sur la même longueur d’onde sur ce point.

La création d’une « infrastructure transfrontalière pour l’hydrogène et d’un marché de l’hydrogène compétitif » est l’un des principaux objectifs de la Commission européenne lorsqu’elle réglemente le secteur du gaz, a déclaré Catharina Sikow-Magny, haut fonctionnaire de l’UE et directrice du département de l’énergie de la Commission chargée de l’intégration des systèmes énergétiques.

La proposition de décembre de la Commission visant à réformer le marché européen du gaz cherche à « intégrer davantage de gaz renouvelables et à faible teneur en carbone dans le réseau gazier existant en supprimant notamment les redevances pour les interconnexions transfrontalières », a-t-elle expliqué.

Un autre objectif est de fournir « une planification de réseau plus intégrée entre les réseaux de gaz électrique et d’hydrogène » et de renforcer la coopération entre les deux secteurs pour « faire émerger le futur réseau d’hydrogène ».

« Avons-nous besoin d’un réseau spécifique à l’hydrogène ? Je pense que oui », a déclaré Mme Sikow-Magny. « Sinon, l’hydrogène ne dépassera pas le niveau local » et finira probablement par être mélangé au gaz naturel dans le réseau de gazoducs existant, ce qui n’est pas l’objectif de la Commission européenne, a-t-elle ajouté.

Les écologistes mettent en garde contre la construction excessive

Les spécialistes de l’environnement, pour leur part, mettent en garde contre une construction excessive d’infrastructures pour l’hydrogène et soulignent les études de la Commission européenne montrant que la consommation de gaz fossiles devra être réduite de plus de 30 % d’ici à 2030 et d’environ 96 % d’ici à 2050 pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE.

Cela signifie qu’il faudra « presque éliminer » toute consommation de gaz fossiles d’ici le milieu du siècle, a déclaré Raphael Hanoteaux, du groupe de réflexion sur le climat E3G. « Cela signifie qu’une grande partie des actifs actuels devront être réduits, éliminés progressivement ou mis hors service », a-t-il continué.

C’est pourquoi M. Hanoteaux insiste pour que l’infrastructure de l’hydrogène ne soit construite que dans les secteurs où elle apporte la plus grande valeur ajoutée en termes de décarbonation.

« Bien sûr, il y a des secteurs où l’hydrogène est la seule option, comme l’industrie lourde, par exemple », a-t-il déclaré. Mais il y a des secteurs comme le chauffage des habitations « où l’hydrogène ne sera pas compétitif » parce que les volumes seront trop limités pour devenir financièrement abordables, a-t-il ajouté. « Il ne faut donc pas qu’il soit disponible partout. »

« La vérité est que nous n’avons pas encore répondu à la question de savoir si nous avons besoin d’une infrastructure paneuropéenne de l’hydrogène ou non », a-t-il continué.

En dépit d’un accord de principe sur la nécessité d’une planification commune des réseaux, le REGRT-E et le REGRT ne s’accordent pas sur les avantages relatifs du gaz et de l’électricité dans le futur système énergétique européen.

« La principale source d’énergie à l’avenir sera les électrons issus de la production solaire et éolienne », a déclaré M. Croes, ajoutant que, « selon nous, l’électrification directe devrait être privilégiée en tant que solution la plus efficace sur le plan énergétique » pour décarboner le secteur de l’énergie.

Pour sa part, M. Kus a souligné le rôle de l’infrastructure gazière existante pour le transport de l’hydrogène comme « l’une des solutions les plus économiques et les plus efficaces pour le développement d’un réseau d’hydrogène à l’échelle de l’UE ».

« En plus de son caractère abordable, la réutilisation [des infrastructures existantes] offre la solution la plus rapide pour le développement de l’infrastructure et donc la meilleure chance d’atteindre en temps voulu les objectifs européens et de soutenir la croissance du marché qui est l’un des principaux objectifs politiques de la réglementation européenne actuelle », a estimé M. Kus.

> Regardez (en anglais) l’intégralité de l’événement EURACTIV ci-dessous :