Les ONG dénoncent la visite du prince d’Arabie saoudite à Paris

Le prince héritier d’Arabie saoudite Mohamed Ben Salmane a entamé mercredi un tour de France d'une dizaine de jours et retrouvera le président Emmanuel Macron autour d'un déjeuner de travail vendredi. Les ONG accusent le président de « redorer le blason » du leader saoudien.

Euractiv France
Crown Prince of Saudi Arabia, Mohammed Bin Salman Bin Abdulaziz Al-Saud in Paris
Dans son rapport annuel sur les droits humains, Amnesty dénonçait la tenue de « procès inéquitables » et la condamnation à de lourdes peines de prison « des personnes qui n’avaient fait que s’exprimer pacifiquement ». Des peines de mort auraient aussi été prononcées « à l’issue de procès d’une iniquité flagrante ». [CHRISTOPHE PETIT TESSON/EPA-EFE]

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, a entamé mercredi (14 juin) un tour de France d’une dizaine de jours, et rencontrera le président Emmanuel Macron autour d’un déjeuner de travail vendredi (16 juin). Les ONG accusent le président de « redorer le blason » d’un leader politique dont le « bilan en matière de droits humains est effroyable ».

Lors du déjeuner de travail, les deux hommes devraient aborder les « enjeux de stabilité régionale », les « grandes questions internationales », et préparer « le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial ».

En 2018, M. Ben Salmane était devenu persona non grata depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Fervent critique du royaume, le journaliste avait été assassiné et démembré dans le consulat d’Arabie saoudite en Turquie par un commando saoudien. Un rapport de la direction du renseignement américain, publié en 2021, a confirmé que le prince avait lui-même approuvé l’assaut.

Mais avec la guerre en Ukraine et l’explosion du prix du baril de pétrole, l’Arabie saoudite, troisième exportateur de pétrole au monde, s’est à nouveau imposé comme un acteur géopolitique incontournable.

Sous le feu des critiques des ONG

Dès l’annonce du déjeuner de travail par l’Elysée, les ONG ont accusé M. Macron de se faire « l’architecte principal de la réhabilitation de Mohammed Ben Salmane », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

« Le moment de cette réhabilitation d’autant plus mal choisi que l’Arabie saoudite est sur le point d’exécuter sept jeunes gens qui étaient des enfants au moment de leur soi-disant crime, dont un n’avait que 12 ans », a-t-elle expliqué sur France Inter jeudi (15 juin).

Dans son rapport annuel sur les droits humains, Amnesty dénonçait la tenue de « procès inéquitables » et la condamnation à de lourdes peines de prison « des personnes qui n’avaient fait que s’exprimer pacifiquement ». Des peines de mort auraient aussi été prononcées « à l’issue de procès d’une iniquité flagrante ».

Enfin, le pays du Golfe reste aussi le premier acheteur d’armes françaises, selon un décompte de 2022 du média universitaire The Conversation.

Nouveau pacte financier mondial

La rencontre entre les deux hommes tombe moins d’une semaine avant l’ouverture d’un grand sommet à Paris pour un « Nouveau pacte financier mondial », sous l’égide de M. Macron, dont l’objectif est de planifier le financement public-privé de la transition écologique des pays du « Sud global ».

Or, le fonds souverain saoudien – fruit de la production et des exportations de pétrole du royaume – est l’un des plus importants du monde, avec environ 630 milliards de dollars d’actifs en 2023.

« Les fonds souverains du Golfe se sont imposés dans la finance mondiale. Ils représentent une nouvelle classe d’investisseurs respectés », affirmait François-Aïssa Touazi, Senior Managing Director d’Ardian, une société de capital-investissement, dans l’Opinion en mars.

Assez pour faire du prince héritier un interlocuteur privilégié à l’Elysée, alors que 4 000 milliards d’euros seraient nécessaires annuellement pour accompagner la transition écologique et économique des pays les plus pauvres, selon les chiffres de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE).

M. Ben Salmane avait déjà été accueilli à Paris en juillet dernier pour un dîner de travail. Un projet de câble de transfert de données numériques connu sous le nom de « East to Med data Corridor » avait été abordé.