Les ONG critiquent les objectifs de développement durable proposés par l’Allemagne
Le gouvernement allemand a approuvé les nouveaux objectifs mondiaux de développement avancés par l’ONU. Une annonce qui relèverait du voeu pieux à en croire des ONG. Un article d’EURACTIV Allemagne.
Le gouvernement allemand a approuvé les nouveaux objectifs mondiaux de développement avancés par l’ONU. Une annonce qui relèverait du voeu pieux à en croire des ONG. Un article d’EURACTIV Allemagne.
À l’approche des discussions sur le programme onusien de l’après 2015 relatif au développement durable, le gouvernement allemand a publié un rapport annonçant son soutien aux 17 objectifs ambitieux fixés par le groupe de travail de l’ONU.
Dans quelques semaines seulement, la communauté internationale commencera les négociations sur les nouveaux objectifs mondiaux de développement de l’ONU.
« Nous avons une position claire » a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, le 3 décembre dernier à Berlin. « Nous voulons éradiquer l’extrême pauvreté et la faim dans le monde et permettre à chacun de mener une vie digne », a-t-il assuré.
Des objectifs pluriels et très ambitieux
En outre, Berlin espère préserver les ressources naturelles, promouvoir les conditions de travail plus humaines au sein des pays en voie de développement ou nouvellement industrialisés et renforcer les pratiques de bonne gouvernance, a expliqué le porte-parole allemand.
Le ministre fédéral allemand de la Coopération économique et du développement, Gerd Müller, a exposé les grandes lignes de la stratégie. « Soit nous apportons une réponse aux grands défis mondiaux ensemble, soit nous ne faisons rien. Ceci signifie lutter contre l’extrême pauvreté et la faim, pour la protection de l’environnement et du climat, et œuvrer à l’instauration de la paix et à la protection de la dignité humaine dans le monde » a indiqué ce dernier.
Donner l’exemple
La ministre fédérale allemande de l’Environnement, Barbara Hendricks, est tout à fait favorable à l’intégration des questions liées à la protection environnementale et à l’économie durable dans les nouveaux objectifs onusiens.
Selon elle, l’Allemagne doit être exemplaire dans le domaine et prendre l’initiative afin de convaincre les autres États à en faire de même.
« D’autres nous suivrons, mais seulement si nous avançons de façon résolue en matière de protection environnementale et d’économie durable » a-t-elle ainsi expliqué.
>> Lire : Bruxelles présente son programme de développement post 2015
Les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) prendront fin en 2015. Certains des objectifs fixés, définis alors en 2000, ont été atteints, alors que d’autres, notamment en Afrique subsaharienne, ne seront absolument pas remplis.
Le mois de janvier marquera le début des négociations sur les nouveaux OMD.
Durant l’été, un groupe de travail mis en place par l’Organisation des Nations Unies a déjà élaboré une série de 17 objectifs. Cette semaine, le gouvernement allemand a confirmé son soutien au projet.
Une aide publique au développement bienvenue…
L’organisation humanitaire « Brot für die Welt » (Du pain pour le monde en allemand) a salué la décision du gouvernement Merkel III, à l’heure où d’autres États, à l’instar du Royaume-Uni, ont rejeté l’intégralité des objectifs soumis.
Le gouvernement de David Cameron s’est en effet montré particulièrement opposé aux objectifs proposés, car ceux-ci font peser de plus lourdes responsabilités sur l’économie nationale et la politique intérieure, notamment en matière de lutte contre le changement climatique et en faveur d’une consommation plus durable.
« C’est une bonne chose que le gouvernement allemand ne souhaite plus modifier à la baisse l’ambitieux projet des 17 objectifs » s’est félicité pour sa part Thilo Hoppe, analyste politique sur les questions de développement pour l’organisation Brot für die Welt, lors d’un entretien donné à EURACTIV Allemagne.
…Mais une aide trop maigre
Mais aux yeux de cet ancien homme politique de la coalition verte allemande, il est nécessaire que le gouvernement allemand agisse en conséquence. L’Allemagne doit prendre des engagements contraignants pour augmenter le soutien financier à l’aide au développement, selon lui.
Le quota d’aide publique au développement, c’est-à-dire le montant des fonds destinés au développement rapporté sur le produit national brut (PNB), stagne autour de 0.38 %, ce qui correspond à la moyenne européenne.
Le Royaume-Uni, par exemple, a augmenté ses fonds de 0.72 % cette année.
La lutte contre le changement climatique connaît une tendance comparable, a assuré Thilo Hoppe. S’autodéclarer pays à la pointe dans ce domaine n’est simplement pas compatible avec une politique de soutien à l’industrie du charbon, considère-t-il.
« Je suis déconcerté par une différence aussi frappante entre les déclarations d’intention et la réalité », s’est ainsi indigné l’analyste vert allemand.
L’injustice sociale mise à l’index
Oxfam de son côté juge que le rapport reste trop abstrait. « Les objectifs énoncés doivent être renforcés par des plans d’action concrète. Le gouvernement doit rapidement expliquer quelles mesures il espère employer pour combattre l’extrême pauvreté et la faim, par exemple » a indiqué pour sa part Tobias Hauschild, expert sur les questions du développement et membre d’Oxfam, lors d’un entretien donné à EURACTIV Allemagne.
Une question centrale qui est à peine abordée dans le rapport du gouvernement allemand ; celle de l’injustice sociale dans le monde, selon Tobias Hauschild. « C’est un point brûlant auquel le gouvernement allemand n’ose s’attaquer », selon lui.
>> Lire : Les plus démunis demeurent en marge des Objectifs du millénaire
Primauté à la croissance
Jusqu’à ce jour, l’antienne qui se cache derrière les politiques en matière de développement a toujours été de générer de la croissance dans les pays visés, celle-ci étant profitable pour tous au bout du compte, rappelle l’expert d’Oxfam. Cependant, cette stratégie n’a jamais fonctionné, poursuit-il.
« Prenez la Zambie, par exemple, qui est passée du groupe des pays les moins avancés (PMA) au groupe des pays à revenu intermédiaire. La pauvreté gagne du terrain là-bas », indique l’expert.
Moderniser les régimes fiscaux
Oxfam lance un appel pour créer un régime fiscal moderne parmi les pays en développement afin de dégager plus de revenus et ainsi de mieux lutter contre la pauvreté.
« Ceci signifie également lutter contre l’évasion fiscale de manière plus offensive. Sinon, des millions apportés par les fonds de développement continueront d’être perdus » met en garde Tobias Hauschild.
« La chancelière Angela Merkel et le ministre des Finances Wolfgang Schaüble font montre simplement d’un manque de volonté politique », selon lui. « C’est fatal, car l’Allemagne prendra l’année prochaine la tête du G7, et se doit de donner l’exemple », regrette-t-il.
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