Les nouveaux États membres en proie aux extrêmes

Présidentielles en Pologne, législatives en Slovaquie et en Hongrie, dans les nouveaux États membres l’année 2010 sera marquée par une série d’élections cruciales. 5 ans seulement après l’adhésion, les scénarios les plus pessimistes tablent sur une surenchère nationaliste sans précédent.

EURACTIV.fr

Présidentielles en Pologne, législatives en Slovaquie et en Hongrie, dans les nouveaux États membres l’année 2010 sera marquée par une série d’élections cruciales. 5 ans seulement après l’adhésion, les scénarios les plus pessimistes tablent sur une surenchère nationaliste sans précédent.

« Depuis l’entrée dans l’UE, on peut observer dans les pays d’Europe centrale une véritable montée du populisme et du nationalisme. » Le constat est de Jacques Rupnik, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) de Sciences-po.

Invité par le Club Grande Europe, jeudi 25 février, à dialoguer autour du thème de l’identité avec quelques représentants de la région, le chercheur a mis l’accent sur l’ambigüité des rapports entre Europe et Nation dans les nouveaux États membres de l’UE.

Fatigue démocratique

Les intervenants sont revenus sur le discours européen sur l’élargissement, contesté de manière récurrente par les États membres de la soi-disant « nouvelle Europe ».

« En 1989, j’ai découvert que j’étais un Européen de l’Est. Je pensais simplement être européen », a ironisé Ilmar Raag, cinéaste estonien. « Et avant 1989, j’étais déjà sûr d’être un occidental ! », a-t-il ajouté, revenant sur la période historique durant laquelle l’Estonie faisait partie intégrante de l’empire soviétique.

« Avant 1989, l’appartenance à l’Europe était revendiquée partout dans la région », a surenchéri Jacques Rupnik.

Retour à l’Europe ou encore « Occident confisqué », selon la formule consacrée par l’écrivain tchèque Kundera, pour bien des pays, comme pour la Hongrie, « on ne doit pas parler d’élargissement mais de reconstruction » a  expliqué la directrice artistique de l’Institut hongrois à Paris, Magda Szabo.

« L’UE est lassée par l’élargissement », a par ailleurs titré le journal estonien Postimees le 23 février 2010.

Pourtant, juste après la chute du communisme, le discours dominant a commencé à s’inverser. « L’intégration européenne a été perçue dans cette région comme une menace pour l’identité et pour la souveraineté nationale», a rappelé Jacques Rupnik en référence aux années 90 déjà marquées par l’eurosceptisme du futur président tchèque Vaclav Klaus.

Un phénomène particulièrement visible aux dernières élections européennes de juin 2009, marquées par un taux d’abstention record dans les nouveaux États membres, et par une véritable montée en puissance des extrêmes.

La perception de l’UE reste ambiguë dans ces pays-là, comme l’explique Josef Batora, professeur à l’Université de Comenius en Slovaquie. « Le soutien constant à l’adhésion, exprimé dans les sondages en Slovaquie,  doit être mis en parallèle avec la baisse continue du taux de participation aux élections », a-t-il souligné, relevant ainsi un paradoxe. En juin 2009, le taux d’abstention en Slovaquie, pays économiquement très intégré dans l’UE, qui a connu un processus de réformes plutôt rapide, avait atteint 80%, contre 75% en Pologne.

« La Hongrie a été particulièrement touchée par la montée de l’extrême droite aux dernières élections », a souligné quant à elle Magda Szabo. Le parti du leader de droite Viktor Orban avait alors obtenu 56,6% des voix, devant les sociaux-démocrates.

« Il faut se demander quelles sont les causes de cette maladie. Seulement 400 000 électeurs sur 8 millions au total sont allés voté», a-t-elle lancé. « Le résultat des élections n’est pas forcément lié à l’entrée dans l’UE, mais plutôt à la décomposition progressive de l’État, à l’effondrement de la confiance dans les institutions. La crise a également aggravé la déception économique dans mon pays, mais ce n’est pas l’Europe qui est jugée responsable, c’est la globalisation. Il y avait une crise interne préalable à la récession. »

Surenchère électoraliste ?

Loin de contredire la tendance, les prochaines élections devraient rendre encore plus perceptible le renforcement des extrêmes, comme l’a fait remarqué Jacques Rupnik, exprimant ses craintes face aux scores annoncés dans plusieurs nouveaux États membres en pleine campagne.

Selon les derniers sondages réalisés par l’institut Median, avec deux tiers des voix, le parti de l’ex-premier ministre hongrois, Victor Orban, serait largement vainqueur aux législatives d’avril 2010, devant le parti socialiste (20%) et le parti d’extrême droite Jobbik, qui atteindrait les10%.

« Le danger est réel pour l’avenir », a reconnu la Hongroise Magda Szabo.

Les mesures d’austérité, prises par le gouvernement actuel pour lutter contre la crise,  conduiraient les Hongrois à se tourner massivement vers la droite et l’extrême droite, qui promettent de supprimer la majorité des mesures douloureuses mises en place en contrepartie des aides accordées par l’Europe.

Un scénario similaire attendrait également la Slovaquie. L’actuelle coalition au pouvoir à Bratislava, formée par le parti d’obédience social-démocrate SMER-SD du Premier ministre Robert Fico, les nationalistes du LS-HZDS et le petit parti xénophobe SNS, est en effet annoncée favorite aux prochaines législatives.

En Pologne, le retrait de dernière minute du premier ministre polonais Donald Tusk, qui a annoncé qu’il ne participerait pas aux présidentielles d’avril 2010, pourrait ouvrir la voie au président sortant populiste Lech Kaczynski.

« La défiance vis-à-vis des institutions politiques est très forte en Pologne parmi les jeunes, à tel point qu’ils ne votent plus. Mais l’acquis majeur des 20 dernières années reste pour eux l’ouverture européenne, et ils sont prêts à se mobiliser si la jouissance des libertés européennes est compromise », a nuancé Jacques Rupnik, en réponse au Polonais Marek Beylin, ancien rédacteur en chef des pages Opinions du journal polonais Gazeta.

« Il faut différencier le regard porté sur l’Europe selon les contextes économiques ou encore les générations », a affirmé Jacques Rupnik.

Grâce aux échanges, la jeune génération en Europe centrale vit l’appartenance à l’Europe au quotidien, de manière spontanée », a elle aussi souligné la Hongroise Magda Szabo.