Les négociations au compte-goutte agacent Ankara
Alors qu’un chapitre supplémentaire de négociation a été ouvert le 21 décembre avec la Turquie, la nouvelle présidence espagnole de l’UE affiche à son tour son volontarisme sur ce dossier. Côté turc, face au piétinement du processus, le scepticisme reste de mise.
Alors qu’un chapitre supplémentaire de négociation a été ouvert le 21 décembre avec la Turquie, la nouvelle présidence espagnole de l’UE affiche à son tour son volontarisme sur ce dossier. Côté turc, face au piétinement du processus, le scepticisme reste de mise.
« L’Espagne a donné son plein soutien aux négociations visant l’adhésion de la Turquie à l’UE », a déclaré le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, dans un entretien accordé à un hebdomadaire égyptien le 4 décembre 2009.
Après la Suède, l’Espagne, qui assume la présidence tournante de l’Union depuis le 1er janvier 2010, se présente comme un soutien traditionnel pour la candidature d’Ankara.
L’élargissement fait partie intégrante des priorités inscrites à l’agenda espagnole pour les six mois à venir. Comme son prédécesseur, le chef de la diplomatie s’est à maintes reprises engagé auprès de son homologue turc à déployer tous les moyens en son pouvoir pour accélérer le processus d’adhésion sous sa présidence.
Juste avant le passage de relai, il s’est officiellement prononcé en faveur de la poursuite des négociations avec Ankara et s’est dit optimiste quant à l’avancée future des pourparlers de négociations, conditionnés au règlement du conflit avec Chypre.
La présidence espagnole a également appelé à resserrer les liens avec la Turquie dans le cadre de l’Alliance des civilisations, forum issu de l’ONU, établi en 2005 à l’initiative des gouvernements espagnol et turc.
Des ambitions suédoises revues à la baisse
En débloquant un nouveau chapitre de négociation consacré à l’environnement, le lundi 21 décembre 2009 sous présidence espagnole, l’ensemble des États membres de l’Union ont invité la Turquie à faire ses preuves concernant sa capacité à s’adapter aux normes environnementales en vigueur dans l’UE.
La décision, prise à l’occasion de la conférence intergouvernementale organisée à Bruxelles en présence du ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davuto?lu, du premier ministre et négociateur en chef Egemen Ba???, et du ministre de l’Environnement et des Forêts Veysel Ero?lu, ouvre un peu plus la voie à l’adhésion. Le commissaire à l’Elargissement, Olli Rehn, côté Union, a mené les débats avec la Suède.
Ce résultat reste tout de même mitigé au regard des ambitions suédoises, ont jugé de nombreux experts, déplorant le manque de positionnement clair de la présidence. «Le pays a estimé que ce n’était pas le meilleur moment pour militer activement », avait alors justifié une source diplomatique.
Pour s’engager résolument vers une adhésion rapide, il semble en effet que le moment soit toujours mal choisi. Et si la Turquie veut croire dans ses chances sous présidence espagnole, les expériences passées l’ont rendue méfiante.
Présidence espagnole, volontarisme ou profil bas ?
La nouvelle donne institutionnelle liée à l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, avec l’arrivée de deux nouvelles personnalités sur la scène européenne, modifie de manière encore floue la répartition des pouvoirs au sein de l’Union.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères a promis que la présidence ne jouerait qu’un rôle discret, aux côtés d’Herman Van Rompuy et Catherine Ashton, nouveaux vrais porte-paroles de l’UE.
Connu pour son opposition notoire à la Turquie, le nouveau président de l’Union se veut rassurant. Il mettra de côté ses opinions personnelles pour ne pas favoriser la polémique, et, au contraire, jouer le rôle de conciliateur pour lequel il a été choisi, en soutenant le processus d’élargissement, a-t-il affirmé à plusieurs reprises.
Le secrétaire d’État espagnol chargé des Affaires européennes, Diego Lopez Garrido, interrogé par le journal turc Yeni ?afak, a réaffirmé le dimanche 3 janvier que l’Union n’est pas un « club chrétien mais au contraire une plate-forme où coexistent les différentes religions». Il a rappelé qu’en vertu de ce pluralisme, la Turquie peut adhérer à l’Union, et même la renforcer.
Présidence espagnole et présidence du Conseil, toutes deux désireuses de ne pas se faire d’ombre tout en assumant pleinement leurs responsabilités à l’international, pourraient néanmoins choisir de se renvoyer la balle sur les sujets les plus épineux, comme la Turquie.
Le premier ministre turc s’en remet également à la présidence belge, programmée pour le second semestre 2010, d’ores et déjà interpellée sur le thème de l’équité future dans les négociations.
Entre blocages et déblocages : une petite victoire
Côté turc, la frustration liée à l’extrême lenteur du processus est à peine voilée. Dans un discours télévisé daté du 30 décembre, le premier ministre turc a pris l’Union européenne à partie, lui demandant de démontrer une bonne fois pour toutes sa « sincérité » concernant la candidature d’Ankara, rappelant par la même occasion à ses partenaires que le traitement réservé à la Turquie est souvent perçu comme inéquitable dans le pays par comparaison aux autres processus engagés dans les Balkans.
« Le rythme des pourparlers reste singulièrement lent », commente le spécialiste de la Turquie et chercheur à l’Iris, Didier Billion, interviewé par le forum L’avenir de l’Europe. En effet, en quatre ans, onze chapitres sur 35 ont été ouverts à la négociation, et un seul a été bouclé.
Entre la Turquie et l’UE, c’est l’incompréhension qui domine. Le représentant turc semble penser que la balle est maintenant dans le camp de l’Europe. Dans un même temps, l’UE multiplie les rappels en direction d’Ankara, invitée à accélérer le rythme des réformes. La dernière crise en date, liée à la dissolution du principal parti d’opposition turque par la Cour constitutionnelle, a relancé la polémique.
L’opposition ouverte des poids lourds de l’Union, comme la France et l’Allemagne, pèse sur le processus, même si leur stratégie consiste dans l’immédiat à laisser faire. A terme, le blocage s’annonce presque inévitable.