Les Nations unies autorisent le recours à la force contre M. Kadhafi

Le Conseil de sécurité des Nations unies a voté tard hier (17 mars) pour autoriser l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne et le recours à « toutes les mesures nécessaires », c'est-à-dire l’action militaire, dans le but de protéger les civils des forces du colonel Mouammar Kadhafi.

porte-avions de l'armée américaine

Le Conseil de sécurité des Nations unies a voté tard hier (17 mars) pour autoriser l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne et le recours à « toutes les mesures nécessaires », c'est-à-dire l’action militaire, dans le but de protéger les civils des forces du colonel Mouammar Kadhafi.

Dix des quinze membres ont voté en faveur de la résolution, la Russie, la Chine, l’Allemagne, l’Inde et le Brésil se sont abstenus. Cette résolution a été co-soutenue par la France, la Grande-Bretagne, le Liban et les Etats-Unis.

Son adoption, après des jours de négociations à huis clos, pourrait mener à la progression spectaculaire de l’implication internationale au sein d’un conflit qui a émergé le mois dernier entre les forces du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et les rebelles qui tentent de le renverser.

Frappes aériennes imminentes ?

Une source diplomatique française a confié à des reporters, en amont du vote qui a eu lieu à Paris, que toute action militaire pourrait impliquer la France, la Grande- Bretagne, les Etats-Unis et un ou plusieurs Etats arabes.

« Une fois que la résolution est votée, une opération peut être lancée dans les heures qui suivent », a déclaré cette source.

La France, qui a rédigé la version finale de cette résolution, a fait pression sur le Conseil pour qu’il réagisse rapidement, affirmant que sans cela, il serait trop tard pour empêcher M. Kadhafi de massacrer ses opposants.

Le ministre des affaires étrangères français, Alain Juppé, qui est revenu de New-York pour participer au vote, a confié aux reporters que la « France est prête, comme d’autres, à appliquer la résolution du Conseil de sécurité », suggérant que cela pourrait inclure des frappes aériennes.

En dehors des mesures militaires, la résolution étend également les sanctions contre M. Kadhafi et son cercle proche qui avaient été imposées dans une résolution du 26 février du Conseil de sécurité.

Parmi les entreprises libyennes, dont la résolution ordonne le gel des actifs, on compte le Trust pétrolier national libyen, et la banque centrale, que la résolution a qualifiés de « contrôlés par M. Kadhafi et sa famille » et de « sources potentielles de financement de son régime ».

La résolution interdit tous les vols au-dessus de la Libye, à l’exception des vols humanitaires.

Elle permet aux Etats membres des Nations unies qui ont prévenu l’organisation ainsi que la Ligue arabe de « protéger les civils et les zones occupées par les civils qui sont menacées d’attaque [en Libye], en excluant une occupation par une force étrangère de quelque forme que ce soit sur le territoire libyen ».

La précipitation de la France à obtenir une zone d’exclusion aérienne autorisée par les Nations unies s’est développée alors que les troupes libyennes se rapprochaient du bastion rebelle de Benghazi et avaient lancé des raids aériens sur les alentours.

Menace terroriste de la Libye ?

Le ministre de la défense libyen a prévenu que toute attaque envers son pays « mettrait en péril le trafic maritime et aérien dans la région méditerranéenne ». Lors d’une déclaration à la radio, M. Kadhafi a déclaré aux habitants de Benghazi : « Nous arrivons ce soir […], et nous n’aurons aucune pitié ».

« Toute action étrangère à l’encontre de la Libye exposera le trafic aérien et maritime dans la Méditerranée à un risque, les [infrastructures] civil(e)s et militaires deviendront les cibles de la contre-attaque libyenne », a-t-on entendu lors d’une déclaration sur la télévision libyenne qui a été relayée par l’agence de presse officielle JANA.

« Le bassin méditerranéen sera menacé à court comme à long terme », a-t-il déclaré.

Un porte-parole du gouvernement de M. Kadhafi, Moussa Ibrahim, a déclaré que l’action approuvée par les Nations unies « serait illégale et immorale ». Il s’agit d’une rebellion armée. N’importe quel pays la combattrait. Ils fondent leurs décisions sur les rapports des médias ».

Les Etats-Unis, dans un vif changement de ton, ont récemment commencé à exhorter les Nations unies à autoriser non seulement une zone d’exclusion aérienne pour aider les rebelles libyens mais également des frappes aériennes sur les tanks et l’artillerie lourde libyens, ont déclaré les autorités américaines.

Washington avait initialement réagi avec prudence aux demandes de zone d’exclusion aérienne sur la Libye, certaines fonctionnaires craignant que cela soit inefficace ou politiquement néfaste. Les Etats-Unis avaient insisté sur la participation active des pays arabes dans une telle action concernant la Libye.

Les diplomates ont affirmé avoir compris que parmi les membres de la Ligue arabe, les Emirats arabes unis et le Qatar étaient prêts à participer à l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne, de même que l’Arabie saoudite et la Jordanie.

Les rebelles de Benghazi célèbrent la décision des Nations unies

Aujourd’hui, des images en direct ont montré les opposants à Mouammar Kadhafi retranchés à Benghazi, à l’est de la Libye, laisser éclaté leur joie en tirant des feux d’artifices suite à l’autorisation des Nations unies d’imposer une zone d’exclusion aérienne sur la Libye

Une foule de milliers de personnes a tiré en l’air, tiré des feux d’artifices et brandi des drapeaux de l’ère monarchique pour célébrer cette décision, a montré la chaîne de télévision Al Jazeera.

« 1, 2, 3, merci Sarkozy ! », a chanté la foule, en agitant des drapeaux français. « Nous avons stoppé Kadhafi », « Nous allons triompher ».

Jeudi, M. Kadhafi a déclaré aux rebelles que ses forces armées arriveraient à Benghazi dans la soirée et n’auraient aucune pitié pour ceux qui leurs résisteraient.

Dans un message radiodiffusé, il a dit aux habitants de Benghazi que les soldats fouillerait chaque maison de la ville et que ceux ne possèdant pas d’armes ne devaient avoir aucune crainte, mais la foule est restée méfiante aux premières heures de la nuit.

« Mouammar, espèce de menteur. Nous sommes les hommes de la nation », a entonné la foule.

« Mouammar, tu es cerné. Aucun bateau ou avion ne t’aidera », ont-il crié, certains brandissant des drapeaux égyptiens.

(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV)