Les modèles de croissance économique sous-estiment les risques climatiques, selon l'ONG Finance Watch
Les modèles économiques utilisés pour calculer les risques liés au changement climatique et à la stabilité financière sont « déconnectés » de la science du climat et perpétuent un biais d’inaction chez les décideurs politiques, avertit un nouveau rapport de l’ONG Finance Watch.
Les modèles économiques utilisés pour calculer les risques liés au changement climatique et à la stabilité financière sont « déconnectés » de la science du climat et perpétuent un biais d’inaction chez les décideurs politiques, avertit un nouveau rapport de l’ONG Finance Watch, publié jeudi (2 novembre).
Selon Thierry Philipponnat, économiste en chef de Finance Watch, de nombreuses analyses de l’impact économique du changement climatique ne tiennent pas compte des points de basculement et des mécanismes de rétroaction, rendant toute prédiction particulièrement compliquée à établir.
« Les risques économiques qui découlent du changement climatique sont actuellement modélisés de la même manière que les risques financiers traditionnels. Mais à la différence des pertes financières enregistrées dans le passé, les pertes dues au changement climatique seront d’une ampleur considérable, imprévisible et permanente », indique le rapport.
Selon Finance Watch, le problème vient du fait que les agences de régulation et les gouvernements s’appuient encore largement sur ces modèles dépassés.
Pour illustrer son propos, l’ONG a cité un rapport publié en 2020 par le Conseil de stabilité financière (CSF) sur les « implications du changement climatique pour la stabilité financière ».
Pour déterminer l’impact d’un réchauffement climatique d’environ 4 degrés sur la valeur des actifs financiers mondiaux d’ici 2105, le rapport se réfère à une étude réalisée en 2015 par l’Economist Intelligence Unit qui suggère un impact négatif sur la valeur des actifs allant de 3 à 10 %.
Ces chiffres semblent néanmoins particulièrement bas compte tenu de ce que dit toute la recherche académique spécialisée dans la science du climat.
Selon le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies, un réchauffement de cette ampleur entraînerait une perte de 80 à 100 % des espèces animales dans certaines régions tropicales.
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En outre, ces régions souffriraient pendant près de 300 jours par an de niveaux de chaleur et d’humidité jugés dangereux pour la santé humaine.
Les rendements en termes d’agriculture et de pêche risquent de dégringoler dans les régions tropicales. Les phénomènes météorologiques extrêmes seraient plus fréquents et plus violents, et le niveau des mers augmenterait d’environ 80 cm avant 2100, a minima.
Il est difficile de croire que des changements aussi profonds, ainsi que les flux de réfugiés et les conflits géopolitiques qu’ils sont susceptibles d’entraîner, n’auraient qu’un impact de 3 à 10 % sur la valeur des actifs financiers.
M. Philipponnat a donc appelé les économistes à « adapter les modèles économiques, sous peine de compromettre [des politiques ambitieuses en faveur du climat] ».
« Les économistes qui analysent l’impact du changement climatique ne doivent pas être complices, même involontairement, de l’inaction des décideurs politiques », a-t-il déclaré.
« Ils ont la responsabilité d’ouvrir les yeux sur les impacts économiques et financiers d’une planète en train de brûler ».
Ce rapport de Finance Watch s’adresse également à la Commission européenne et aux organismes européens de surveillance financière.
La Commission a chargé les autorités européennes de surveillance, dont la Banque centrale européenne, de réaliser une évaluation des risques liés au changement climatique pour le système financier dans son ensemble sur la période allant jusqu’à 2030.
Le rapport devrait être prêt fin 2024 ou, au plus tard, début 2025.
Cependant, pour Finance Watch, la perspective rapprochée de 2030 rend l’exercice futile.
« Il est peu probable que le monde inverse son expansion actuelle de consommation de combustibles fossiles avant cette date », souligne le rapport. Selon l’ONG, les risques de stabilité financière ne seraient probablement pas détectés dans le cadre d’un scénario à si court terme.