Les ministres européens élargissent les sanctions contre la Syrie, Bachar Al-Assad est isolé
Les ministres européens des affaires étrangères ont décidé hier (14 novembre) d’élargir les sanctions appliquées en Syrie à 18 individus supplémentaires associés à la violente répression du mouvement de protestation. Ils ont toutefois signalé qu’aucune action militaire contre le gouvernement n’était envisagée pour l’instant.
Les ministres européens des affaires étrangères ont décidé hier (14 novembre) d’élargir les sanctions appliquées en Syrie à 18 individus supplémentaires associés à la violente répression du mouvement de protestation. Ils ont toutefois signalé qu’aucune action militaire contre le gouvernement n’était envisagée pour l’instant.
Les ministres européens ont également souhaité intensifier les pressions économiques exercées sur le président Bachar Al-Assad en décidant d'empêcher la Syrie d'accéder aux fonds de la Banque européenne d'investissement (BEI).
Les dirigeants de l'UE avaient prévenu le mois dernier que la Syrie devrait faire face à des sanctions si elle ne mettait pas fin aux violences qui, selon les Nations unies, ont entraîné la mort de 3500 manifestants.
Le ministre britannique des affaires étrangères, William Hague, a déclaré qu'il était justifié d'élargir les mesures prises par l'UE qui viseront à partir d'aujourd'hui 74 individus et 19 sociétés et organisations.
Dix-huit fonctionnaires ont été ajoutés à la liste de l'UE regroupant les personnes soumises à une interdiction de voyager et un gel d'actif ce lundi. Leurs noms ont été dévoilés mardi.
« Il est très important, au niveau de l'Union européenne, que nous envisagions des mesures supplémentaires pour intensifier les pressions sur le régime Al-Assad afin de mettre un terme aux actes de violence inacceptables que subit la population syrienne », a déclaré M. Hague à la presse.
Bachar Al-Assad sous pression
Les ministres européens ont salué les efforts de la Ligue arabe pour mettre fin à la crise syrienne et ils ont affirmé qu'ils continueraient d'insister pour que les Nations unies accroissent la pression internationale sur Bachar Al-Assad.
La Ligue arabe a étonnamment suspendu l'adhésion de la Syrie à son organisation et demandé à l'armée d'arrêter de tuer des civils. Certains dirigeants occidentaux ont expliqué que ces initiatives pourraient entraîner la mise en place d'actions internationales plus sévères contre M. Al-Assad.
La Ligue arabe imposera également des sanctions économiques et politiques à Damas et a demandé à ses Etats membres de rappeler leurs ambassadeurs.
La décision inattendue de l'organisation de suspendre l'adhésion de la Syrie et d'annoncer des sanctions politiques et économiques a porté un nouveau coup à la position de M. Al-Assad sur la scène internationale, l'obligeant à dépendre davantage d'une alliance avec un pays non arabe, l'Iran.
Le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, avait prévenu le mois dernier que la « répression barbare » en Syrie prendrait fin avec la chute du régime. Même la Russie a affirmé qu'il devrait affronter un bien triste destin à moins qu'il ne mette fin à la violence et qu'il mette en oeuvre des réformes.
La responsable européenne de la politique étrangère, Catherine Ashton, a affirmé qu'elle était en contact avec les dirigeants arabes et qu'ils comptaient mettre au point une approche commune.
« La situation en Syrie est source de grandes inquiétudes », a-t-elle déclaré. « Je me suis entretenue hier soir avec le secrétaire général de la Ligue arabe et lui ai fait part de notre engagement à travailler en étroite collaboration avec son organisation. »
Pas d'action militaire prévue
Les Etats arabes n'ont pas demandé d'action militaire internationale à l'encontre du gouvernement de Bachar Al-Assad. Plusieurs ministres européens des affaires étrangères se sont eux aussi montrés réticents quant à l'implication de l'Occident dans un autre conflit après la campagne de sept mois en Libye qui a aidé les manifestants anti-gouvernement à faire tomber Mouammar Kadhafi.
« Cette situation est différente de celle de la Libye. Il n'y a pas de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies et la Syrie est dans une situation beaucoup plus complexe », a expliqué M. Hague.
Outre leurs inquiétudes quant à un fardeau supplémentaire en termes de budget alloué à la défense, les leaders occidentaux craignent que l'instabilité ne gagne encore plus le Moyen-Orient, dans la mesure où la Syrie est en relation avec l'Iran. Certains ont également exprimé leurs réserves quant au fait de soutenir l'opposition fragmentée dans le pays.
S'adressant aux forces anti-gouvernement, les ministres de l'UE ont affirmé dans un communiqué qu'ils étaient prêts à s'engager aux côtés de représentants de l'opposition adhérant à des valeurs démocratiques et non violentes comme le Conseil national syrien.
Blocage de la Russie et de la Chine
Toutefois, l'impact de ces sanctions restera modéré, en raison du manque de coopération internationale.
Lundi, le gouvernement syrien a affirmé qu'il était persuadé que la Russie et la Chine continueraient d'entraver les efforts des Nations unies s'agissant de condamner la répression des manifestants.
La décision prise ce lundi pourrait cependant privé M. Al-Assad de millions d'euros en prêts de la BEI, en plus des mesures économiques déjà entreprises par l'UE.
L'Union européenne a interdit aux entreprises européennes d’effectuer des transactions avec la Banque commerciale de Syrie, la plus grande banque commerciale du pays, ainsi qu'avec le principal opérateur de téléphonie mobile et la plus grande entreprise, Cham Holding.
En septembre dernier, elle a imposé un embargo sur les importations de pétrole brut en provenance de Syrie et interdit aux entreprises européennes de faire de nouveaux investissements dans son industrie pétrolière.