Les ministres européens de l’Agriculture relancent le débat sur l’interdiction des « steaks végétariens »
Au moins dix pays s’apprêtent à relancer ce débat sensible sur l’étiquetage des produits d’origine végétale, lors du Conseil « Agriculture et Pêche » qui se tiendra à Luxembourg la semaine prochaine.
Une coalition d’États membres de l’UE, dont des poids lourds de l’industrie agroalimentaire tels que la France, l’Espagne et l’Italie, va renouveler la semaine prochaine sa demande à la Commission européenne d’interdire l’utilisation de noms traditionnellement associés à la viande pour désigner des substituts végétaux.
Au moins dix pays s’apprêtent à relancer ce débat sensible sur l’étiquetage des produits d’origine végétale, lors du Conseil « Agriculture et Pêche » qui se tiendra à Luxembourg la semaine prochaine.
L’initiative est menée par la République tchèque, l’Autriche, la Hongrie, l’Italie et la Slovaquie, avec le soutien de la France, de Malte, de l’Espagne, de la Roumanie et du Luxembourg.
« Les aliments à base de plantes sont très souvent étiquetés avec des noms propres à la viande, aux œufs, au miel, au poisson et aux produits dérivés », peut-on lire dans une note consultée par Euractiv.
Si les noms des produits laitiers tels que « lait » ou « fromage » sont protégés par la législation européenne depuis 1987, cela n’est pas le cas pour les produits à base de viande.
« Il est donc essentiel que les aliments qui imitent, reproduisent ou remplacent des aliments d’origine animale ne trompent pas le consommateur sur leur véritable nature par leur étiquetage », est-il encore indiqué dans la note. Il s’agit là d’une demande de longue date du secteur de l’élevage.
Dans le même esprit, la semaine dernière, les organisations Farm Europe et Eat Europe ont envoyé une lettre aux commissaires européens à la Santé et au Bien-être animal Olivér Várhelyi et à son collègue responsable de l’Agriculture Christophe Hansen à l’occasion de leur campagne « Words Matter » (« les mots comptent »).
La coalition d’États membres favorables à une règlementation appelleront la Commission à présenter une initiative dans le cadre de la réforme de l’organisation commune des marchés (OCM), attendue mi-juillet et liée à la proposition relative à la Politique agricole commune (PAC) post-2027.
Mais au Parlement européen, certains souhaitent que des changements interviennent plus tôt.
L’eurodéputée française Céline Imart (Parti populaire européen, PPE) a proposé un amendement visant à définir juridiquement les « produits de viande » dans une proposition de la Commission visant à réviser l’OCM afin de renforcer le pouvoir de négociation des agriculteurs.
« Les produits laitiers sont déjà protégés par le même règlement. Pourquoi pas la viande ? Car soyons clairs : cette imprécision autour des appellations n’est pas le fruit du hasard », a expliqué Céline Imart à Euractiv, accusant « certaines ONG » de chercher à imposer « une vision idéologique de l’alimentation ».
Céline Imart a déclaré que les termes liés à la viande sont trop souvent « usurpés » et que des règles plus strictes sont nécessaires avant « l’arrivée imminente des viandes de synthèse ».
« Après les nombreux rebondissements que nous avons connus en France, cet amendement est une lueur d’espoir pour rassurer les agriculteurs et les consommateurs », a-t-elle ajouté.
Initiatives nationales
Dans la note qui sera présentée au Conseil la semaine prochaine, les pays avertissent que, sans action de l’UE, les gouvernements nationaux pourraient suivre leur propre voie en matière de règles de dénomination des viandes, ce qui pourrait conduire à une « fragmentation règlementaire » au sein de l’Union.
La République tchèque, qui a été le fer de lance de cette initiative, a récemment envisagé de renforcer sa législation en matière d’étiquetage afin de restreindre l’utilisation de noms tels que « saucisse » ou « boulette de viande ». Toutefois, le ministre tchèque de l’Agriculture, Marek Výborný, a finalement décidé d’abandonner cette idée.
« Je fais confiance aux fabricants pour étiqueter leurs produits de manière honnête […] Je n’ai aucune ambition de donner des leçons ou d’éduquer les gens », a-t-il déclaré dans un message publié en janvier sur les réseaux sociaux.
La France a tenté d’imposer des restrictions au niveau national en 2020 et 2022, sans succès. Le gouvernement a interdit plusieurs termes traditionnellement utilisés pour désigner la viande sur les substituts végétaux, mais la Cour de justice de l’UE l’a réprimandé en octobre pour ne pas avoir défini de dénominations légales pour ces produits.
Alors qu’un tribunal français a annulé ces restrictions en janvier de cette année, les ONG craignent que Paris ne tente à nouveau d’interdire l’utilisation de mots associés à la viande pour les produits végétaux.
L’Espagne a quant à elle été pionnière en matière de restrictions d’étiquetage. Dès 2014, Madrid a adopté une loi définissant plus de 80 produits à base de viande, interdisant ainsi l’utilisation de ces termes pour les produits à base de plantes.
Des sources du ministère espagnol ont confié à Euractiv que le gouvernement envisage aujourd’hui de moderniser ce cadre législatif, à la lumière des récents développements en France.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]