Les manifestations antigouvernementales se poursuivent en Serbie
La cinquième manifestation « La Serbie contre la violence » s’est tenue à Belgrade samedi (3 juin), soit un mois après la première fusillade de masse qui a touché le pays.
La cinquième manifestation « La Serbie contre la violence » s’est tenue à Belgrade samedi (3 juin), soit un mois après la première fusillade de masse qui a touché le pays.
Organisée par une partie de l’opposition, la manifestation de samedi a rassemblé des milliers de personnes devant l’Assemblée nationale, dans le centre de Belgrade. De célèbres acteurs et personnalités de la télévision serbe ont pris la parole sur scène, appelant les manifestants à ne pas baisser les bras.
Cette série de manifestations fait suite à la fusillade de masse qui a eu lieu à l’école élémentaire Vladislav Ribnikar, commise par un garçon de 13 ans, et qui a coûté la vie à dix personnes.
« Nous devons à la jeunesse serbe de lui donner la vérité et la justice. Nous devons aux enfants de Ribnikar de créer une société que nous n’avons pas réussi à créer de leur vivant », a déclaré l’acteur Dragan Bjelogrlić en pleurant.
« Qu’est-ce que notre société est devenue ? Au cours d’un mois de manifestations pacifiques, nous avons été insultés, et il est temps d’élever la voix. Nous vivons dans une société qui stimule les côtés sombres de la nature humaine au lieu de l’inspirer. Les experts et les personnes qui travaillent dur sont marginalisés, tandis que des personnes insuffisamment éduquées et incapables sont mises à leur place », a déclaré l’actrice Svetlana Bojković.
Une seconde fusillade a eu lieu la même semaine (4 mai). Celle-ci avait été commise par un jeune homme de 21 ans dans trois villages différents et avait causé la mort de huit personnes. Beaucoup avaient alors pointé du doigt le problème du manque de contrôle de la circulation des armes à feu dans le pays.
Les manifestants n’ont pas changé leurs revendications : ils demandent le remplacement du ministre de I’Intérieur Bratislav Gašić et du chef de l’agence nationale de renseignement (BIA), Aleksandar Vulin, ainsi que la révocation des licences des chaînes de télévision qui « promeuvent la violence », la démission des membres de l’agence de régulation des médias audiovisuels (REM) et la fermeture des journaux qui « publient de fausses informations et encouragent la violence ».
« La Serbie contre la violence » : Belgrade paralyseé par une nouvelle manifestation
Les manifestants ont bloqué le centre-ville de Belgrade lors de la manifestation « La Serbie contre…
3 minutes
Alors que les manifestants entouraient le bureau du président serbe Aleksandar Vučić, une violente altercation entre un citoyen américain et un membre du groupe d’extrême droite « People’s Patrol », âgé de 22 ans, a été filmée. Ce dernier a été condamné à 15 jours de prison, tandis que le citoyen américain a été condamné à 30 jours.
Plus tard dans la soirée, le président a écrit sur les médias sociaux qu’il était dans son bureau et a appelé les citoyens à « faire de leurs différences leurs avantages démocratiques ».
« Je lance un appel à toutes les personnes en Serbie. Je vous remercie tous. Ceux qui ont menacé de me pendre et ceux qui m’ont envoyé des messages de soutien », a déclaré M. Vučić.
Commentant les manifestations, il a répété qu’il ne permettrait jamais le remplacement de Bratislav Gašić.
« La prévention n’aurait pas pu empêcher le meurtre de masse. La police a fait tout ce qu’elle pouvait. Personne dans le monde ne pourrait accuser la police, ou les dirigeants de son État, de cela », a déclaré le président, avant de qualifier les responsables politiques qui ont appelé à la manifestation d’« irresponsables ».
« Deux des revendications précédentes ont déjà été satisfaites. Le ministre de I’Éducation a démissionné, et l’émission de télé-réalité “Zadruga” ne sera plus diffusée à partir du milieu de la semaine prochaine. Mais si quelqu’un veut parler, il doit aussi entendre l’autre côté. Il ne suffit pas de dire : non, vous ferez ce que nous vous disons, ou vous serez tués. De telles conversations n’existent nulle part, et elles n’existeront pas en Serbie », a indiqué M. Vučić.
Une poupée à l’effigie de M. Vučić placée sur une potence a provoqué un tollé. Les organisateurs insistent sur le fait que la personne à l’origine de cette mise en scène n’avait rien à voir avec eux et que le régime a envoyé des groupes et des individus non officiels et violents pour provoquer les manifestants.
Commentant la poupée pendue, M. Vučić a déclaré qu’il recevait plus de 200 menaces de mort par jour et que c’était « son travail en tant que président » de gérer ce genre de choses.
« La porte pour une conversation sur n’importe quel sujet est ouverte tous les jours. Mais nous devons établir un cadre pour que nous puissions tous nous déplacer en interne et voir comment nous pouvons désamorcer la situation et nous unir sur des sujets importants, tels que le progrès de notre pays », a-t-il conclu.
M. Vučić rencontrera la Première ministre Ana Brnabić ce mercredi (7 juin) afin de discuter de questions importantes pour la session du gouvernement de jeudi.
Une sixième manifestation « La Serbie contre la violence » devrait avoir lieu en fin de semaine.
Serbie : des experts dénoncent la récupération politique de fusillades de masse
En Serbie, des experts politiques ont réagi à deux grands rassemblements qui seront organisés ce…
3 minutes
[Édité par Anne-Sophie Gayet]