Les journalistes expriment leurs inquiétudes quant aux écoutes téléphoniques abusives
La controverse qui entoure la loi hongroise sur les médias a engendré des commentaires passionnés dans les cercles européens, mais rares sont ceux qui se sont penchés sur la situation dans les autres pays. Le réseau EURACTIV relève le défi avec ce second article qui se concentre sur la Bulgarie et la République tchèque.
La controverse qui entoure la loi hongroise sur les médias a engendré des commentaires passionnés dans les cercles européens, mais rares sont ceux qui se sont penchés sur la situation dans les autres pays. Le réseau EURACTIV relève le défi avec ce second article qui se concentre sur la Bulgarie et la République tchèque.
Un récent rapport de la Commission européenne demandait à Sofia de s'assurer que l'Etat de droit était strictement respecté concernant les écoutes téléphoniques de suspects mises en place par la police. De tous les pays de l'UE, la Bulgarie se place bonne dernière (à la 70e place avec la Grèce) dans le classement de l'indice 2010 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (voir « Background »).
Suite à un récent scandale sur des écoutes téléphoniques en Bulgarie, où l'en entendait le premier ministre donner des instructions à son responsable des douanes pour qu'il « laisse tranquille » un homme d'affaire controversé, il est apparu que les écoute téléphoniques dans le pays étaient très répandues et souvent illégales. La question qui suscite de nombreuses craintes concerne les écoutes réalisées sur des journalistes et qui viseraient à identifier leurs sources.
Selon une enquête journalistique réalisée par Dnevnik, le partenaire d'EURACTIV en Bulgarie, une écoute sur trois en Bulgarie serait menée sans l'autorisation d'un juge.
« Journalistes bandits »
Le Dnevnik a publié ces révélations après avoir eu accès à des informations confidentielles du ministère public et des huit plus importantes cours fédérales du pays, dans le cadre d'une loi nationale sur l'accès aux informations publiques.
Le quotidien a également précisé que l'accès à ces informations n'avait été possible qu'après des mois de protestations civiques et de longues batailles menées par les groupes de défense des droits de l'Homme.
Au moins 10 000 communications privées ont été écoutées par les autorités au cours des sept premiers mois suivant l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi sur les communications électroniques adoptée par le gouvernement actuellement au pouvoir, révèle également le Dnevnik.
Des économistes aux révélé au quotidien que la Bulgarie dépensait 50 fois plus d'argent que le Royaume-Uni pour les mises sur écoute.
Kalin Georgiev, le chef de la police bulgare, a jugé bon d'affirmer qu'il ne voyait pas où était le problème d'espionner les appels des journalistes. Lors d'une apparition télévisée, il avait d'ailleurs expliqué que la presse était pleine d' « ordures et de bandits ».
Cette déclaration a suscité une vive réaction de la part des associations de journalistes, y compris de la part de l'Association des journalistes européens en Bulgarie.
« Nous sommes stupéfaits par les déclarations et l'attitude de M. Georgiev », a déclaré Reporters sans frontières.
L'organisme pour la liberté de la presse craint que les écoutes téléphoniques routinières puissent, comme par le passé, toucher les journalistes et restreindre le droit d'avoir des discussions confidentielles. « La liberté accordée aux services de police en la matière est aussi inacceptable qu'inquiétante », a ajouté Reporters sans frontières.
Background
L'indice 2010 sur la liberté de la presse, publié par Reporters sans frontières, salue la Finlande, l'Islande, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et la Suisse comme les « moteurs de la liberté de la presse » en Europe.
Toutefois, l'ONG a qualifié de « perturbant » le fait que plusieurs pays de l'Union européenne continuent à perde des places dans le classement. « Si elle ne se reprend pas, l'Union européenne risque de perdre sa position de leader mondial en matière de droits de l'Homme », met-elle en garde.
Les membres de l'UE sont arrivés aux places suivantes parmi les 178 pays couverts par l'étude :
1) Finlande, Pays-Bas et Suède, 7) Autriche, 9) Estonie et Irlande, 11) Danemark et Lituanie, 14) Belgique, Luxembourg et Malte, 17) Allemagne, 19) Royaume-Uni, 23) Hongrie (avant l'adoption de la loi sur les médias) et la République tchèque, 30) Lettonie, 32) Pologne, 35) Slovaquie, 39) Espagne, 40) Portugal, 44) France, 45) Chypre, 46) Slovénie, 49) Italie, 52) Roumanie, 70) Grèce et Bulgarie.
Les pays en route vers l'adhésion à l'UE se sont classés comme suit : 2) Islande, 47) Bosnie Herzégovine, 62) Croatie, 68) Macédoine, 80) Albanie, 85) Serbie, 92) Kosovo, 104) Monténégro, 138) Turquie.
Les Etats-Unis sont arrivés 20e et la Suisse ainsi que la Norvège se placent à la première place avec la Finlande, les Pays-Bas et la Suède.
« Loi muselière » en République tchèque
Dans le classement annuel de Reporters sans frontières, la République tchèque est passée de la 16e à la 23e place en 2010. La plupart des commentateurs et des journalistes eux-mêmes s’accordent à dire que cette régression a été causée par un amendement de la loi pénale qui est entrée en vigueur le 1e avril 2009.
Cette législation interdit aux médias de publier des informations spécifiques issues d’écoutes téléphoniques de la police ou toute autre informations relatives à des écoutes réalisées par la police. L’amendement présente des peines d’emprisonnement d’une durée de 1 à 5 ans et des amendes pouvant aller jusqu’à 5 millions de couronnes (plus de 200 000 euros).
Le contexte de cette législation est celui de la publication par les médias tchèques à plusieurs reprises d’informations issues d’écoutes téléphoniques de la police. Celles-ci ont révélé le contexte de certaines affaires de corruption, et l’élite politique semble déterminée à empêcher que cela se reproduise.
« Dans sa forme actuelle, la loi diminue sérieusement le droit à informer et à être informé, ainsi que le droit garanti par la constitution de répandre des informations », a déclaré Reporters sans frontières.
L’organisation a appelé à maintes reprises le gouvernement tchèque à annoncer le retrait de l’amendement. De telles critiques ont également émané du Parlement européen et de certains pays d’Europe occidentale.