Les grandes entreprises veulent un contrôle de la nouvelle stratégie de l’UE pour 2020
Les plus grands noms de l’industrie européenne contrôleront la mise en œuvre des réformes en faveur de la croissance dans le cadre d'une action concertée visant à forcer les dirigeants politiques à respecter leurs engagements.
Les plus grands noms de l’industrie européenne contrôleront la mise en œuvre des réformes en faveur de la croissance dans le cadre d'une action concertée visant à forcer les dirigeants politiques à respecter leurs engagements.
Frustrées par l'échec de l'Agenda de Lisbonne, les grosses entreprises sont intervenues pour forcer Bruxelles et les gouvernements européens en Europe à respecter leurs promesses politiques destinées à améliorer la compétitivité de l'Europe à la lumière des défis qui s'accumulent : changement climatique, vieillissement de la population et rivaux asiatiques.
La Table ronde des industriels européens (ERT) a lancé un document détaillé intitulé "Vision pour une Europe compétitive en 2025" qui encourage les gouvernements à réduire les dépenses publiques dans un certain nombre de domaines.
De nombreux dirigeants politiques s'engagent au niveau européen mais dès le moment où ils retournent dans leurs pays, ils les oublient. Si l'Europe veut être compétitive en 2020 ou 2025, alors cela ne devrait plus se produire, a déclaré à EURACTIV Wim Philippa, secrétaire général de l'ERT.
Il a estimé que l'échec de la communication avec les Etats membres sur leurs responsabilités dans le cadre de l'Agenda de Lisbonne avait entraîné des défauts dans sa mise en œuvre.
Le groupe représentatif des entreprises a également souligné le besoin urgent d'encourager les jeunes gens à étudier les mathématiques, la technologie et les sciences – offrant même de mettre leur poids financier dans la balance pour promouvoir les initiatives en matière d'éducation dans les Etats membres.
Nous soutenons pleinement la création d'un organisme de coordination européen pour l'éducation afin de promouvoir les MST (maths, science, technologie) dès l'école primaire. Nous sommes prêts à jouer le jeu – financièrement – en espèces et en nature, a affirmé M. Philippa.
Des réformes urgentes sont nécessaires
L'industrie averti les dirigeants européens qu'une réforme fondamentale des systèmes sociaux et de santé doit être mise en place rapidement afin de mettre l'Union sur le chemin de la croissance durable.
L'UE pourrait être une championne mondiale de la croissance durable, selon l'ERT, mais les budgets nationaux doivent être équilibrés et les réformes nécessaires depuis longtemps doivent être poursuivies avec vigueur.
Le groupe représente des noms connus dans des secteurs tels que l'énergie, la pharmacie, l'alimentaire, les chimiques, le tabac et l'automobile, comme par exemple Renault, Unilever, Nestlé et Brtish American Tobacco.
Il met en avant la nécessité d'une série de mesures politiques radicales si l'Europe souhaite devenir un endroit attrayant pour vivre et travailler dans les deux prochaines décennies.
La Commission européenne devrait assurer le respect du Pacte de stabilité et de croissance par tous les Etats membres et encourager le surplus des budgets publics sur une période temporelle durable, selon les dirigeants des grandes entreprises.
Cela devrait être financé via des réductions de dépenses publiques pour les politiques qui ne sont pas durables, explique le document, s'attardant sur le besoin d'une évaluation indépendante à l'échelle de l'UE des systèmes de retraite publics en vue d'une restructuration.
Une plus grande responsabilité personnelle pour les soins de santé
L'industrie souhaite également que des changements soient apportés aux systèmes de sécurité sociale afin de parvenir à un meilleur équilibre entre la cohésion sociale et la durabilité financière. Cela pourrait inclure le fait de rendre les patients responsables de leurs propres coûts de soins de santé plutôt que de laisser les gouvernements s'en occuper.
Nombre de propositions devraient rencontrer une opposition des groupes d'intérêt pour qui tout changement du tissu de sécurité sociale en Europe équivaut à une déclaration de guerre.
Pareillement, l'appel pour adapter la politique agricole de l'UE afin de réduire son impact sur le budget européen ne devrait pas être très bien accueilli de la part des organisations de défense des agriculteurs.
En accord avec l'air du temps, les grandes entreprises en font beaucoup sur le besoin d'investir dans la recherche et le développement. Le budget européen devrait être repensé, disent-ils, pour mettre la compétitivité et la durabilité au cœur des dépenses de l'UE.
Le document appelle les décideurs politiques à introduire des infrastructures, des technologies et des sources d'énergie innovantes, et réitère le besoin de réformer le régime de propriété intellectuelle de l'UE.
Certaines des propositions mises en avant par le lobby industriel sont déjà à l'ordre du jour, comme l'appel à réinventer les procédures de passation de marchés publics, qui devrait figurer dans le plan d'action sur l'innovation à venir de l'UE.
Le lien entre les investissements en R&D et la mise en avant des moteurs de l'économie mondiale – ou mégatendances – devrait être renforcé dans le cadre d'une utilisation plus mesurée des investissements publics dans l'innovation, selon l'ERT.
La nécessité d'un accord climatique et de l'échange de carbone
Les grandes entreprises s'intéressent particulièrement à l'éco innovation, source de génération de richesses et de réduction de leur empreinte écologique.
L'industrie souhaite que l'UE fixe des objectifs clairs en termes d'efficacité énergétique et qu'elle les adapte progressivement au regard des développements technologiques et sur la base d'une analyse de cycle de vie complet. Cela devrait prendre en compte les ressources et les aspects environnementaux, sociaux et économiques, a-t-il dit.
Dans le cadre du mouvement vers une économie pauvre en carbone, les dirigeants d'entreprise souhaitent développer un marché mondial du carbone en liant le système d'échange de quotas d'émissions de l'UE (ETS) avec d'autres systèmes développés dans d'autres pays, notamment aux Etats-Unis.
Le document souhaite également trouver des moyens de réduire la dépendance de l'Europe aux matières premières à travers l'investissement dans la recherche sur les techniques et technologies de recyclage.
Achèvements rapides en 2010
Les industriels ont également publié une liste d'achèvements rapides qui peuvent être accomplis dans les 12 prochains mois afin d'envoyer des signaux clairs à la communauté des entreprises.
Cela comprend l'achèvement d'un accord climatique international juridiquement contraignant, la publication d'une stratégie pour 2020 ambitieuse et réaliste, et des liens renforcés entre les entreprises et l'éducation.
Le document se fonde aussi de manière prévisible sur des arguments de libre échange, appelant à l'achèvement du marché intérieur, à la réduction des droits de douane pour stimuler le commerce international, et à une résistance acharnée contre le protectionnisme et la démondialisation.
Dès 2025, la prolifération des accords commerciaux préférentiels devrait être convertie en un régime mondial d'absence de droit de douane, selon le groupe, qui comprend certaines des entreprises multinationales les plus importantes du monde.