Les géants du web organisent la riposte face à l'espionnage numérique
Suite au scandale de la NSA, huit géants américains de l’Internet, dont Apple, Google et Facebook, réclament aux gouvernements une réforme de leurs pratiques de cybersurveillance.
Suite au scandale de la NSA, huit géants américains de l’Internet, dont Apple, Google et Facebook, réclament aux gouvernements une réforme de leurs pratiques de cybersurveillance.
Les adversaires commerciaux de toujours que sont Facebook, Google, Microsoft ou Yahoo! se sont trouvés une cause commune: la lutte contre les pratiques de surveillance numérique des gouvernements.
Le 9 décembre, ces grandes sociétés américaines de l’Internet ont adressé une lettre ouverte au président Barack Obama et au Congrès dans laquelle ils accusent les gouvernements de s’attribuer trop de pouvoir au détriment des particuliers.
Une prise de position qui fait suite aux révélations d'Edward Snowden sur les programmes de surveillance de l'Agence de sécurité nationale (NSA). Grâce à ces programmes, la NSA mettait sur écoute des communications à l’aide de câbles mettant en lien de nombreux centres de données de sociétés technologiques se situant outre-Atlantique.
À la suite des révélations d’Edward Snowden, nombre des grandes sociétés de l’Internet s'inquiètent pour leurs affaires. À leurs yeux, elles auraient connu des pertes à l'étranger étant donné que des clients, devenus méfiants, se sont tournés vers des solutions locales.
« Nous comprenons que les gouvernements ont le devoir de protéger leurs citoyens, » indiquent les huit grandes firmes américaines, dont Microsoft Corp, Twitter, LinkedIn Corp, Yahoo Inc et AOL Inc.
« Mais les révélations de cet été ont montré qu'il est urgent de réformer les pratiques de surveillance des gouvernements au niveau mondial.»
« L'équilibre [des forces] dans un grand nombre de pays a trop penché en faveur des États au détriment des droits individuels, droits pourtant inscrits dans notre Constitution. Ce qui restreint les libertés auxquelles nous sommes tous tant attachés. Il est temps que cela change. »
Ces huit géants américains représentent au total une capitalisation boursière de 1,4 mille milliards de dollars (mille milliards d'euros). Certain d’entre eux ont déclaré leur intention de renforcer leurs systèmes de cryptage et de sécurité sur leurs sites Internet.
Ces sociétés détaillent sur un site éponyme leur campagne « Reform Government Surveillance ». Elles demandent au gouvernement américain de prendre l'initiative et de limiter la quantité d'information sur les usagers collectée par un gouvernement.
« Les gens n'utiliseront pas des technologies auxquelles ils ne font pas confiance, » affirme Brad Smith, avocat général de Microsoft. « Les gouvernements ont mis à mal cette confiance et ils doivent maintenant la restaurer. »
La campagne appelle également les gouvernements à limiter la surveillance d'usagers particuliers et connus. Les sociétés d'internet souhaitent que les données ne soient pas collectées en masse. En outre, elles réclament le droit de publier le nombre et la nature des demandes formulées par le gouvernement en vue d’obtenir des informations sur les usagers.
« La sécurité sur les données des usagers est cruciale. C'est pourquoi nous avons autant investi dans les systèmes de cryptage et lutté pour la transparence relative aux demandes d’informations du gouvernement » écrit Larry Page, directeur général de Google, sur son site Internet.
« La collecte de données massive et flagrante, menée en secret et sans contrôle indépendant, par de nombreux gouvernements à travers le monde, porte atteinte à ce principe fondamental. Il est temps de mener des réformes et nous demandons au gouvernement américain de donner l'exemple. »
Barack Obama a affirmé la semaine dernière qu'il avait l'attention de proposer de réformer la NSA afin d'assurer aux citoyens américains que leur vie privée n'était pas violée par l'agence.
L'organisation Big Brother Watch, située en Grande-Bretagne, salue la décision des grandes sociétés d'Internet. Elle a déclaré que les lois sur la surveillance en Grande-Bretagne, aux États-Unis et dans bien d'autres pays n'étaient plus adaptées à l'époque d'Internet.
« Cette déclaration de principes, faite par quelques-unes des plus grandes sociétés au monde, représente un moment décisif et tout pays qui se considère démocratique ne peut l’ignorer, » tonne l'organisation.