Les Français de plus en plus confiants envers l’UE
Une grande étude d’opinion dévoilée mardi (4 octobre) montre que le niveau de confiance des Français dans l’Union européenne « progresse nettement », malgré le souhait encore majoritaire d’un renforcement du pouvoir de la France par rapport à celui de l’UE.
Une grande étude d’opinion dévoilée mardi (4 octobre) montre que le niveau de confiance des Français dans l’Union européenne « progresse nettement », malgré le souhait encore majoritaire d’un renforcement du pouvoir de la France par rapport à celui de l’UE.
L’étude de la Fondation Jean Jaurès et du Cevipof en partenariat avec Ipsos et Le Monde, baptisée « Fractures françaises », constitue, selon les mots du directeur général délégué d’Ipsos Brice Teinturier, un « outil permettant de balayer les perceptions, attentes, peurs et espoirs de la société française dans son ensemble ».
Pour son dixième anniversaire, l’enquête se fonde sur les réponses d’un échantillon représentatif de 12 000 Français, qui répondent à de très nombreuses questions sur leur perception de la situation du pays, leurs valeurs et leur rapport au système politique.
Ainsi, l’étude montre que le nombre de Français indiquant avoir de la « confiance » envers l’Union européenne « progresse nettement » : en 2022, 50 % des interrogés l’affirment contre 43 % l’année précédente ou encore 36 % en 2019, soit une progression de 14 points en 3 ans.
La proximité politique influence la confiance en l’UE
Néanmoins, le niveau de confiance en l’institution européenne varie en fonction de l’affiliation politique de la personne interrogée et de sa catégorie socioprofessionnelle.
Sans surprise, les sympathisants des partis ayant un discours et un programme pro-européens sont les plus enclins à se dire confiants en l’UE : ceux du Parti socialiste (68 %), d’Europe Ecologie-Les Verts (73 %) et de La République en marche (devenu Renaissance, 87 %) figurent sur le podium.
Les Insoumis et les communistes se disent à 41 % « confiants » en l’UE, peu éloignés de la moyenne générale des répondants (50 %), malgré le discours souvent critique envers le libéralisme des instances de l’UE.
Les sympathisants d’extrême droite sont, de loin, les moins enclins à faire confiance à l’UE, à hauteur de 21 % pour ceux du Rassemblement national de Marine Le Pen et de 13 % pour ceux de Reconquête ! d’Éric Zemmour.
Par rapport à 2021, l’indicateur de confiance est en progression pour tous sauf pour les sympathisants du Rassemblement national (-1 point). La hausse est particulièrement spectaculaire auprès de ceux se déclarant politiquement proches des Verts (+ 29 points) et des socialistes (+ 16 points).
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Un « clivage social »
De surcroît, l’étude met en exergue une différence de perception en fonction de la catégorie socioprofessionnelle d’appartenance.
Les ouvriers se disent beaucoup moins confiants en l’UE (36 %) que les cadres (63 %), et les professions intermédiaires, les employés et les retraités se situent à un niveau comparable à celui de la population générale.
L’indice progresse pour toutes les catégories par rapport à 2021, dans le sens d’une plus grande confiance en l’UE, particulièrement chez les ouvriers (+ 10 points) et les employés (+ 9 points).
Interrogé par EURACTIV sur l’évolution positive de la confiance des Français envers l’UE, le professeur d’histoire européenne à l’université Paris-Sorbonne Laurent Warlouzet indique d’abord que « la crise grecque en 2012-2015 a constitué le moment de défiance maximale envers l’UE ».
Après cela, la réaction de l’UE aux crises « externes », comme le Brexit et la pandémie de Covid-19, a pu changer le regard des citoyens envers l’institution, développe l’historien.
Auteur de l’ouvrage « Europe contre Europe. Entre liberté, solidarité et puissance depuis 1945 » (CNRS Editions, 2022), M. Warlouzet explique que ces crises ont été gérées par l’UE de manière plutôt unitaire.
L’institution a alors renforcé les politiques relevant de l’ « Europe solidaire » et de « Europe puissance », comme l’achat commun de vaccins, ce qui a pu élever le niveau de confiance envers l’institution.
La répartition du pouvoir de décision entre État et UE
En ce qui concerne l’articulation du pouvoir entre les niveaux de décision européen et français, Ipsos relève que « le souhait d’un renforcement des pouvoirs de la France par rapport à ceux de l’Europe est nettement majoritaire » mais qu’il est en recul depuis plusieurs années.
58 % des interrogés partagent cette opinion, tandis que 22 % d’entre eux considèrent qu’il ne faut « rien changer à la répartition des pouvoirs de décision » telle qu’elle est aujourd’hui. Seuls 20 % souhaitent un renforcement des pouvoirs de l’UE dans la prise de décision.
Comme pour la confiance en l’UE, le détail de l’étude montre que les principaux soutiens d’un retour au pouvoir national plutôt qu’européen sont notamment les sympathisants de partis d’extrême droite (80 à 89 % pour le Rassemblement national et Reconquête !). L’idée est aussi majoritaire auprès de la droite traditionnelle (Les Républicains, 62 %, en recul par rapport à 2021) et de la gauche radicale de La France insoumise (63 %, stable).
Les mêmes clivages existent selon la catégorie socioprofessionnelle d’appartenance.
La volonté d’un plus grand pouvoir décisionnel de la France par rapport aux équilibres actuels est, bien que majoritaire, en recul constant depuis six ans. Sur la période 2016-2022, la part de Français souhaitant davantage de pouvoir à l’Etat français qu’à l’UE est passée de 74 % à 58 %.
Enfin, la moitié des personnes interrogées (49 %) se dit « globalement favorable au projet européen, mais pas tel qu’il est actuellement mis en place » et moins d’un quart (22 %) indique y être « fondamentalement défavorable ».
Si la gestion des crises par le bloc a été un facteur d’amélioration de la confiance des Français envers l’UE, plus récemment, conclut Laurent Warlouzet, « la guerre en Ukraine a fait redécouvrir [aux citoyens] l’intérêt de la construction européenne et de la coopération internationale ».