Les faits, grands perdants du débat Le Pen-Macron

Le débat entre les deux candidats de la présidentielle française s'est déroulé sur un fond de forte agressivité de Marine Le Pen. Mais surtout d'assertions totalement fausses.

EURACTIV avec l'AFP
EPA/ERIC FEFERBERG / POOL MAXPPP OUT
EPA/ERIC FEFERBERG / POOL MAXPPP OUT

Le débat entre les deux candidats de la présidentielle française s’est déroulé sur un fond de forte agressivité de Marine Le Pen. Mais surtout d’assertions totalement fausses.

15 millions de téléspectateurs, soit une bonne partie de l’électorat, ont assisté, médusés, au débat opposant les deux candidats du second tour de la présidentielle française. Les invectives, accusations et autres vulgarités de Marine Le Pen ne lui ont pas réussi si l’on en croit un sondage effectué dans la foulée : 63 % des spectateurs ont jugé qu’Emmanuel Macron avait été plus convaincant, et 64 % d’entre eux que son projet était le meilleur selon un sondage Elabe pour BFMTV.

Brexit, aménagements de peine, chômage, ECU, numerus clausus… Le débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron a apporté son lot d’inexactitudes, de contre-vérités et d’imprécisions.

 Brexit: effets économiques mitigés

« L’économie britannique ne s’est jamais aussi bien portée que depuis que les Britanniques ont décidé de reprendre leur liberté », a assuré Marine Le Pen.

C’est très exagéré, même si les effets du Brexit sur l’économie britannique ont été jusqu’à présent moins importants que ce que la plupart des économistes avaient anticipé.

Le produit intérieur brut britannique a ainsi crû de 1,8% en 2016, nettement plus que la France (1,1%). Et le FMI a récemment revu à la hausse sa prévision de croissance outre-Manche pour 2017, à 2% au lieu de 1,5% précédemment.

Le rythme de croissance de l’économie britannique reste toutefois inférieur à celui atteint par le passé (2,3% en 2015, 2,6% en 2014 et des taux supérieur à 3% au début des années 2000).

Sur l’Europe, Marine Le Pen a affirmé que l’Union bancaire menaçait les économies des européens. Or c’est exactement l’inverse : le premier pilier de l’union bancaire prévoit justement de sanctuariser les dépôts des particuliers, et a permis, lors de la panique bancaire qui a eu lieu à Chypre, en 2013, de protéger tous les dépôts inférieurs à 100.000 euros.

SFR, Chantiers de l’Atlantique: Macron pas ministre

Contrairement à ce qu’a dit Marine Le Pen, Emmanuel Macron n’était pas ministre de l’Economie, mais secrétaire général adjoint de l’Elysée, quand la vente de SFR à Patrick Drahi a été décidée.

Emmanuel Macron a été nommé à Bercy le 26 août 2014. La vente de SFR, alors propriété de Vivendi, à Numericable, propriété de Patrick Drahi, a été actée près de quatre mois auparavant, le 5 avril 2014.

Pour une autre vente épinglée par Mme Le Pen, M. Macron n’était plus ministre quand le groupe italien Fincantieri a obtenu le 6 avril le feu vert du gouvernement français à la reprise des chantiers navals de Saint-Nazaire.

Aménagements de peine: les deux se trompent

Les deux candidats ont attribué faussement mercredi à la loi dite Taubira la possibilité d’aménager les peines de prison ferme de moins deux ans.

Cette possibilité d’aménager les peines de prison ferme de moins de deux ans, contre un an auparavant, a en fait été introduite par la loi Dati de 2009, durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. La loi Taubira de 2014 a, elle, introduit la contrainte pénale et supprimé les peines plancher.

Plus de chômeurs qu’en 1990, moins de chômage

Emmanuel Macron a affirmé qu’il y avait « plus de chômeurs » dans les années 1990 qu’aujourd’hui. C’est faux si l’on tient compte du nombre de chômeurs, vrai si l’on prend en compte le taux de chômage.

Le nombre de chômeurs est légèrement plus élévé maintenant qu’au début des années 1990: 2,783 millions fin 2016 en métropole, contre 2,622 millions au deuxième trimestre 1994.

Mais le taux de chômage était plus élevé à l’époque: 10,4% au deuxième trimestre 1994, contre 9,7% fin 2016.

On ne pouvait pas payer avec l’ECU

Marine le Pen a assuré que les entreprises françaises, dans les années 1990, pouvaient payer leurs homologues européennes en ECU, ancêtre de l’euro.

C’est faux. L’ECU, créé en 1979 dans le cadre du système monétaire européen (SME), était un panier de monnaies, destiné à stabiliser les taux de change entre les différentes monnaies européennes. Il n’a jamais été utilisé par des acteurs privés pour des échanges internationaux

Numerus clausus : il a été relevé

Contrairement à ce qu’affirme Marine Le Pen, le gouvernement en place a relevé le numerus clausus – qui détermine le nombre d’étudiants accédant à la deuxième année d’études de médecine – pendant le quinquennat.

En 2016, 131 places supplémentaires ont été créées dans 10 régions en manque de médecins, et en 2017 478 places supplémentaires dans 22 facultés.