Les experts appellent à réduire la stigmatisation des troubles de la santé mentale

La Commission Lancet a appelé, lundi (10 octobre), à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, les pays et les organisations à mettre fin à la stigmatisation et à la discrimination liées à la santé mentale dans le monde entier.

Euractiv.com
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La commission et son rapport « arrivent à un moment critique car l’accès aux services de santé mentale reste inefficace à peu près partout dans le monde », a déclaré Devora Kestel, directrice du département de santé mentale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/man-wear-white-protective-mask-looking-1811524279" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK/ANDREI_SITURN]</a>]

La Commission Lancet a appelé, lundi (10 octobre), à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, les pays et les organisations à mettre fin à la stigmatisation et à la discrimination liées à la santé mentale dans le monde entier.

De nombreuses personnes ayant une expérience des maladies mentales décrivent la stigmatisation comme « pire que la maladie elle-même », a déclaré Graham Thornicroft, coprésident de la Commission Lancet sur la lutte contre la stigmatisation et la discrimination en matière de santé mentale.

Les personnes atteintes de troubles mentaux sont « très souvent » confrontées à la stigmatisation et à la discrimination. C’est ce que révèle une enquête de la commission publiée lundi. Cela a non seulement un « impact négatif sur leurs droits humains fondamentaux dans tous les aspects de la vie », mais aussi sur la santé mentale elle-même.

L’étude a été menée auprès de près de 400 personnes originaires de 40 pays ayant une expérience des troubles de la santé mentale. La majorité des personnes interrogées ont déclaré que les gouvernements devraient investir dans des programmes nationaux à long terme pour réduire la stigmatisation et la discrimination, tandis qu’une grande partie d’entre elles ont affirmé que les médias peuvent jouer un rôle majeur dans la réduction de ces problèmes.

La commission et son rapport « arrivent à un moment critique car l’accès aux services de santé mentale reste inefficace à peu près partout dans le monde », a déclaré Devora Kestel, directrice du département de santé mentale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lundi.

La stigmatisation et la discrimination constituent « des obstacles » à la lutte contre l’exclusion sociale et les violations des droits de l’homme des personnes atteintes de troubles mentaux, a-t-elle poursuivi.

Ces facteurs peuvent également entraîner une réduction des possibilités d’emploi et les revenus, le lien entre les troubles de la santé mentale et la pauvreté étant « particulièrement destructeur » dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, précise le communiqué de presse du Lancet. En outre, les personnes souffrant de troubles mentaux peuvent se voir refuser le droit de voter, de se marier ou d’hériter de biens.

« Les professionnels de la santé eux-mêmes ne savent pas toujours comment diagnostiquer et soigner au mieux les personnes atteintes d’un trouble de la santé mentale », souligne encore le communiqué.

L’investissement dans la santé mentale ne représente en moyenne que 2 % du total des dépenses de santé et les troubles de la santé mentale sont souvent totalement exclus des assurances maladie, contrairement à la plupart des troubles de la santé physique, poursuit le Lancet.

Dans le monde, une personne sur huit, soit près d’un milliard de personnes, vit avec un problème de santé mentale, ce chiffre atteignant un jeune de 10 à 19 ans sur sept, si l’on en croit les données du rapport.

La Covid-19 a mis en lumière la santé mentale

« La pandémie de Covid-19 a entraîné une augmentation du nombre de personnes souffrant de troubles mentaux et il est urgent d’agir pour éviter que ces personnes ne subissent également les conséquences potentiellement graves de la stigmatisation et de la discrimination », a déclaré Charlene Sunkel, co-auteure du rapport.

Les experts estiment qu’au cours de la première année de la pandémie, le nombre de cas de dépression et d’anxiété a augmenté d’environ 25 %, peut-on lire dans le communiqué de presse du Lancet.

La commission du Lancet a recommandé huit actions pour s’attaquer à ce problème, notamment la dépénalisation du suicide, la formation du personnel de soins de santé à la santé mentale et l’élaboration de lignes directrices pour une représentation adéquate de la santé mentale dans les médias.

L’appel s’adresse aux gouvernements, aux organisations internationales, aux employeurs, aux prestataires de soins de santé et aux organisations médiatiques, ainsi qu’aux contributions actives des personnes ayant une expérience vécue.

Pour Mme Thornicroft, ces actions pourraient « libérer des millions de personnes dans le monde de l’isolement social, de la discrimination et des violations des droits de l’homme causés par la stigmatisation ».

Le contact social est la clé

Selon le rapport, le moyen le plus efficace de réduire la stigmatisation et la discrimination serait le contact social entre les personnes qui ont ou n’ont pas, une expérience des troubles de la santé mentale.

En outre, la Commission Lancet a souligné la nécessité de soutenir résolument les personnes atteintes de troubles mentaux afin qu’elles puissent diriger ou codiriger des actions faisant appel au contact social pour réduire la stigmatisation et la discrimination.

Pour mettre fin à la stigmatisation et à la discrimination, il est « crucial de voir davantage de contacts sociaux organisés, que ce soit par des discussions en personne, des appels vidéo ou à travers le théâtre ou le cinéma, entre des personnes ayant ou non une expérience des troubles mentaux », a déclaré Petr Winkler, directeur du Centre collaborateur de l’OMS pour la recherche en santé mentale publique et le développement de services.

« Nous devons mettre en avant la voix des personnes ayant une expérience des problèmes de santé mentale », a ajouté M. Winkler.

Le rôle des médias a également été souligné, M. Thornicroft décrivant toutefois celui-ci comme une arme à double tranchant : « les médias peuvent avoir un effet néfaste sur la stigmatisation s’ils renforcent les stéréotypes courants et la désinformation […]. D’autre part, les médias ont également un énorme potentiel pour faire partie de la solution à la stigmatisation et à la discrimination ».

Dans l’UE, une nouvelle initiative sur la santé mentale devrait être présentée en 2023, comme l’a annoncé la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans son Discours sur l’état de l’Union prononcé le 14 septembre dernier.

« Nous devons mieux prendre soin les uns des autres. Pour les personnes qui se sentent anxieuses et perdues, un soutien approprié, accessible et proposé à un prix abordable peut souvent faire toute la différence », avait alors déclaré Mme von der Leyen alors qu’elle annonçait l’initiative.