Les évènements tchèques de 1989 : inattendus mais inévitables [FR]

La chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 a pris le mouvement de dissidence tchécoslovaque par surprise, selon EURACTIV République tchèque, qui cite des observateurs et acteurs des évènements historiques.

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La chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 a pris le mouvement de dissidence tchécoslovaque par surprise, selon EURACTIV République tchèque, qui cite des observateurs et acteurs des évènements historiques.

La chute du Mur de Berlin a mis fin à une période fascinante à Prague, capitale d’un pays qui était alors encore connu sous le nom de Tchécoslovaquie.

Depuis le début de l’année 1989 jusqu’à la chute du Mur en novembre, environ 15 000 Allemands de l’est avaient réussi à s’échapper pour recouvrer leur liberté grâce à l’aide de l’ambassade de la RFA à Prague.

Révolution de velours

Le 30 septembre, Hans-Dietrich Genscher, le ministre des Affaires étrangères de la RFA, est retourné à Prague pour commémorer l’événement. 20 ans plus tôt, il était apparu à la terrasse de l’ambassade et avait délivré la nouvelle à des milliers de réfugiés de l’Allemagne de l’est occupant le parvis de la mission diplomatique. Il leur a dit avoir négocié un accord qui leur permettrait d’émigrer à l’ouest.

En Tchécoslovaquie, la révolution de velours a commencé juste 8 jours avant la chute du Mur. Les événements en Allemagne n’avaient pas de réponse immédiate car ils sont arrivés trop soudainement, ont dit les analystes.

Jacques Rupnik, un analyste politique et commentateur franco-tchèque, a dit que personne ne s’attendait à ce que le Mur tombe si rapidement, et en particulier sans résistance de la part de l’Union soviétique. Mais après, il a dit que beaucoup avaient reconnu que les développements étaient inévitables. 

Le mouvement dissident tchèque a attendu le 10 décembre, Journée des droits de l’homme, pour mettre le processus en action. Mais les manifestations des étudiants qui se sont déroulées le 17 novembre 1989 les ont dépassés, a dit la sociologue Šiklová.

Des transitions tchèque et allemande contrastées

Comparer la transition de l’Allemagne de l’est et celle de la République tchèque, qui a fait pacifiquement sécession de la Tchécoslovaquie en 1993, a offert quelques surprises. La réunification avec l’Allemagne de l’ouest a conduit la RDA à devenir sans tarder membre de la CEE et de l’OTAN, comme n’importe quel autre nouveau pays aurait rejoint ces organisations. Cela peut paraître étrange, du fait que la RFA avait injecté des centaines de milliards de Deutschemarks en Allemagne de l’est.

L’euphorie s’en est allée, a dit le directeur de Forsa Mark Güllner, alors que les préjugés entre les Allemands de l’est et de l’ouest s’étaient aussi renforcés. Le grand soutien financier a aidé les Allemands de l’est à remettre à neuf leur économie dévastée, cependant, le marché ouvert et la rude concurrence se sont avérés être un traitement de choc pour les entreprises locales, a-t-il expliqué. De plus, l’ex-RDA a été frappée par la hausse du chômage.

De nos jours, malgré le fait que l’Allemagne soit la plus forte économie de l’UE, des différences frappantes entre les régions de l’est et de l’ouest peuvent encore être constatées. Mais Klaus Wowereit, l’actuel maire de Berlin, se montre optimiste : les deux parties de Belin se sont réellement unies. Berlin est devenu une même ville pour les citoyens de l’est et de l’ouest. Evidemment, il y a toujours des différences. Et je dois dire que durant ces 20 dernières années Berlin est devenue une métropole internationale. Berlin représente maintenant une ville ouverte et libre, l’endroit à la mode, a-t-il dit.

La route vers une « démocratie standard »

Interrogé sur l’évaluation de l’impact de la chute du Mur sur la Révolution de velours en République tchèque, Václav Ho?ejší, professeur à l’université Charles de Prague, a dit : la majorité des citoyens tchèques pense que les avancées après novembre 1989 ont apporté un système économique bien plus efficace, et plus de liberté. On peut clairement s’en rendre compte dans de nombreuses villes tchèques. Par ailleurs, la majorité des Tchèques aujourd’hui peuvent acheter plus de choses, plus de produits qu’il y a 20 ans grâce à leurs salaires.

Les sondages d’opinion ont en effet confirmé ses dires. Une enquête récemment publiée, produite par le centre de recherches d’opinion publique tchèque le 3 novembre 2009, montre que 69% des tchèques croient que la révolution « en valait la peine ». Environ 45 % des citoyens tchèques partagent l’opinion selon laquelle les circonstances contemporaines sont meilleures qu’avant 1989, et seulement 14 % pensent le contraire. Cependant, il y a aussi une large portion des personnes interrogées (32 %) qui pense que la situation n’est ni meilleure ni pire, ce qui montre que beaucoup de Tchèques ne sont pas convaincus que les changements de 1989 leur ont été bénéfiques.

Interrogé sur les améliorations particulières qu’ils ont pu constater après la chute du communisme, la plupart des gens ont mentionné l’accès à l’information (80 %), les opportunités de voyage (77 %), les libertés individuelles (72 %), et la liberté d’expression (65 %). D’un point de vue négatif, beaucoup de personnes critiquent l’ensemble du développement dans le domaine social, avec 63 % des interviewés qui pensent que la sécurité sociale s’est dégradée, et 53 % qui pensent la même chose du système de retraite.

Il y a aussi beaucoup de critiques à l’égard de l’actuelle culture politique et de la façon dont les institutions de la République tchèque fonctionnent. Mais Václav Havel, l’ancien président tchèque et le personnage principal de la révolution de 1989, a prévenu que les changements dans le comportement des gens prendraient du temps.

La culture politique en tant que telle est très importante et de nos jours nous pouvons voir qu’il va falloir du temps avant que nous en soyons satisfaits. Nous avons besoin de nouvelles générations. Nous pouvons aussi nous rendre compte qu’il y a un chemin long et compliqué de la démocratie formelle à la démocratie réelle, a dit M. Havel.

Mais malgré toutes les difficultés qui se trouvent sur le chemin qui mène à la démocratie à l’occidentale, M. Havel, une icône de la révolution de velours tchèque, reste convaincu que les valeurs fondamentales de la génération de 1989 n’ont pas été oubliées.