Les eurodéputés remettent en question le projet « Big Brother » d'observation urbaine

L'eurodéputé grec Stavros Lambrinidis, vice-président du Parlement européen, a demandé à la Commission européenne de clarifier l'objectif d'un projet financé par l'UE qui a pour but de développer des algorithmes d'observation visant à renforcer la sécurité des citoyens en zone urbaine.

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L'eurodéputé grec Stavros Lambrinidis, vice-président du Parlement européen, a demandé à la Commission européenne de clarifier l'objectif d'un projet financé par l'UE qui a pour but de développer des algorithmes d'observation visant à renforcer la sécurité des citoyens en zone urbaine.

Dans un entretien accordé à EURACTIV Allemagne, l'eurodéputé du groupe Socialistes & Démocrates, M. Lambrinidis, a mis en garde contre l‘objectif du projet d'accéder à « toutes les données existantes dans les caméras, sur Internet, dans les bases de données ADN et même sur les ordinateurs personnels ».

Le projet INDECT, lancé dans le cadre d'un programme de recherche de la Commission européenne, développe des « algorithmes » à travers l'« observation » pour renforcer la sécurité des citoyens dans les zones urbaines.

Selon l'eurodéputé, les caméras enregistrent les délits, mais aussi les « comportements anormaux ».

Ce système, selon lui, pourrait mener à l'apparition d'un « Big Brother dans nos vies ».

Transparence et vie privée

La Commission européenne, qui dirige ce programme, a déclaré à EURACTIV dans une déclaration envoyée par courriel que le projet INDECT ainsi que l'utilisation de toutes les technologies liées à celui-ci devaient être conformes à la Convention européenne des droits de l'Homme, au droit européen, notamment à la directive sur la protection des données (95/46/EC) et respecter la Charte des droits fondamentaux de l'UE.

« Dans le cadre du droit européen, les individus doivent pouvoir maintenir un contrôle sur leurs données. Ils doivent être bien informés de manière claire, transparente, sur la manière dont leurs données sont collectées et par qui », conclut la Commission.

Pour faire la lumière sur la nature exacte de cette opération, un groupe de cinq parlementaires, dont M. Lambrinidis, ont tenté de rassembler les signatures d'eurodéputés sur une déclaration écrite pressant l'exécutif de l'UE de s'expliquer sur la nature exacte des données collectées dans le cadre du projet.

Ils ne sont pas parvenus à réunir le nombre nécessaire de signatures avant la date butoir du 17 février. Néanmoins, M. Lambrinidis espère toujours que cet appel clarifiera la situation. Il est avant tout nécessaire de sensibiliser la population à cette question, a-t-il déclaré.

Les eurodéputés s'inquiètent surtout du caractère secret de l'INDECT, explique M. Lambrinidis. « La Commission ne donne pas d'informations et l'INDECT nie la publication d'informations potentiellement dangereuses », a-t-il ajouté.

Le leader de la délégation socialiste grecque a expliqué qu'il s'inquiétait de la sauvegarde des libertés civiles des citoyens européens et de l'impact de ce type de projets sur les droits fondamentaux.

« Il se pourrait que les technologies de recherche ou les informations collectées soient utilisées par des acteurs publics ou des tiers, ce qui serait dangereux », peut-on lire dans la déclaration écrite.

Contrôle du projet

M. Lambrinidis plaide pour que le pouvoir du contrôle du projet soit aux mains des responsables politiques élus et que le Parlement puissent remettre en question l'INDECT.

Plus particulièrement, l'eurodéputé grec souhaiterait que l'on discute du « comité d'éthique » du projet.

« Qui fait partie de ce comité, combien de fois ont-il dû prendre des décisions sur les implications éthiques de l'INDECT, dans combien de cas ont-ils mis un terme à un aspect particulier du projet de recherche et suite à quelles inquiétudes ? », se demande-t-il.

« Plus ils sont indépendants,  plus les comités d'éthique sont efficaces et légitimes », mais « selon ce que j'ai compris, le comité d'éthique est nommé par l'INDECT lui-même », ajoute-t-il.

C'est la raison pour laquelle, en premier lieu, M. Lambrinidis croit en la transparence. Une fois que tout aura été révélé, davantage de conclusions pourront être tirées, explique-t-il.