Les eurodéputés rejettent l'idée d'une taxe Google

Les membres du Parlement européen ont voté contre un amendement controversé du rapport sur la réforme du droit d’auteur visant à instaurer une taxe Google. La pratique existe déjà en Allemagne et en Espagne. 

EURACTIV.com
Julia Reda, rapporteure sur le droit d’auteur a appelé à rejeter l’amendement sur la taxe Google
Julia Reda, rapporteure sur le droit d'auteur a appelé à rejeter l'amendement sur la taxe Google [<a href="https://flic.kr/p/o8zLmg" target="_blank" rel="noopener">Joachim S. Müller/Flickr</a>]

Les membres du Parlement européen ont voté contre un amendement controversé du rapport sur la réforme du droit d’auteur visant à instaurer une taxe Google. La pratique existe déjà en Allemagne et en Espagne. 

Le Parlement européen a approuvé le 9 juillet le rapport sur le droit d’auteur de l’eurodéputée allemande du Parti pirate, Julia Redaavec, par 445 votes en faveur, 65 votes contre et 32 abstentions.

Censé donner des orientations non contraignantes à la Commission européenne tout en exposant les grandes lignes de la position du Parlement sur le droit d’auteur, le rapport a été adopté sans les amendements proposé sur deux sujets sensibles: celui de la taxation des moteurs de recherche, Google en tête, et celui de la liberté de panorama. 

Le premier amendement rejeté envisageait la mise en place d’une taxe Google. Les moteurs de recherche Internet auraient été obligés de payer des droits aux éditeurs pour faire apparaître les actualités dans les résultats de la recherche.

Le second interdisait la publication de photos des monuments et bâtiments protégés par le droit d’auteur sans consentement légal, « la liberté de panorama ».

Mise à jour

Les règles actuelles sur le droit d’auteur en UE sont établies dans une directive adoptée en 2001. Les eurodéputés ont souligné le besoin de la mettre à jour pour l’adapter au numérique et pour combler le fossé avec les lois nationales en la matière.

Julia Reda a d’abord été déçue par certains amendements déposés le mois dernier à la commission parlementaire des affaires juridiques. Puis, la semaine dernière, elle a posté sur son blog les deux amendements, sur une centaine, qu’elle trouvait particulièrement menaçant. Lors d’une conférence de presse le 8 juillet, Julia Reda a annoncé qu’elle cesserait de soutenir le rapport si ces deux amendements n’étaient pas supprimés.

>> Lire : Julia Reda juge la Commission trop frileuse sur le droit d’auteur

La taxe Google et le journalisme digital

Les eurodéputés ont également abandonné l’amendement sur la taxe Google, auquel Julia Reda s’était opposée. Lundi, l’eurodéputée a écrit sur son blog que sa collègue allemande Angelika Niebler essayait d’imposer une loi sur les droits d’auteur et les droits apparentés pour les éditeurs de presse.

Angelika Niebler, qui appartient au Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, a déposé un amendement la semaine dernière seulement, réclamant une mesure pour « garantir le pluralisme des médias ».

Elle a déclaré à EURACTIV que la lecture faite par Julia Reda de son amendement était fausse, et a souligné qu’il ne s’agissait pas d’une loi sur le droit d’auteur et les droits apparentés pour les éditeurs de presse.

« L’amendement appelle seulement la Commission à évaluer comment garantir un journalisme même à l’âge du numérique. La Commission devrait donc examiner les différentes possibilités, collecter des exemples des meilleures pratiques, puis soumettre une proposition. La solution allemande ne doit pas forcément être transposée dans la loi européenne », a déclaré Angelika Niebler après le débat.

Lors du débat de jeudi, elle a réfuté les accusations selon lesquelles son amendement avait pour objectif de protéger les médias européens.

>> Lire : Les eurodéputés réclament un droit d’auteur protecteur en UE

Günther Oettinger a déjà appelé à une loi sur le droit d’auteur et sur les droits apparentés. « J’ai pour ambition personnelle de créer une loi européenne moderne sur le droit d’auteur pour les éditeurs de presse d’ici fin 2016 », a-t-il affirmé lors d’une table ronde le mois dernier à Bruxelles.

Ces deux dernières années, l’Allemagne et l’Espagne ont toutes deux adopté de telles lois. Selon leurs détracteurs, ces lois nationales ont pour but d’affaiblir le monopole de Google sur le marché des moteurs de recherche et d’essayer d’engendrer des recettes pour les groupes de médias européens en difficulté. En Espagne, Google Actualités a complètement arrêté de fonctionner une fois que la loi est entrée en vigueur.

Si la Commission intègre la loi sur le droit d’auteur et les droits apparentés dans sa proposition à la fin de l’année, elle risque de faire face à certains opposants au Parlement.

Jeudi, l’eurodéputée autrichienne Evelyn Regner (S&D) a déclaré que les jurisprudences allemande et espagnole étaient « une énorme barrière à l’innovation sur Internet ».

Vicky Ford, eurodéputée conservatrice britannique, a sèchement répondu : « au passage, madame Niebler, nous n’avons pas besoin d’une taxe Internet européenne ». 

Liberté de panorama

Bon nombre d’eurodéputés ont défendu la liberté de panorama lors du débat en plénière. L’eurodéputé français Jean-Marie Cavada (Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe) a déclaré que même s’il avait déposé l’amendement, il acceptait l’appel de Julie Reda pour voter contre la mesure.

Le commissaire Günther Oettinger, en charge de l’économie numérique, a déclaré que la liberté de panorama était un problème « fantôme » durant le débat au Parlement et que la Commission ne prévoyait pas une interdiction des photos prises en public.

Certains États membres ont des lois qui ne nécessitent pas la permission du détendeur du droit avant que des photos de monuments publics soient publiées. Au Royaume-Uni, c’est le cas. D’ailleurs, nombreux sont les eurodéputés britanniques qui se sont opposés à l’amendement de Jean-Marie Cavada.

Pour l’eurodéputée britannique, Vicky Ford (Conservateurs et réformistes européens), une limitation européenne des lois nationales est « inacceptable ».

Plusieurs eurodéputés ont également demandé la fin du géoblocage, qui empêche l’accès à certains contenus dans d’autres pays européens.

« La territorialité demeurera dans notre proposition », a déclaré le commissaire, ajoutant que si les nouvelles règles sur le droit d’auteur rendaient le contenu commercial accessible sans limite nationale, partout en Europe, ce serait très néfaste pour l’industrie du sport et du film.

« On ne peut tout simplement pas se débarrasser de cela du jour au lendemain », a-t-il commenté.